CONNAISSANCE DE DIEU
quoi qu’en pense le KR. P. Luyckx !, s'éloigne de son maître pour adopter pleinement l’idéologie péripatéticienne. A plusieurs reprises il affirme que nous ne pouvons arriver à la connaissance de notre âme que par voie de raisonnement, en partant des objets :
« Secundum Philosophum.. naturaliter anima devenit in cognitionem sui primo per cognitionem obiectorum et ab illa veniendo ad cognitinnem actuum et ex cognitione actuum veniendo ad cognitionem sui ipsius… Nec scimus naturaliter quid sit anima, nisi quantum possumus arguendo concludere per actus et obiecta. Nequaquam sine phantasmate intelligit anima. *»
Richard n'est pas moins catégorique au sujet de la connaissance des habitus surnaturels 3 :
« Anima, dum est corporis corruptibilis forma, naturaliter et de lege
communi venit in cognitionem habituum qui sunt in ea, incipiendo a cognitione obiecti et inde veniendo ad cognitionem actus #. »
Les principes aristotéliciens s’appliquent également à la connaissance de Dieu. Saint Bonaventure, sans tomber dans l'innéisme cartésien ni dans l’ontologisme, admettait une certaine connaissance innée et immédiate de Dieu 5. Richard abandonne résolument le Docteur Séraphique.
Dieu ne peut être connu qu’en partant des créatures et par voie de raisonnement. Il déclare d’une façon absolue, pour montrer que nous ne pouvons penser sans phantasme, que nous n’avons des choses spirituelles d’autres connaissances que celles que nous pouvons acquérir en partant du sensible : et il applique l’axiome à la connaissance de Dieu :
« Non devenimus in cognitione spiritualium nisi per sensibilia… et in cognitione Dei per effectus sensibiles et effectus intelligibiles in
1 LuycKxx, op. cit., p. 187.
#1 Sent., d. III, a. 2, q. 2; p. 54-55; a. 6, q. 1; p. 62.
# Luycxx, Die Erkenntnislehre Bonaventuras, p. 242-276. — GiLsON, Bonaventure, p. 119, 140. — Voir la théorie de Gautier de Bruges, E. LONGPRÉ, Gauthier de Bruges et l'augustinisme franciscain, dans Miscellanea Francesco Ehrle, 1924, t. I. p. 203-218.
* Ibid., p. 63, c. 1. — Quodl. II, q. 19; p. 61.
5 Luycxx, Die Erkenntnislehre Bonaventuras, p. 242-276. — GiLsON, Bonaventure, p. 119-140. |
152 PROBLÈME DE LA CONNAISSANCE quorum cognitionem devenimus per cognitionem effectuum sensibilium !. »
De même dans le premier livre il démontre successivement :
1) que nous pouvons connaître Dieu par les créatures (I Sent., d. II], a. 1, q. 1; p. 39, c. 2);
2) que Dieu n’est pas «per se notum» (ibid., q. 2; p. 40);
3) que l’on peut démontrer son existence, mais non pas a priori, mais seulement a posteriori (tbid., q. 3; p. 41);
4) que nous pouvons connaître d’une certaine façon la nature de Dieu, mais obscurément, par les créatures.
« Potest intelligi de cognitione in generali, obscura et discursiva
seu mediata, et sic per creaturas possumus investigando devenire aliquomodo in cognitionem quid est Deus ?. »
IV. — Les théories de l’illumination divine et de la connaissance des êtres i7 aeterna veritate sont interprétées par Richard dans un sens thomiste : sur ce point encore il abandonne saint Bonaventure et l’ancienne école franciscaine $. Les deux écoles sont d’accord pour fonder ontologiquement nos certitudes humaines sur Dieu, la Vérité éternelle. Mais l'interprétation est différente.
Selon le Docteur Angélique :
1) Le fondement de la vérité ontologique des choses n’est autre que la Vérité première, car celles-ci ne sont que les réalisations des idées éternelles #.
2) L'intelligence humaine ne saisit pas ici-bas la vérité des choses dans les idées éternelles, sicut in obiecto cognito.
3) Mais elle connaît tout dans les idées éternelles, comme dans son principe de connaissance : sicut in principio cognitiontis.
4) La raison en est que l'intelligence elle-même n’est qu’une participation de la lumière incréée, lumen tintellectuale nthil
LILI Sent., d. XXV, a. 5, q. 1, ad 201; p. 332, c. 1. 3 Jbid., a. 2, q. 1; p. 22, et Quaest. disp., q. 13, dans De humanae cognitionis ratione, p. 230. — Voir aussi II Sent., d. XXIV, a. 3, q. 5; p. 312.
% GRABMANN, Die Erkenntnislehre, p. 70-72. — Ip., Zur Erkenntnislehre der älteren Franziskaner Schule, dans Franziskanische Studien, t. IV, 1917, P. 105-126.
4 Summa, pars I, q. XVI, a. 6.