L'ÊTRE CONTINGENT
monde, la nécessité d’une fin dernière !. Par contre, Richard rejette l’argument ontologique de saint Anselme ?, tout comme saint Thomas. On le voit, sur ce point notre docteur s’est écarté de saint Bonaventure à.
Tout être créé est nécessairement un composé : un composé d'essence et d’existence, de matière et de forme; en Dieu seul il n’y a pas de composition.
La première de ces deux compositions n’est pas une composition réelle, à la façon dont l’entend saint Thomas. Car Richard nie formellement la distinction réelle entre l’essence et l'existence. L'existence n’est pas un accident survenant à l’essence. Il serait absurde de dire que ce qui constitue la substance dans son existence substantielle est un accident. Par conséquent ce ne peut être une réalité absolue survenant à l'essence de la substance : car cet absolu ne peut être qu’accident, substance composée, matière, ou forme, et chaque hypothèse est également absurde.
D'ailleurs cette réalité surajoutée à l’essence, possède l’existence ou par elle-même, ou par autre chose: si vous dites qu’elle l’a par autre chose, cette nouvelle réalité devrait être actuée elle-même par une autre réalité, et ainsi sans fin. Si vous dites que cet absolu que serait l’existence possède l'être par lui-même, il y a donc une créature qui est réellement son existence et on peut donc tout aussi bien concéder qu'il en est ainsi de l’essence créée elle-même. Ce que l'existence ajoute donc à l’essence ne peut être qu’une relation #. Richard adopte
1 1 Sent., d. IIT, a. 1, q. 3; p. 41. — Sur la valeur de l'argument tiré du désir de la béatitude, voir ROLAND-GossELiN, ©. P., Le désir du bonheur et Pexistence de Dieu, dans la Revue des Sciences philosophiques et théologiques, t. XIII, 1925, p. 162-172.
2 I Sent., d. III, a. 1, q. 2, ad 1; p. 41 c. 1. — Voir GRABMANN, Die Geschichte der scholasticken Methode, t. 1, Fribourg, 1909, p. 279.
* De Wurr, Histoire de la Philosophie, p. 375; UEBERWEG, p. 457; GILSON. Bonaventure, p. 119-141.
* Quodl. I, q. 8; p. 12.
donc la position de Henri de Gand, légèrement complétée !. La distinction entre l’essence et l’existence ne peut être une pure distinction de raison; car l’existence ajoute quelque chose à l’essence, à savoir une double relation : d’abord une relation de raison par rapport à elle-même, en tant que l’existence confère à l’essence la dignité d’hypostase; ensuite une relation réelle, par rapport au créateur qui pose l’essence dans l’ordre existentiel :
« Ali dicunt quibus magis consentio, quod esse actuale nihil absolutum dicit supra essentiam... sed tantummodo realem relationem ad -datorem.. 3, »
« Esse nullam rem absolutam addit super essentiam sed tantum relationem ad seipsam, ut habens rationem suppositi, et respectum
ad creatorem qui debetur essentiae creaturae in quantum creatura est 5,»
Toute créature sans exception est composée de matière et de forme. Les anges ne sont donc pas des « formes subsistantes » :
« Essentia angeli composita est ex materia et forma, extendendo nomen materiae ad omnem naturam possibilem ex qua et alia natura magis actuali constituitur unum per essentiam #, »
Sa preuve principale, tant dans le commentaire que dans sa question, c’est que l’ange se meut :
« Idem respectu eiusdem non est agens et patiens simul.. Cum ergo angelus moveat se ipsum... patet quod simul idem angelus est movens et motus respectu eiusdem, quia respectu sui ipsius. Ergo in sua essentia est una res per quam se movet et alia res per quam ipse movetur, et primam rem dicimus formam, secundam dicimus materiam 5. »
Mais contrairement à saint Bonaventure 6, Richard maintient
2 Voir l’appendice 11, p. 397.
2 IL Sent., d. III, a. 1, q. 1; P. 49, c. 2.
® Quodl. I, q. 8; p. 14, c. 1.
* Quaest. disp., q. 6.
$ II Sent., d. IIL, a. 1, q. 2; p. 51-52.
# GILSON, Bonaventure, p. 239.