THÉORIE DE L’ILLUMINATION DIVINE
Connaître simplhciter une chose vraie en tant que vraie c’est connaître sa conformité avec l’exemplaire divin, donc selon et par sa norme infaillible. La connaître secundum quid, c’est la connaître dans sa conformité avec l’idée vraie que s’en fait une intelligence créée, donc selon une norme faillible. Or, il est évident que l’homme peut ainsi connaître la vérité des choses 1. ,
L'homme peut aussi, naturellement, connaître la Vérité éternelle, mais en général, d’une connaissance discursive, médiate et obscure.
Le premier argument est tiré de saint Augustin. Le second prend pour base la parole de saint Damascène : d’après ce docteur la connaissance de l’existence de Dieu est naturellement innée en nous, ce qui signifie que l’homme peut par raisonnement en partant des créatures, connaître que Dieu existe. Mais il serait impossible d'affirmer l'existence de Dieu, si nous ne connaissions pas déjà d’une façon vague ce que c’est que Dieu : comme je ne pourrais pas savoir que Socrate est dans cette maison, si je ne connaissais pas qui est Socrate.
Le troisième argument est plus intéressant encore. Nul ne peut juger avec certitude que deux choses diffèrent, s’il ne connaît pas d’une certaine façon chacun des objets comparés. Or, notre intelligence peut juger avec certitude que Dieu n’est pas un âne ou une pierre. Donc elle peut connaître ce que c’est que Dieu, au moins d’une connaissance obscure et générale, par voie de raisonnement.
Quatrième raison : par la lumière naturelle et en partant des créatures je puis en raisonnant arriver à la conclusion qu’il existe une vérité au delà de toute vérité créée, et par conséquent une vérité éternelle, qui n’est pas l’accident d’une créature. Je puis aussi conclure qu’elle n’est pas un accident par rapport à Dieu et par conséquent qu’elle est une vérité subsistante, qu’elle est la Vérité. Donc je puis par la lumière naturelle savoir ce qu'est la Vérité éternelle, en général, d’une connaissance
1 Jbid., p. 228-229.
obscure, médiate et discursive. Suivent ! les arguments scripturaires de l’épître aux Romains et du livre de la Sagesse 1.
À l’article cinquième, Middleton démontre que naturellement ni l’homme ni l’ange ne peuvent voir l’éternelle Vérité. Ce point offre moins d'intérêt, vu que personne n’affirmait qu’on püût avoir la vision de la Vérité éternelle. Notons cependant cette comparaison, qui peut faire mieux connaître la pensée de Richard :
« Similiter exemplum in intellectu. Quia intellectus cognoscit intentionem entis in generali, immediate et sine discursu, ideo dicitur videre intentionem entis in generali; sed ex cognitione entis discurrendo procedit ad alia cognoscenda, ut ad cognoscendas conclusiones, mediantibus principiis complexis; ita dicitur illas conclusiones cognoscere, non videre.… Unde etiam quia primum principium complexum cognoscit per cognitionem entis incomplexam, non ita proprie dicitur widere primum principium complexum, sicut intentionem entis. Ita ego dico in proposito, quod illa cognitio quae habetur de Deo mediate et per discursum, non est visio ?. »
Par tout ce qui précède on peut déjà conclure que Richard est dans une toute autre direction que saint Bonaventure ou Matthieu de Aquasparta, Peckham et les autres franciscains. Jamais il ne distingue entre la raison supérieure et la raison inférieure. Cette insistance à parler de la connaissance discursive de Dieu est très significative, et ce dernier exemple rend un son bien aristotélicien, surtout si on se rappelle comment, d’après Richard, l'intelligence atteint cette prima intentio entis dans le rayonnement du phantasme. Le dernier article nous donne directement la réponse de Richard à la question de la connaissance dans les raisons éternelles.
Notre docteur ne va pas évidemment nier la doctrine de saint Augustin, pas plus d’ailleurs que ne l’a fait saint Thomas, mais il va l’expliquer. Il déclare donc que :
1) Nous pouvons connaître la vérité créée in aeterna veritate, d’abord en ce sens, que connaissant la cause incréée par le raisonnement, nous connaîtrons mieux l'effet créé :
1 Rom. I, 20; Sap. XIII, 1-5. — De humanae cognitionis ratione, p. 230-233. 3 Jbid., p. 234.