‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 61 sur 228 · ORIGINE DES IDÉES · texte numérisé non relu

ORIGINE DES IDÉES

cognitione, quod proprie vocatur esse diminutum; ab aliis autem vocatur esse rationis 1. »

Tout en affirmant l’objectivité de nos concepts, Richard rappelle que l’objet que nous atteignons directement est la chose signifiée, et par réflexion seulement la signification 2.

Bref, nos concepts sont de véritables représentations mentales, conçues au contact des réalités extérieures et moulées sur elles, qui nous donnent une connaissance imparfaite, il est vrai, mais immuablement vraie, parce que les essences elles-mêmes sont immuablement vraies dans leur cause exemplaire 5.

IT. — Le lecteur devine déjà quelle est, selon notre docteur, l'origine de nos idées. Il a rejeté et avec fermeté les idées séparées platoniciennes, il nie que nous connaisssions les essences dans leur cause exemplaire qui est Dieu, il rejette les idées innées, il affirme qu'ici-bas nous ne pouvons avoir l'intuition directe des choses. Il reste donc que, par voie d’abstraction, par raisonnement, comme il dit d’une façon peu heureuse, nous construisions nos représentations mentales.

Richard admet, sans restriction aucune, qu’à l’origine de la vie, l’âme est comme une feuille blanche où aucun caractère n’est imprimé : « {abula rasa», et cet autre axiome aristotélicien, que toutes nos connaissances prennent leur origine dans le sensible : « Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu. » Et cette condition tient à notre nature même : forme du corps, notre âme doit entrer en contact avec les objets par l’intermédiaire des organes #. Le concept doit donc être élaboré, par raisonnement, comme s'exprime notre auteur :

« Restat ergo quod, via naturae, et de lege communi non cognoscimus substantiam per propriam eius speciem, sed per suas proprietates argumentando, eo quod in illis est aliqua similitudo substantiae, non

1 Quaest. disp., q. 13, dans De humanae cognitionis ratione, p. 242.

3 Quaest. disp., q. 13, ad 5", dans De humanae cognitionis ratione, p. 238: voir aussi II Sent., d. IV, a. 1, q. 1, ad 10%; p. 67, c. «.

® Quaest. disp., q. 13, dans De humanae cognitionis ratione, p. 225, 228, 229.

4 II Sent., d. XXV, a. 5, q. 1: p. 333 c. 1.

tamen modo univoco; per species enim accidentium quae mediante sensu recipiuntur in intellectu, cognoscit intellectus intentionem entis dependentis et ex hoc argumentando, concludit quod illi enti natum est aliquod ens subsistere et tandem concludit illud ens esse per se subsistens et sic devenit in cognitionem substantiae. Postea ex illis proprietatibus ulterius venatur differentias substantiae et tantum potest procedere quantum potest ex illis proprietatibus elicere; et non plus naturaliter et de communi lege !, »

Ce texte ne nous explique pas clairement en quoi consiste le « raisonnement » constructif, nous y reviendrons à l'instant. Il faut d’ailleurs avouer que bien des points restent obscurs dans la noétique de Richard, parce qu’il n’ose pas, ou ne veut pas prendre position entre les opinions diverses qui s’offraient à son choix. Son excuse est que, théologien, il ne doit pas mêler à ses explications théologiques des thèses librement discutées dans les écoles, et que, d’autre part, il n’a pas eu l’occasion de traiter ces questions pour elles-mêmes. Laissant de côté les incertitudes et les hésitations de notre docteur, contentons-nous de recueillir les points certains :

1) Pas de connaissance sans phantasme, et cette proposition est absolument universelle, elle s’applique aussi bien aux connaissances que nous avons du monde spirituel que du monde sensible ? : et s’il arrive que nous connaissions les esprits sans l’aide d’image, cette connaissance n’est plus une connaissance naturelle * :

« Naturaliter non devenimus in cognitionem spiritualium nisi per sensibilia, ut in cognitione potentiarum animae et habituum per obiecta et in cognitione Dei per effectus sensibiles et effectus intelligibiles in quorum cognitionem devenimus per cognitionem effectuum sensibilium. »

2) L’universel est en puissance dans le phantasme :

« Quia tamen... intellectui universalia colligata sunt imaginibus et quia proportio intelligibilium ad imagines est sicut proportio coloris

1 II Sent., d. XXIV, a. 3 q. 3; p. 309-310.

2 11 Sent., d. XXV, a. 5, q. 1; p. 331.

3 Jbid., ad 2%; p. 332.

Page 1