AUGMENTATION DE LA QUALITÉ
facit maius. Dico quod caritas, etsi sit simplex per carentiam quantitatis molis, habet tamen quantitatem virtutis : imo ut verius loquar est quaedam quantitas virtualis. Unde, sicut quantum mole additum simili quanto efficit maius in mole, sic gradus quantitatis virtualis additus alii gradui efficit maius in virtute. Vel potest dici quod.…. etsi indivisibile additum indivisibili non facit maius tamen facit plus. Unde additio in caritate, quamvis tam illud quod additur et illud cui additur sit simplex, ex hoc tamen efficitur plus in essentia et ex consequenti melius et ita maius !.»
Scot semble s’être inspiré de la doctrine de Richard, dont il n’égale pas cependant la netteté ?.
Dans la première moitié du x1v® siècle, les plus célèbres des scotistes et des nominalistes ont conspiré à l’achèvement de l'œuvre de Richard de Middleton et de Jean Duns Scot : délaissant la doctrine péripatéticienne, effaçant la distinction si tranchée qu’elle marquait entre la catégorie de la quantité et la catégorie de la qualité, ils ont établi une étroite analogie entre l’augmentation d’une quantité et la tension d’une forme qualitative : l’accroissement d’une intensité, comme l’accroissement d’une grandeur, résulte de l’addition de parties à d’autres parties de même espèce : et dès lors, l’intensité d’une qualité est désormais susceptible de mesure. Le physicien peut se réjouir et considérer cette évolution comme préparant l’aurore des théories physiques mathématiques modernes #, mais le philosophe ne peut que le regretter : au point de vue métaphysique cette confusion entre la catégorie de la quantité et de la qualité était un recul et ici une fois de plus, notre auteur semble avoir été la victime de l’imagination quantitative.
Une conséquence curieuse de cette doctrine est encore à signaler : « L’idée si féconde, que les intensités des diverses formes et qualités peuvent se mesurer, ou, tout au moins, se représenter par des nombres, est venue accroître encore l'épineuse subtilité de la dialectique scolastique.» De plus «les maîtres d'Oxford, fidèles à la tradition de Richard de Middleton, ont
1 I Sent., d. XVII, a. 2, q. 2: p. 163-164.
3 DuHEM, Léonard de Vinci, III, p. 334.
3 DuHEM, Léonard de Vinci, III, p. 344.
été amenés à construire une morale et une théologie mathématique, où la ferveur de la grâce ou la gravité du péché s’évaluent en nombre, comme nous évalluons le degré de la température ou le poids d’un corps!»
Richard a étudié aussi, d’une façon approfondie, l’essence de la quantité et la question connexe de l’impénétrabilité des corps 1. |
La quantité est un accident absolu, réellement distinct de la substance. Le dogme eucharistique en est la preuve la plus frappante %. Et qu’on n’objecte pas avec Gilles de Rome, que la quantité qui reste après la consécration n’est pas la quantité de la substance du pain, mais celle des qualités sensibles, c’està-dire les qualités elles-mêmes, en tant qu’elles ont leurs parties les unes en dehors des autres. Absurdité et contradiction : car la divisibilité est due per se à la quantité et ne convient à la qualité que per accidens : et de plus une telle théorie multiplie les masses, soliditates, dans un même sujet avec le nombre des qualités. — La philosophie démontre également la thèse. Est accident toute réalité qui peut indifféremment se trouver dans un sujet ou disparaître sans le corrompre. Or, si un corps devient plus dense, la quantité diminue et une partie de la quantité se corrompt, sans que la substance en souffre d'atteinte : au contraire dans la raréfaction la quantité augmente. De plus le temps est la quantité continue du mouvement : or, le temps est réellement distinct du mouvement lui-même. Enfin Richard réfute longuement les arguments de ceux qui prétendent que la quantité n’est que la substance même en tant qu’elle a ses parties les unes en dehors des autres #.
Selon Richard donc la substance corporelle, sans l’acci dent
1 DUHEM, ibid., p. 446.
? Voir l'appendice 11, p. 396, 413, et V, p. 436.
3 F.-X. JANSEN, S. J., Eucharistie (accidents), dans le Dictionnaire de théodogie catholique, t. V, p. 1391-1392.
* Quodl., Il, q. 14; p. 50-52.
de quantité, n’est pas étendue mais simplement extensible !, La quantité que l’on peut appeler la continuité d’un corps, « est eius continuitas », ne donne pas au corps son unité individuelle substantielle, celle-ci provient de la forme substantielle elle-même, mais seulement une unité accidentelle ?; son effet propre est d’extraposer les parties potentielles du corps : «Ïpsa continuitas posterius est ordine naturae, quam substantiam habere partem extra partem : est enim continuitas partium extra se positarum. Unde prius ordine naturae est substantia possibilis ad
habendam partem extra partem; et ex hoc est extensibilis, actu habens partem extra partem extensivam vel continuam 5. »
La quantité ne diffère donc pas de la triple dimension et c’est elle qui empêche la compénétration naturelle des corps : «a Causa praecisa quare duo corpora non possunt simul naturaliter
esse, est dimensio secundum latum, longum et profondum, quae vocatur soliditas, et alio nomine corpus, quod est quantitas #. »
Mais l’impénétrabilité des corps est-elle absolue? Oui, déclaraient certains théologiens, car la pénétrabilité implique contradiction : deux corps qui occuperaient le même endroit ne se distingueraient plus, et par conséquent en affirmant la compénétrabilité de deux corps on affirmerait à la fois qu’ils sont un et que cependant ils sont deux. Mais cette théorie est fausse, réplique Richard. Car la distinction des corps ne provient pas du lieu qu'ils occupent, ni même de leurs dimensions, mais de leur substance même et principalement de leur forme. Le dogme de l’Eucharistie nous force à dire que la compénétrabilité, bien que naturellement impossible, n’emporte pas une impossibilité absolue, même par rapport à la toutepuissance de Dieu. S’il est vrai que l'effet naturel de la dimension est de localiser le corps circumscriptive, de sorte qu'il remplisse l’espace à l’exclusion de tout autre corps, cependant
1 Quodl. II, q. 14, ad 14; p. 52 c. 1.
3 Jbid., ad 2%"; p. 62, c. 1.
8 Jbid., ad 3%; p. 52, c. 1.
* Quodl., IL, q. 15; p. 54, c. 1. — IV Sent., d. XLIX, a. 4, q. 5; p. 678, et Quodl., I, q. 2; p. 2; Quodl., Il, q. 3; p. 35.