‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 69 sur 228 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SOMMAIRE. — I. La théorie de l'infini. La pluralité des mondes. Possibilité du mouvement rectiligne du ciel ultime, et le problème du vide. — II. Le chute des corps, le mouvement des projectiles. Les sciences expérimentales : physiologie, médecine. L’astronomie et la géographie.

La physique de Middleton a trouvé un admirateur dans M. Duhem, qui en fait le plus grand éloge. Pour ce savant, Richard est un des premiers avant-coureurs de la physique moderne : ou plutôt, il l’a rendue possible en critiquant la physique d’Aristote. Richard, selon lui, est un véritable initiateur !.

I. — La théorie de l'infini. — « La philosophie des chrétiens occidentaux a, dès l’origine, admis l'’infinité de petitesse, mais il lui a fallu de longs efforts pour se dégager de la contrainte du péripatétisme, qui lui déniait le droit de contempler l’infinité de grandeur. On peut reconnaître l'instant précis où la pensée catholique a rompu cette entrave imposée par Aristote : l’enseignement de Henri de Gand précède immédiatement cet instant, celui de Richard le suit de très près 3. »

C’est pour sauvegarder la toute-puissance de Dieu que Richard a formulé sa thèse sur l'infini. Assurément Dieu ne peut réaliser un infini qui soit tel sous tout rapport . Avec saint

1 DuHEM, Léonard de Vinci, II, p. 368.

3 ]p., tbid.

# 1 Sent., d. XLIII, a. 1, q. 4; p. 383

Thomas et saint Bonaventure, il démontre l'impossibilité suit d’une grandeur !, soit d’une multitude ? actuellement et simultanément infinies. Mais Dieu peut produire une grandeur ou une dimension qui croisse sans fin, à condition qu’à chaque instant la grandeur, réalisée déjà actuellement, soit en cet instant finie : tout comme Dieu peut diviser indéfiniment un continu en parties dont la grandeur finisse par tomber au-dessous de toute limite, à condition toujours qu’il n'existe jamais actuellement un nombre infini de parties réellement divisées :

« Respondeo quod quamwvis Deus possit facere dimensionem maiorem et minorem sine fine, ita tamen quod semper totum acceptum sit finitum, quod solet dici énfinitum in actu permixto potentiae, vel in fieri, tamen est impossibile quod Deus faciat aliquam dimensionem infinitam in facto esse, quod solet dici infinitum in actu simplhciter ?.» « Cum dicitur quod omne continuum sit divisibile in infinitum, dico quod verum est, sic intelligendo quod potest dividi sine fine, ita tamen quod semper totum acceptum sit finitum. Et si sic ponas ipsum dividi, nullum sequitur impossibile, quia ad hoc non sequitur esse infinitum in facto esse sed in fiert 4.»

Après avoir critiqué les différents arguments apportés pour prouver l'impossibilité d’une grandeur actuellement infinie, raisons qu'il considère comme insuffisantes, il s’arrête à la preuve suivante : toute essence, par elle-même, est indifférente par rapport à l’existence actuelle. Si donc elle est effectuée, par le fait même, elle reçoit une détermination de même nature que celle qu’elle reçoit par une division, c’est-à-dire une détermination par des limites imposées à sa longueur, à sa largeur, ou à sa profondeur 5. Quant au nombre infini, il répugne, parce qu’une multitude actuellement infinie est radicalement inintelligible; dans une telle multitude en effet, il n’y a ni premier, ni dernier, et par conséquent aucune unité ordinatrice €.

Il revient sur la divisibilité dans ses questions quodlibétales :

LI Sent., d. XLIII, q. 5; p. 384.

3 Jbid., q. 6; p. 386.

3 Zbid., q. 5; p. 384, c. 1.

4 Jbid., q. 6, ad 2°"; p. 386.

$ Ibid, q. 5; p. 384-385.

< Ibid., q. 6; p. 386, c. 2.

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