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CONNAISSANCE ET VÉRITÉ

D'ailleurs la philosophie n’est pas une science absolument indépendante, elle est la servante de la théologie. Mais dans quel sens? Richard n’en assigne que deux raisons : d’abord l'excellence de la théologie dont l’objet est plus sublime et la certitude plus ferme; ensuite le droit de la théologie de juger les principes et les conclusions de la philosophie 1.

Richard donc, dans sa conception de la philosophie et de la subordination tout extrinsèque de celle-ci à la théologie, s'éloigne de la conception mystique de saint Bonaventure, pour se rapprocher de la conception thomiste.

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Toute science nous vient de Dieu, déclare notre auteur dans sa préface, il est le maître par excellence, et les maîtres humains ne sont que ses instruments, agissant sous son influence.

Toute connaissance se fonde sur la Vérité première et procède d’elle :

« Incommunicabilis Veritas, quae Deus est, est ratio effectiva cognoscendi quidquid cognoscimus, sed non est ratio formalis qua cognoscimus quidquid cognoscimus, nisi mediante aliqua eius influentia, qua noster intellectus informatur, quod est lumen naturale quantum ad naturalem cognitionem. Et ratione illius dicimur naturaliter cognoscere in illa prima Veritate, sicut dicimur videre in sole quia videmus in lumine influxo a sole #, »

Il faut distinguer la vérité logique et la vérité ontologique. La première est dans l'intelligence et consiste dans l’union de l'intelligence avec l’intelligible, c’est à dire dans l’acte par lequel l'intelligence se conforme à l’intelligible, définition que Richard préfère à celle plus généralement reçue que la vérité est l’adéquation de l'intelligence à la chose à.

La vérité du concept n’est donc qu’un rapport de conformité entre la représentation intellectuelle et la chose représentée :

11 Sent…, prol., q. 5; p. 9, c. 2.

311 Senz., d. IV, a. 1, q. 1; p. 67.

31 Sent., d. VIII, a. 1, q. 1: p. 82, c. 1.

« Ille conceptus est verus, quia illius conceptus creata veritas super ipsum non addit nisi conformitatem ad rem in repraesentando intellectui eam sicuti est 1.»

La vérité logique est fondée sur la vérité ontologique. Une chose est dite vraie d’une double façon : d’abord parce qu’elle est intelligible; ensuite, et d’une façon plus profonde, à cause de son rapport transcendantal à sa cause exemplaire, qui est Dieu :

« Uno modo in quantum per eam res, quantum est ex parte sua, ostendit id quod ipsa est, etiam si nullus intellectus hoc apprehenderet et sic veritas est ratio per quam ens est obiectum intellectus.. Alio modo est veritas in essentia rei, scilicet in quantum per eam est conformis intellectui ex sui natura immutabiliter vero et quem per se respicit. Unde quia res naturales non respiciunt nostrum intellectum, nisi per accidens, non attenditur in eis veritas ex sui conformitate ad nostrum intellectum... Cum ergo.. res per eam aliquo modo sit conformis suo exemplari quod habet in intellectu divino, qui est immutabiliter verus ex sui natura et quem per se respicit, in essentia cuilibet rei creatae est duplici modo creata veritas quae super essentiam non addit nisi conformitatem praedictam ?. »

Quatre questions doivent retenir notre attention, questions qui intéressent particulièrement l'historien, aussi bien que le philosophe : la question des universaux, celle de l’origine des idées, intimement unie à la question relative à la connaissance du singulier et à celle de l’illumination divine.

I. — Sur la question des universaux, Richard se rapproche fort du péripatétisme de saint Thomas. En dehors de l'esprit. l’universel n'existe pas actu : dans l'ordre existentiel on ne rencontre que le singulier :

« Quidquid a Deo creatum est singulare est. Universale enim est

per operationem intellectus. Non creatur universale in singulari sub ratione qua est universale, nisi forte in potentia ?. »

Bien qu’on puisse parler de l’universel de quatre façons

1 I Sent., d. VIII, a. 1, q. 2; p. 83, c. 2.

* Ibid.

$ I Sent., d. XXXVI, a. 1, q. 1; p. 309, c. 1.

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