‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 65 sur 228 · THÉORIE DE L’ILLUMINATION DIVINE · texte numérisé non relu

THÉORIE DE L’ILLUMINATION DIVINE

aliud est quam quaedam participata similitudo luminis increati in quo continentur rationes aeternae | .

5) Notre connaissance ne provient pas uniquement de notre participation aux idées éternelles, car pour connaître il est nécessaire d’avoir des espèces intelligibles, abstraites des choses matérielles.

Tel est l’exposé lumineux de la Somme ?. Il est manifeste que saint Thomas ne requiert pas pour la connaissance ordinaire d’autre principe que notre intelligence même et le concours ordinaire de Dieu.

Il en va tout autrement pour saint Bonaventure ?.

1) Il est aussi ferme que saint Thomas pour rejeter l’ontologisme platonicien, mais d’autre part pour réprouver l'interprétation minimiste de saint Thomas.

2) Il résume sa position en cette phrase lumineuse :

«Et ideo est tertius modus intelligendi quasi medium tenens inter utramque viam, scilicet quod ad certitudinalem cognitionem necessario requiritur ratio aeterna et regulans et motiva, non quidem ut sola et in sua omnimoda claritate sed cum ratione creata et ut ex parte a nobis contuita secundum statum viae 4. »

D'après ce texte il est évident que les rationes aeternae ne sont pas directement un objet de connaissance, mais simplement un medium quo; ce sont elles qui fondent la nécessité et limmutabilité de nos connaissances. Car tout ce qui est créé est contingent et muable et par conséquent le connu aussi bien que le connaissant. Voilà pourquoi l'intelligence doit se tourner vers les raisons éternelles comme vers l’immuable vérité en soi-même et comme vers la lumière seule capable de donner une connaissance infaillible.

3) Il est évident aussi par ce passage et par bien d’autres,

1 Cfr Summa, pars 1, q. XII, a. 11, ad 3"; q. XVI, a. 6,ad 1"; q. LXXXVIII, a. 3, ad 119,

3 Summa, pars 1, q. XXXIV, a. 5. |

? Quelques auteurs ont essayé de prouver que Bonaventure et Thomas sont en parfait accord : ce qui n’est pas admissible. — Voir GRABMANN, Erkenntnislehre, p. 68-70; LuycEx, Erkenntnislehre Bonaventuras, p. 200-208.

Quaest. disp., dans De humanae cognitionis ratione, p. 62.

que l'influence des idées éternelles ne peut pas être du genre du concours ordinaire de Dieu !. C’est une influence directe et immédiate de Dieu sur la raison supérieure, exerçant une action régulatrice et motrice; la pensée se fixe sous la nécessité de l'acte éternel par lequel Dieu se pense lui-même, et en même temps les raisons éternelles lient la pensée, la meuvent et la dirigent vers elle ?,

Richard a résumé lui-même sa position en quelques lignes, qui du coup le rangent du côté de saint Thomas :

« Incommunicabilis veritas quae Deus est, est ratio effectiva cognoscendi quidquid cognoscimus. Sed non est ratio formalis, qua cognoscimus,.… nisi mediante aliqua eius influentia qua noster intellectus formatur, quod est lumen naturale, quantum ad naturalem cognitionem. Et ratione illius luminis dicimur naturaliter cognoscere in veritate prima, sicut dicimur videre in sole quia videmus in lumine influxo solis *,»

Mais sa pensée est longuement développée dans les Ouaestiones disputatae À.

Dans l’article deuxième il pose en thèse que l’homme par la lumière naturelle de sa raison peut connaître ce qui est vrai, en vertu de l'influence générale de Dieu 5.

Le premier article, d’après les arguments proposés, va surtout à démontrer qu’il n’est pas requis, pour toute connaissance, un influx surnaturel de Dieu 5. Le second article fait un pas de plus : l’homme peut connaître naturellement non seulement ce qui est vrai, mais encore le connaître en tant que vrai, au moins d’une certaine façon :

« Homo potest intelligere verum creatum sub ratione qua verum, loquendo de veritate rei creatae secundum quid 7.»

1 BONAVENTURA, In Hexaem, II, 10: t. V, p. 338. — I Sent., d. III, a. 1, q. 3, ad 1"; p. 75.

3 Luyckx, Die Erkenntnislehre Bonaventuras, p. 205-226. — GILsON, Bonaventure, p. 362-386.

3 II Sent., d. IV, a. 1, q. 1, ad. 1"; p. 67, c. 1.

4 Q. 13, dans De humanae cognitionis ratione, p. 225 et suiv.

5 Jbid., p. 225.

# Jbid., p. 226-227.

7 Ibid., p. 225.

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