INTERPRÉTATION THOMISTE
«Ex üs [articulis 2 et 3] arguo sic : quamvis per effectum deveniamus naturaliter in cognitionem causae, fnventendo tamen, inventa causa, iuvatur intellectus per cognitionem ipsius causae in iudicando de effectu : ergo quamvis naturaliter per cognitionem effectuum deveniamus in cognitionem primae causae fnventendo ; cum sit inventa prima causa, per cognitionem ipsius iuvamur in éwdicando de effectibus suis :. »
Rien que de parfaitement thomiste dans cette considération.
2) En second lieu, nous pouvons connaître jusqu’à un certain point la conformité d’une créature avec son exemplaire divin, ce qui proprement constitue sa vérité ontologique. Mais ici encore, Richard ne parle que d’une comparaison par voie de raisonnement entre la réalité créée et la notion de Dieu acquise par voie de raisonnement. Il n’est donc pas question, pas plus que précédemment, d’un contact quelconque avec les raisons éternelles, ou d’une influence spéciale directe de celles-ci pour illuminer l'intelligence :
« Cum ergo in conformitate ipsius creaturae ad veritatem aeternam consistat veritas creaturae… sequitur quod homo... naturaliter potest intelligere aliquod verum creatum in aeterna Veritate, — secundum quod relatio intelligitur in suo termino, hoc est dictum per cognitionem illius respectu cuius est, — in generali tamen, debiliter et obscure. Cum enim naturaliter intelligo quod aeterna veritas est substantia super omnem substantiam creatam, et ex alia parte, quod lapis est substantia defectibilis, tunc iam intelligo quod lapis aliquomodo conformatur veritati aeternae sub ratione qua substantia, et ex consequenti intelligo quod lapis vera substantia est. Quia tamen naturaliter intelligere non possum, quid sit aeterna veritas in speciali, neque clare, neque immediate, neque intuitive, ideo veritatem quae est in essentia creata per sui conformitatem ad veritatem aeternam, non possum naturaliter intelligere in special. ? »
Et c’est dans le même sens qu’il explique une parole de saint Anselme *.
3) Enfin, — et c’est l’explication même de saint Thomas, — la lumière naturelle de notre intelligence, étant créée par
1 Ibid., p. 234.
2 Jbid., p. 238.
® Jbid., p. 238.
Dieu, n’est qu’un reflet, une participation de la lumière éternelle: et ainsi il rejoint sa déclaration du livre des Sentences, que nous avons donnée plus haut :
« Quia etiam declaratum est in articulo 2°, quod in lumine naturali possum intelligere aliquod verum creatum, cum ipsum lumen naturale sit intellectui nostro impressum,.… possumus dicere, quod naturaliter intelligere aliquod verum creatum in aeterna veritate sicut in ratione cognoscendi, mediante lumine naturali nobis impresso ab ipsa, sicut dicimus oculum corporalem videre aliquid in sole, quia videt in lumine solis, hoc est in lumine corporali causato a sole :. »
Il est intéressant de noter que jusque dans l'expression, Richard se rapproche fort de saint Thomas : il invoque comme lui le texte du psaume, et apporte le même exemple du soleil ?, que Roger Marston attaque vivement ?. On serait presque porté à croire que Roger a voulu combattre Richard, car toute sa question est dirigée en vue de montrer que les textes de saint Augustin ne peuvent être interprétés dans le sens où les entendent saint Thomas et Richard #.
Dans ses réponses aux nombreuses objections, Richard ne fait plus que répéter ce qu’il a dit dans l’exposé de sa question; citons les deux plus caractéristiques :
À l’objection : Dieu est lumière et il est intimement uni à notre intelligence. Or, si notre intelligence peut connaître le vrai par la lumière qui l’informe à cause de son union intime avec la lumière, à plus forte raison pourra-t-elle connaître le vrai dans la lumière de Dieu qui est plus intime en nous que la lumière même de notre intelligence. La réponse est la suivante : à La raison pour laquelle nous connaissons le vrai dans la lumière à créée n'est pas précisément l'intimité de celle-ci par rapport à notre intelligence, mais parce que lumière et intelligence forment une unité accidentelle, en vertu de laquelle nous devons
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À De cognitionis humanae ratione, p. 235.
3 Summa, pars I, q. LXXXIV, a. 5.
# De cognitionis humanae ratione, p. 293. L'expression critiquée par Marston est même plus proche de celle de Richard que de celle de Thomas.
4 Richard avait jeté comme un défi, à propos de l’autorité d’Augustin, à la fin de son article 2 (p. 228). La douzième et la treizième objection de Marston (P. 199) résument un argument de Richard du même article deuxième (p. 227).