LES IDÉES DIVINES
différentes, dans son sens technique l’Universel est un prédicat abstrait, appliquable d un grand nombre de sujets. Co mme tel, l’universel n’existe que dans l’esprit !.
Dans ce concept universel il faut distinguer l’objet même, conçu comme universel, et son mode d’universalité : ce mode d’universalité est un produit de l’esprit.
« Ipsum universale... duo complectitur : id quod est universale, ut ipsam hominis vel angeli essentiam, ut intellectam praeter unitatem et multitudinem numeralem; et ipsam universalitatem quae est praedicabilis de pluribus. Sed neutro modo est in reali existentia angelus universalis nec quaecumque res alia, quia 1psa universalitas est res constituta a ratione. Et dicitur intentio secunda.. »
Aussi combat-il, comme saint Bonaventure et saint Thomas, les idées séparées platoniciennes ©.
Cependant les idées ne sont pas un pur néant. D'abord en Dieu existent les idées éternelles 5. Ces idées, en Dieu, quoique réelles, ne sont pas réellement distinctes les unes des autres : elles ne sont en effet que la connaissance que Dieu a de sa propre essence en tant que celle-ci est imitable par les créatures ‘.
L'idée divine est le fondement ontologique de la vérité des êtres eux-mêmes, et par conséquent de la vérité de nos propres concepts 5.
Quant à nos idées, elles ne sont pas des représentations directes «en espèce propre » des substances ou des essences. Car, et Richard y insiste longuement, nous ne connaissons pas les essences en Dieu; nous n’avons pas davantage des idées innées, species concreatas; nous ne pouvons pas non plus avoir l'intuition directe des essences; nous ne pouvons donc pas acquérir les « espèces propres » des substances : « n0n cognoscimus substantiam rei per propriam speciem acquisitam.» Nos idées universelles ne sont donc qu’une représentation subjective des
1 II Sent., d. III, a. 3, q. 1; p. 56, c. tr.
2 I Sent., d. XXX VI, a. 2, q. 2; p. 313.
3 I Sent., d. XXXVI, a. 2, q. 1; p.312, c.1.
* Ibid., q. 3; p. 314, c. 2.
® Quaest. disp., q. 13, dans De humanae cognitionis ratione, p. 229.
choses, que nous construisons sous l’impression que produisent sur nous leurs propriétés sensibles !. Ce mode de connaissance est la conséquence de la nature même de notre esprit, qui en tant qu’uni à la matière n’a pas l'intuition de son objet.
Middleton n’est en aucune façon un nominaliste, il est un réaliste modéré, bien qu’il n’ait pas traité la question des universaux avec la même fermeté que saint Thomas, et que son exposé manque un peu de précision.
Le concept ou verbe mental, est vraiment une représentation ou un substitut représentatif des choses. Cette représentation objective, fondée sur la réalité, est une véritable réalité psychologique, et pour autant capable de mouvoir notre intelligence et de lui donner une vraie connaissance, malgré la subjectivité de sa forme. Richard y insiste :
« Cum dicitur quod nihil potest movere intellectum nisi sit in reali existentia, dico quod verum est, in se vel in sua specie, seu in sua causa. Quamvis autem universale realiter non existit, tamen eius species realiter in intellectu existit, quia, quamvis non existat materialiter, tamen cum sit res aliqua et existens in re vera, realem existentiam habet et realiorem quam si existeret in aliquo subiecto corporali, si possibile esset speciem intelligibilem in subiecto corporali existere. Et etiam quod est universale, quamvis realem existentiam non habet sub ratione qua universale, tamen habet esse repraesentatum, quod esse sufficit ad movendum intellectum, mediante praedicta specie ?. »
Ailleurs encore nous trouvons la même doctrine : il insiste sur l’objectivité des représentations mentales :
« Unde ipsa species, informando ipsum intellectum et existendo in ipso sicut in subiecto, habet realius esse et verius quam si ipsamet esset in aliquo extra animam... Sed illud esse quod est essentiale rei, in quantum est intellecta, est ipsum esse expressum intellectui, quod alii vocant esse repraesentatum. Hoc autem esse habet quidditas rosae per suam similitudinem quae informat ipsum intellectum et est in ipso sicut in subiecto. Esse ergo expressum.… est illud esse quod est essentiale ipsi essentiae, in quantum movens intellectum intellectuali
1 Quasst. disp., q. 42.
2 II Sent., d. III, a. 3, q. 1, ad 31; p. 56, c. 2",