CHAPITRE IV
SOMMAIRE. — I. L’analogie de l'être, — II. Convertibilité des notions d’être. de bien et de vrai ; primat de la notion du bien. — III. La division de l'être. La relation. La distinction. — IV. Théodicée : la connaissance de Dieu par les vestiges des créatures. La démonstration de l'existence de Dieu a posteriori. — V. L'’être contingent : sa composition d'essence et d'existence. — VI. Matière et forme. Le « principium pure possibile ». Les raisons séminales. — VII. La pluralité des formes. — VIII. Le principe d'individuation.
En métaphysique Richard marche à la suite de saint Bonaventure, mais en inclinant parfois dans le sens péripatéticien..
Bien que le Docteur « Solidus » n’ait pas traité ex professo la question de l’analogie de l’être, il n’est pas douteux cependant qu’il rejette absolument la thèse fondamentale de Scot sur l’univocité de ce concept !. Ses affirmations ont toute la netteté désirable. Le concept le plus universel et le plus fondamental, le concept d’être, n’est nullement un concept univoque, mais un concept analogue :
« Primum enim cognitum a nobis est generalissima intentio entis, prout dicit quid commune, analogum non univocum, ad omne ens, tam creatum quam increatum À.
« Cum enim intelligimus ens in commune, non descendendo ad ens creatum vel increatum, intelligimus Deum intellectione generalis-
1 MARÉCHAL, Le point de départ de la Métaphysique, Louvain, t. I, p. 8z 208-110.
2 Quaat. disp., q. 13; De humanae rationis cognitione, p. 238.
sima, in quantum intelligimus aliquid commune sibi et cuilibet creaturae, non communitate univoca sed analoga 1. »
En effet, aucun concept ne peut être appliqué univoquement à Dieu et aux créatures, car Dieu est au-dessus de tout genre et de toute espèce, et il ne peut rentrer dans aucune catégorie, même par réduction.
C’est l’absolue simplicité de Dieu et, d’autre part, le fait que l'être des créatures n’est qu’une imitation lointaine de l'Être divin, qui est le fondement dernier de cette incapacité radicale de nos concepts à s’appliquer univoquement à Dieu. L'’être, la substance de Dieu, c’est l’être absolu, la substance absolue; l’être créé, la substance créée, c’est l’être et la substance par participation :
« Neque ens, neque substantia, neque aliquid aliud dici potest de Deo et de re alia, secundum aliquam rationem communem. Ens enim dicitur de Deo, quia Deus est esse; ens autem dicitur de creatura, quia habet quamdam imitationem divini esse. Similiter substantia dicitur de Deo, quia est ens stans per seipsum tantum; substantia autem dicitur de creatura in quantum imitatur primam substantiam sine qua non possit stare 3, »
Entre Dieu et la créature, il n’y a aucune proportion, ni aucune mesure :
« Deus non est mensura proportionata aliis subiectis sed pro tanto
dicitur mensura omnium, quia unumquodque tantum habet de esse, quantum appropinquat Deo #. »
Par conséquent, nous ne pouvons avoir que des concepts analogues par rapport à Dieu : et ceux-ci se fondent sur les relations que la créature a à l'égard du créateur en tant qu’elle est une imitation de l’être divin :
« Cum dicitur quod, cum intelligo ens non sub ratione qua creatum nec increatum, huic conceptui respondet aliqua res. Dico quod verum
est, sed non univoce dicta de creato et increato, sed per quamdam -analogiam. Et ideo non oportet quod sit genus ad creatum et increatum
1 I Sent., d. III, a. 3, q. 3; p. 46, c. 1.
# I Sent., d. VIII, a. 4, q. 2; p. 92, c. 2.
4 I Sent., d. VIIL, a. 4, q. 2, ad 6"; p.93,c.1