‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 71 sur 228 · CHUTE DES CORPS · texte numérisé non relu

CHUTE DES CORPS

« S’il nous fallait assigner une date à la naissance de la Science moderne, nous choisirions sans doute cette date 1277, où l’évêque de Paris proclama solennellement qu’il pouvait exister plusieurs mondes et que l’ensemble des sphères célestes pouvaient, sans contradiction, être animé d’un mouvement rectiligne !.»

Les questions suivantes nous écartent davantage du terrain de la philosophie proprement dite. Mais à qui veut se rendre compte de l’originalité de Richard elles paraîtront trop importantes pour pouvoir être complètement omises. Nous nous contenterons de les mentionner brièvement.

IV. — Par rapport à la théorie sur la chute des corps, s’il faut en croire Duhem, Richard est un initiateur ?. La théorie de Thémistius, inspirée par Aristote et généralement adoptée au xirie siècle %, donnait de la chute des graves une image entièrement fausse. La vitesse d’un poids qui tombe, dépendrait, non pas de la durée écoulée depuis le début de la chute, ni du chemin parcouru pendant ce temps, mais de la distance du corps pesant au centre du monde. Les observations les plus courantes suffisaient à prouver qu’une telle conception était entièrement erronée; nous ne voyons pas cependant qu'aucun scolastique en ait fait la remarque avant Richard. Mais celui-ci donna à cette remarque une extrême précision. Soit deux corps de même poids et de même figure; faisons commencer la chute du premier d’un lieu plus élevé, mais de telle sorte qu’au moment où le second commence à tomber d’un lieu plus bas, le premier soit parvenu à une distance du sol, égale à celle à partir de laquelle le second commence son mouvement. Le premier arrivera plus rapidement à terre que le second, et cependant lorsqu'ils se trouvaient à égale distance du sol, ces deux corps subissaient la même attraction *.

1 DUHEN, Léonard de Vinci, I], p. 411-412; III, 254-255. 3 Due, 5bid., III, p. 88.

3 DUHEN, 1bid., Il, p. 421.

# IL Sent., d. XIV, a. 2, q. 4; p. 180, c. 2.

Cette objection ruine l’explication que Thémistius avait proposé de donner de l’accélération de la chute des graves et les auteurs qui écrivent un peu avant 1300 ou après cette date ne l’invoquent plus !.

Mais dans son explication positive, Richard va joindre une supposition erronée : il attribue à une impulsion du milieu ébranlé l’accroissement de la vitesse avec laquelle se meut le poids :

« Unde mihi videtur dicendum quod, quamvis elementa ad suos motus naturales determinata sint a generante, tamen per virtutem suam et aliquam participationem influentiae quae viget in locis suis exsequuntur illos motus ad quos a generante sunt determinata… Efficaciam tamen istius motus coadiuvat motio ipsius medii, facta a gravi vel levi quod movetur :.»

‘Cette hypothèse de Richard sera reprise par Burley et Jean de Jandun : elle eut une grande vogue à l’époque de la Renaissance et au xvIIe siècle 5.

V. — Richard a étudié également d’une façon générale le mouvement des projectiles. L’hypothèse d’Hipparque était bien connue au moment où écrivait Richard. La traduction donnée par Guillaume de Moerbeeke du comrnentaire au De caelo que Simplicius avait écrit, le commentaire du De caelo que saint Thomas avait entrepris, n'avaient pu manquer d'attirer l’attention sur les considérations du grand astronome. Lorsqu’un grave est jeté en l’air, disait Hipparque, la vertu qui | l’entraîne vers le haut l’emporte tout d’abord sur la pesanteur; i mais cette vertu va s’affaiblissant sans cesse : elle surpasse de ‘ moins en moins la pesanteur, de sorte que le projectile monte | de moins en moins vite. Un moment arrive où la force ascensionnelle est précisément égale à la pesanteur : le corps cesse alors de monter pour commencer à descendre. La force ascensionnelle diminuant toujours, la pesanteur l’emporte de plus en plus et le grave tombe de plus en plus vite. Richard a repris. la question avec sa netteté ordinaire. Il examine le problème

1 DuHEM, Léonard de Vinci, III, 74-77.

2 II Sent., d. XIV, a. 2, q. 2: p. 180.

? DueM, Léonard de Vinci, II, p. 421.

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