‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 82 sur 228 · DIVISION DE L’ÊTRE · texte numérisé non relu

DIVISION DE L’ÊTRE

sicut, cum intelligo sanum, non in ratione qua in animali nec sub ratione qua in urina.. Urina enim non dicitur sana nisi per quamdam habitudinem ad sanitatem quae est in animali, ut valet, quia est illius sanitatis manifestativa. Similiter creatura non dicitur ens nisi per quamdam habitudinem ad ens divinum ut [est], quia est illius entis imitativa 1.»

Ens, verum et bonum convertuntur, selon le vieil adage scolastique. Mais de ces trois aspects de l’Être, quel est le principal ?

Une des thèses les plus fondamentales de Richard comme du Docteur Séraphique ?, c’est le primat de la «ratio boni», sur la «ratio entis et veritahis » :

« Melior est ratio bonitatis, quam ratio entitatis vel veritatis $.»

« Ratio bonitatis nobilior est quam aliqua alia, quia de ratione bonitatis est ratio entitatis et ratio perfectionis : bonitas enim est entitas

sub ratione, qua perfecta.. Ratio etiam nobilior bonitatis est quam veritatis quia ratio bonitatis est per seipsam bona {. »

Cette conception augustinienne domine toute la métaphysique de Richard, et l’oppose d’emblée à saint Thomas et aux péripatéticiens. C’est d’elle que découle sa conception de la fin dernière, de la béatitude, et cette autre thèse importante du primat de la Volonté.

La première division du concept analogue d’être, c’est la division en être incréé, infini, existant par lui-même, acte pur sans mélange de puissance, et être créé, fini, limité, existant par autrui, être mélangé d’être et de non-être.

L’être créé, à son tour, se divise d’abord en être en puissance et être en acte. Celui-ci se divise en être capable d’exister par

1 1 Sent., d. VIIL, a. 4, q. 2, ad 3%"; p. 93, c. 1. — Voir plus loin ce que Richard dit du fondement de Ia connaissance de Dieu.

2 GiLSON, Bonaventure, p. 174-178. — E. LONGPRÉ, Gonxalve de Balboa et le B. Duns Scot, dans Études franciscaines, t. XXXVI, 1924, p. 640-645.

? II Sent., d. XXIV, a. 1, q. 5; p. 298.

4 IL Sent., d. I, a. 5,q.2; p.25, c. 1.

lui-même, c’est-à-dire la substance, et être qui ne peut subsister par lui-même, c’est-à-dire l’accident. La substance ne dépend donc que de Dieu, en tant que substance; mais, en tant qu’elle est corruptible, elle dépend de certaines causes secondes. Elle se divise naturellement, en être dont l’essence est d’être partie essentielle du composé substantiel qui est par lui-même, et c’est la forme substantielle; et en être destiné aussi à faire partie du composé substantiel, mais sans avoir la faculté d’être par lui-même mais seulement en vertu de l’être du composé substantiel, et c’est la matière.

L’être qui n’est pas capable d’être partie essentielle du composé substantiel, ni d'exister naturellement par lui-même, se divise à son tour en accident absolu, ens quod inhaeret, et en relation, ens quod non est natum inhaerere et haec est relatio quantum ad id quod dicit ultra fundamentum 1.

Richard a étudié particulièrement le concept de relation, dont il avait besoin pour expliquer le mystère de la sainte Trinité. Il y a consacré même une question de son premier Quodlibet. Pour lui, comme pour Âristote, l’essence de la relation, en tant que relation, dit quelque chose de plus que le fondement, c’est non pas le esse in, mais le esse ad.

Il distingue trois espèces de relations prédicamentales : Ia relation réelle proprement dite, simpliciter realis, c’est celle qui résulte d’un être qui existe réellement et actuellement; la relation de pure raison, fondée sur une chose selon l'être que celle-ci a dans l'esprit, être qui ne peut exister comme tel en dehors de l'esprit, c’est le cas de l’universel : l’universel, en tant que tel, est une pure relation de raison, car un être ne peut exister en dehors de l’esprit sans unité ou multiplicité :

« Sic universalitas : haec enim consequitur rem secundum esse suum intellectam praeter unitatem et multitudinem. Cum enim intelligo naturam asininam praeter unitatem et multitudinem, istam naturam, ut sit intellectiva, consequitur quaedam relatio indifferens ad Brunel-

lum et Fanellum, et sic de aliis; quae relatio vocatur nomine universalitatis; ipsi autem naturae, ut sic intellectae, nullum potest deberi

1 Quodl. I, q. 9, ad argumentum; p. 15, c. 2. ? Quodl. I, q. 9; p. 14.

Page 1