ORIGINE DES IDÉES
ad corpus coloratum, ideo mediante intentione intelligibili quae cum eis colligata est, ab intellectu apprehendi possunt sicut corpus a visu mediante colore : haec autem intentio intelligibilis, quamvis ex natura sit phantasmati in potentia, tamen non reducitur ad actum nisi per operationem intellectus agentis !. »
3) L’intellect agent a pour rôle d’abstraire l’intelligible du sensible ?.
4) Dans l'élaboration de la connaissance, Richard affirme qu’au point de départ se trouve une appréhension confuse de l’objet :
« Sciendum est quod noster intellectus prius ordine naturae rem cognoscit confuse quam distincte 5. »
Ce concept vague sous lequel nous connaissons les choses, et qui est la ratio entis, est le fruit de l’abstraction de l’intellect agent :
« Primum enim cognitum a nobis est generalissima intentio entis, prout dicit quid analogum... ad omne ens 4.»
5) Comment s'opère cette saisie de l’universel dans le singulier? Sous l’influence de l’intellect agent, se dégage du phantasme un certain rayonnement représentant la chose sous son aspect universel. Qu'est-ce ce rayonnement? Richard ne le dit pas. Il ne veut pas trancher non plus la question suivante : ce rayonnement est-il objet direct de connaissance, ou conduitil seulement à connaître l’objet ? Il faut bien reconnaître que Richard prend ici des comparaisons pour des explications :
« De potentia phantasmatis repraesentantis rem sub esse singulari, educitur per naturalem actionem intellectus agentis, quaedam reful-
centia rem repraesentans sub esse universali, non separata a phantasmate secundum reale esse, sed in ipso remanens et sibi quasi colligata
11 Sent., d. XXII, a. 1, q. 2; p. 204, c. 2. — Bien qu’à cet endroit il donne cette explication sans s'engager, plus loin, il l’adopte plus franchement, comme on le verra.
2 I Sent., d. IIL, a. 2, q. 1; p. 53, c. 1. — Ibid. q. 2, ad 2"; p. 55, c. 1. — Il Sent., d. XXIV, a. 3, q. 1, et q. 2; p. 306-308. — De humanae cognitionis ratione, p. 238.
31 Sent., d. XXII, a. 1, q. 2; p. 204, c. 2.
4 Quaest. disp., g. 13. De humanae cognitionis ratione, p. 238.
quae directe et immediate obicitur intellectui, ut ulterius ducens in cognitionem rei cuius est similitudo sub ratione qua universalis, aut ipsa res sic repraesentata per dictam refulgentiam est directum obiectum et immediatum obiectum intellectus !. »
6) Le concept universel distinct se forme, grâce à l’intellect agent, à partir du concept confus, par comparaison et triage des notes; et c’est cette opération que Richard nommait discursus où argumentatio :
« Procedit principaliter tamen in virtute intellectus agentis, dividendo, et differentiam convenientem rei confuse cognitae componendo, differentiam repugnantem abiciendo et sic procedendo discurrit quo usque attingat ad aliquid convertibile cum re. Et per hunc discursum est formatio : specie autem conceptus formatus est immediatus terminus istius discursus. Et est quoddam ens rationis, quia est quid constitutum a ratione et est ipsius rei elaboratum exemplar praesens ipsi intellectui in quo distincte intuetur rem cuius est exemplar ?. »
III. — L'homme peut connaître le singulier. Sur ce point Richard essaye de concilier la théorie de saint Thomas avec celle de ses adversaires. On sait que saint Thomas soutenait que notre intelligence ne connaît le singulier matériel que per accidens et par réflexion #%, Cette thèse que semble bien avoir admise saint Bonaventure t, fut une de celles qu’attaquait le plus vivement la réaction antithomiste : elle est un scandale pour Guillaume de la Mare, elle fut rejetée par la plupart des Franciscains 5. La thèse de la perception directe du singulier par l'intelligence deviendra une des bases de la philosophie scotiste 5. L’attitude de Richard n’en est que plus intéressante.
L'II Sent., d. XXV, a. 5, q. 1: p. 332, c. 2. — Voir I Sent., d. XXII, a. r, q. 3; P. 204.
3 I Sent., d. XXII, a. 1, q. 3: p. 205, c. 1.
# Quaest. de Veritate, q. 10, a. 5.
* BONAVENTURE, I Sent., d. XXXIX, a. 1, q. 2; p. 689, c. 17. — II Sent., d. III, pars I, a. 1, q. 2, ad 5%; p. 107. — Voir Luycxx, Die Erkenntnislehre Bonaventuras, dans les Beiträge zur Geschichte der Philosophie des M. À. de BAUMKER, t. XXII, III-IV, 1923, p. 131-135. — Un problème se pose, auquel je n'ai pas trouvé de réponse : comment l’école franciscaine s'écarta-t-elle de la doctrine de saint Bonaventure ? Est-ce parce que le saint Docteur n’avait posé que les principes de solution sans poser nettement la thèse elle-même ?
# Defensorium, p. 11. — Cfr GRABMANN, Die Erkenntnislehre, p. 85.
# J. MARÉCHAL, Le point de départ de la Métaphysique, Louvain, t. I, p. 82.