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PRINCIPE D’INDIVIDUATION

même espèce angélique, tout comme saint Bonaventure : doctrine d’ailleurs imposée ! par la condamnation de 1277. Dès lors en quoi consiste cette individuation ?

Quelques-uns prétendaient, et sans doute il a en vue saint Thomas, que chaque ange diffère des autres par une différence essentielle : car, de même que la différence spécifique détermine le genre, de même ce qui reste d’intermination dans l’espèce doit être déterminé par une différence essentielle ajoutée à l'espèce. Et d’ailleurs, si le singulier n’ajoutait aucune différence essentielle à l’espèce, deux individus, tels Pierre et Jean, ne différeraient pas essentiellement. Mais cela n’est pas admissible : bien que Pierre et Paul diffèrent essentiellement, comme il sera dit plus loin, cependant on ne peut affirmer que cette différence essentielle soit constituée par une note essentielle surajoutée à l’essence : car l’unité individuelle ne suppose nullement une note positive surajoutée à l’essence, mais l’unité individuelle ajoute seulement que l'essence ne peut être divisée entre plusieurs, sans détriment de son intégrité : « T'antum negationem divisibilitatis salva integritate essentiae 2. »

D'autres ont prétendu que la substance créée est individualisée par quelque chose de surajouté à l’essence, donc par les accidents, et que d’ailleurs toute unité créée est un accident. Mais cette opinion n’est pas raisonnable et a été réfutée par Averroës.

La substance angélique est numériquement une et formellement, non par une réalité surajoutée à son essence, mais par: son essence même en tant que celle-ci ne peut être divisée sans détriment de sa propre intégrité. Indivisibilité ne dit pas quelque chose de positif, et par conséquent l’unité numérique dans l’ange et l’essence ne diffèrent pas réellement, mais seulement selon la raison. Telle est formellement la doctrine d’Averroës # :

« Substantia angeli est una numero formaliter, non per aliquid reale superadditum essentiae suae, sed per essentiam suam sub ratione indivi-

1 Quaest. disp., q. S.

? Quaest. disp., q. 8. — II Sent., d. III, a. 3, q. 2; p. 57. 3 Quaest. disp., q. 8.

sibilis, integritate sua salva. Hoc dico propter unitatem speciei : natura humana, ut intellecta praeter unitatem et multitudinem, intelligitur non ut multiplicata, tamen ut multiplicabilis, salva integritate sua ;.… Indivisibilitas autem non dicit aliquam rem positivam et sic unitas numeralis ipsius Angeli et sua éssentia non differunt, nisi ratione eo quod unitas super essentiam non addit nisi indivisibilitatem praedictam 1,»

Cette indivisibilité est le fondement même de la distinction des substances singulières. C’est parce que deux substances sont indivisibles qu'elles se distinguent l’une de l’autre :

« Dicendum quod... per illud per quod singulare significatum est in se substantialiter indistinctum est ab alio substantialiter distinctum. Per suam autem unitatem individualem est in se substantialiter indistinctum. Unde et per eam est ab'alio substantialiter distinctum. Unitas autem individualis non addit super naturam speciei essentialem differentiam, sed tantum negationem divisibilitatis, salva integritate sua. Unde natura humana sub ratione qua indivisibilis salva integritate sua, est humanae naturae quodam singulare determinatum seu significatum 2. »

Voilà pourquoi il ne répugne pas qu’il y ait plusieurs anges dans une même espèce. Bien que ces anges soient semblables entre eux en tant que leur nature ne diffère pas par un degré d’être plus grand ou moindre, c’est-à-dire en tant qu’ils ont les mêmes notes spécifiques, cependant ils se distinguent les uns des autres, puisque l'unité numérique est constituée formellement par l’essence même en tant qu’indivisible. Mais ce qui est numériquement un est, par le fait même, distinct de tout le reste 3.

Richard ne rejette pas absolument l'opinion d’après laquelle la cause de l’individuation serait l’acte même d’existence. C’est qu’au fond, étant donné qu'il n’admet pas la distinction réelle entre l’essence et l'existence, cette seconde opinion ne diffère pas trop de la première, qui a ses préférences dans le second livre des Sentences;, car dans le premier il déclare ces deux

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1 II Sent., d. III, a. 4, q. 1; p. 58, c. 2.

2 II Sent., d. III, a. 3, q. 2, ad. 3°"; p. 57, c. 2. 3 Quaest. disp., q. 8.

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