AUGMENTATION DE LA QUALITÉ
des qualités. De là le problème que les scolastiques ont traité, même en théologie, à propos de l’accroissement de la vertu de charité, le problème « de intensione et remissione formarum ». Deux groupes partagent les théologiens. Les uns, fidèles aux principes aristotéliciens, établissent une extrême différence entre l’opération par laquelle s’exalte l’intensité d’une forme qualitative et l’addition par laquelle s’accroît une quantité : tels saint Thomas, Gilles de Rome, Henri de Gand, Godefroid de Fontaines. Dans ces théories, la qualité ne peut donc être mesurée. Un autre groupe de théologiens, au contraire, s’efforce de rapprocher autant que possible la catégorie de la quantité de la catégorie de la qualité. Un des promoteurs de cette scolastique affranchie du péripatétisme fut Richard 1.
Celui-ci n’hésite pas à voir, en l’accroissement d’une forme qualitative telle que la charité, le résultat d’une addition de parties les unes aux autres. L’analogie qui en résulte entre l'intensité d’une qualité et la grandeur d’une quantité ne lui échappe nullement. Bien loin de chercher à dissimuler cette analogie, il la déclare de la façon la plus formelle : à côté de la quantité entendue au sens d’Aristote et qu’il nomme quantité de masse, quantitas molis, il place l’intensité de la qualité qu’il nomme quantité de force, quantitas virtutis. Et il conclut : puisque la charité est une quantité de force elle peut augmenter en force tant qu’elle n’est pas arrivée à son terme. Et comme, par essence, la charité est force, de telle sorte que la charité et la force de la charité ne sont distinctes l’une de l’autre que par la seule raison, il faut admettre que la charité croît dans son essence :
« Duplex autem est quantitas, scilicet mobs et virtutis et secundum hoc duplex augmentum scilicet secundum quantitatem molis et secundum quantitatem virtutis. Cum ergo caritas sit quanta, quantitate virtutis, potest augeri secundum virtutem, si non est in termino. Et quia caritas est virtus per essentiam ita quod essentia caritatis et sua virtus non differunt nisi secundum rationem, concedendum est quod caritas per essentiam augetur ?, »
1 DuHEM, Léonard de Vinci, III, p. 314-330.
3 1 Sent., d. XVII, a. 2, q. 3; p. 162, c. 1.