‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 72 sur 228 · MOUVEMENT DES PROJECTILES · texte numérisé non relu

MOUVEMENT DES PROJECTILES

péripatéticien du repos intermédiaire entre le mouvement direct et le mouvement réfléchi : il le pose sous une forme saisissante qui était appelée à avoir une grande vogue dans les discussions de la scolastique parisienne. Cette forme la voici: Une fève est lancée vers le haut; en son mouvement ascensionnel, elle heurte une meule qui tombe et elle est rejetée vers le bas : entre les deux mouvements en sens contraire, cette fève est-elle demeurée immobile? Oui, répond Richard, car il vient un moment où la force ascensionnelle imprimée à la fève, est devenue trop faible pour vaincre l’attraction : mais suffisante cependant pour la neutraliser : il y aura donc un moment où la fève sans monter ne descendra pas À.

Dans la théorie d’Hipparque, Richard a introduit quelque chose de nouveau; il a considéré, le premier, cette période de repos qui séparerait le mouvement d’ascension, qui est violent, du mouvement de descente, qui est naturel. Cette théorie de la quies media eut une vogue extraordinaire et, par l’intermédiaire de la théorie de l’impeto composé de Léonard de Vinci, elle a préparé l’explication du mouvement des projectiles que Galilée devait donner un jour à.

Le problème de la matière et de la forme semblerait devoir rentrer dans la physique au sens où l’entendaient les anciens. Mais par tout un côté, la théorie hylémorphique de Richard, comme celle de saint Bonaventure, transcende ce domaine. Nous avons donc cru plus utile de la considérer dans le chapitre consacré à la métaphysique, à laquelle elle ressort en tant qu’on la considère comme l'étude des conditions a priori de l’être contingent.

VI. — Notre travail consacré à une étude théologique ne peut s’éterniser sur la physique de Richard : non est hic locus. Nous avons seulement voulu souligner l’importance de l’œuvre de Richard dans ce domaine. Le lecteur nous excusera de l’arrêter encore sur trois problèmes, parce qu’ils ont une importance particulière pour l’histoire de la philosophie, et que d’autre

1 Quodl. II, q. 16: p. 55.

3 DUKEM, Léonard de Vinci, Il, 211-212, 442-443, et III, 76-77.

RTS <a almuet 16

sm. ss...

part ils ont aussi des relations étroites avec la théologie de

Richard : le problème de l’augmentation d’une qualité, qui confine à la théorie des vertus théologales, celui de la quantité, impliqué dans l’explication de l’Eucharistie, enfin le problème de la lumière. Ce sera l’objet du chapitre suivant.

Pour achever de faire connaître notre docteur, qu’on nous permette encore quelques remarques.

Le lecteur qui aura eu la patience de nous suivre, aura remarqué l'intérêt que Richard prenait aux sciences physiques. Parmi celles qui l’ont attiré spécialement nous devons signaler la médecine et la physiologie. On peut s’en rendre compte en lisant les longues descriptions qu’il consacre aux organes du corps. Il aime à parler «secundum doctrinam peritorum amedicorum. » Parmi les auteurs anciens, un de ceux qui semblent l'avoir particulièrement intéressé, c'est, outre Aristote et Avicenne, Costa-ben-Luca ? (Constabulus).

Cet amour des sciences expérimentales explique également que des questions, absolument absurdes à notre point de vue, sont longuement traitées, telles les suivantes :

« Utrum in comestione debeant praeponi grossa aut subtilia 8. »

« Utrum melius sint dispositi ad scientiam nani quam gigantes et parvi quam magni {.»

C’est que notre auteur y trouve l’occasion de faire montre de sa science médicale.

Richard a étudié d’une façon approfondie le sommeil 5. Il a traité d’une façon remarquable l’autosuggestion 6, la suggestion ?, et même la télépathie 8.

1 Voir par exemple IT Sent, d. VIII, a. 2, q. 3; p. 110; Quaest. disp., q. 39, a. 2. — Sur l'étude de la médecine chez les Franciscains, voir FELDER, p. 390.

3 C. S. BARACH, Excerpta e libro ALFREDI ANGLICI de Motu cordis, — item CosrTA-BEN-LUCA, De differentia Animae et spiritus, liber translatus a JOHANNE FHBRALENSES Innsbruck, 1878, p. 115.

3 Quodl. II, q. 17; p. 56.

4 Quodl. II, q. 18; p. 57.

$ Quodl. I, q. 18; p. 13, et Ouodl. Il, q. 115 P. I10I.

# Quodl. III, q. 10; p. 99.

7 Quodl. III, q. 10; p. 99; thid., q. 12; p. 104; Quaest. disp. q. 31.

* Quodl. III, q. 13; p. 107. — Voir le curieux article du P. PORTALIÉ, L'hypnotisme au moyen âge, dans les Études, t. LV. 1892, p. 481.

Page 1