LA DISTINCTION
esse reale actualis existentiae : impossibile est enim esse creaturam in actuali existentia sine unitate vel multitudine et ideo universalitas est pure relatio secundum rationem 1, »
Entre ces deux sortes de relations, Richard imagine une troisième espèce qui n’est pas de pure raison, bien qu’elle se rapproche plus de celle-ci que de la relation réelle : c’est la relation qui se fonde sur une chose en tant que connue, mais qui peut cependant avoir une existence réelle. C’est le cas des créatures avant leur création : elles n’existent pas encore; donc elles ne peuvent fonder une relation réelle : mais elles existeront et elles sont connues comme futures î.
La distinction réelle suppose donc un fondement réel et actuel. Dans la controverse qui a divisé les scolastiques : « la relation réelle se distingue-t-elle réellement de son fondement », Richard soutient la thèse qui sera celle de Scot.
Si on compare la relation avec son sujet, la relation réelle n’ajoute aucune réalité au fondement lui-même #; cependant la relation réelle ne s’identifie pas avec le fondement. Richard argumente d’abord du mystère de la Sainte Trinité; ensuite de l’expérience. L'ordre est une relation réelle; or l’ordre se distingue réellement des choses ordonnées, puisque, les choses restant ce qu’elles sont, l’ordre, établi entre elles, a des effets réels #,
Quant à la distinction des êtres, Richard admet deux espèces de distinctions : la distinction de raison et la distinction réelle. Il y a selon lui des distinctions de raison qui ont pour cause, d’une part l’éminente perfection de l’objet et d’autre part la faiblesse de notre intelligence 5; mais je n’ai pas trouvé trace de la fameuse distinction formelle ex parte rei que défendra Scot *.
1 Quodl. I, q. 7; p. 11, c. 2.
2 Ibid
# Quodl. I, q. 9, ad argumentum; p. 15, c. 2.
* Quodl. I, q. 9; p. 14-15.
SI Sent., d. Il, a. 1, q. 3; p. 30-31.
* MiINGEs, Skotistiches, p. 290-293. Le P. EPHREM LONGPRÉ s'efforce de montrer la distinction formelle dans les précurseurs de Scot et dans Bona-
enture. Voir La Philosophie du B. Duns Scot, dans Études franciscaines, t. XXXVI 1924, p. 238-253.
En théodicée, Richard soutient, avec tous les anciens docteurs scolastiques, que Dieu peut être connu naturellement. Car Les créatures sont des effets de la cause première qu'est Dieu, et par conséquent, comme tout effet porte une ressemblance au moins lointaine avec sa cause, toutes les créatures peuvent représenter Dieu de quelque façon. Nous pouvons donc arriver à une certaine connaissance de Dieu, sous l’aspect de cause première; connaissance bien faible, à cause de la sublimité de Dieu et de la faiblesse native de notre intelligence 1.
Aussi bien, toutes les créatures sont-elles des vestiges de Dieu : car nous appelons vestige une certaine similitude lointaine, représentant un objet confusément et faiblement. Or, tout effet porte une certaine empreinte de sa cause et une certaine similitude avec elle et, par conséquent, toute créature garde une certaine ressemblance vague avec Dieu :
« Quia omnis effectus gerit aliquomodo similitudinem suae causae et Deus est causa cuiuslibet creaturae, ita quaelibet creatura aliquam similitudinem Dei gerit debiliter et confuse, maxime propter infinitam sublimitatem Dei super creaturam À. »
Cependant, comme notre connaissance descend du plus général au particulier, nous connaissons d’abord Dieu sous le concept analogue et indéterminé d’être, avant de le connaître par les vestiges des créatures. Mais du moment que, précisant notre concept encore vague, nous songeons que Dieu est l’être incréé cause efficiente, exemplaire et finale de toute créature, cette connaissance nous vient par le vestige des créatures 5.
La démonstration de l'existence de Dieu est possible, mais seulement a posteriori. Les principaux arguments sont l’existence de la loi morale imprimée dans notre conscience, notre appétit du bonheur, la nécessité d’un premier moteur, l’ordre du
1 1 Sent., d. III, a. 1, q. 15 p. 39, c. 2.
3 I Sent., d. III, a. 3, q. 1; p. 45, c. 2.
8 I Sent., d. III, a. 3, q. 3; p. 47,c. 1.