‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 88 sur 228 · PRINCIPE D’INDIVIDUATION · texte numérisé non relu

PRINCIPE D’INDIVIDUATION

opinions probables, sans distinction. Voici comment il expose cette seconde opinion :

« Unitas enim humanae speciei est ipsa species humana sub ratione qua indivisa in plures species; unitas vero numeralis.. ponit super essentiam rationem individuationis suae quae individuatio super essentiam numero unam ponit aliquid ab ea differens.. quia ponit actualem existentiam. Eo enim ipso quo res actu existit, una numero est. Unde si actualis existentia nihil addit reale absolutum super essentiam substantiae creatae, ut multi dicunt, tunc illud positivum quod addit praedicta unitas… non dicitur ab ea secundum rem sed secundum rationem vel intentionem. Quia tamen ens in actuali existentia dicit compositionem ex essentia et actuali existentia, ideo unum super tale ens nihil addit positivum sed tantum negationem divisionis }.. »

« Alii dicunt quod unitas individualis inest essentiae mediante eius tsse et quod ultra essentiam addit relationem ad datorem ipsius esse et negationem supradictae divisibilitatis 3, »

Comme on peut le voir par les passages cités, la théorie posée par Richard est absolument universelle: non seulement les anges ont leur individuation propre par le fait de l’incommunicabilité de leur essence, mais l’homme, et en général tout être même corporel. Se posant l’objection: l’individuation provient de la matière, Richard le nie absolument; le singulier est singulier par sa propre essence en tant que celle-ci est indivisible, et si Dieu réalisait une forme sans matière, cette forme serait singulière $. Et ailleurs il déclare, ou du moins ne désapprouve pas la déclaration suivante, entièrement conforme à sa doctrine générale : s’il est vrai que les dimensions mathématiques ne se distinguent les unes des autres que par leur situation, les dimensions naturelles, c’est-à-dire réalisées dans un corps, ne se distinguent pas seulement par leur situation, mais encore par la distinction des corps dont elles sont les dimensions. Or les corps se distinguent par leurs essences et principalement par leurs formes #. On le voit, la théorie de Richard est fidèle à celle

LI Sexe. d. XXIV,s.1,q.2;p.218,c.1.

5 II Sent., d. III, a. 4, q. 1, ad 47; p. 59, c. 1. 2 II Sent., d. XXIV, a. 3, q. 4, ad SM: p.313,c. 1.

4 IV Sent., d. XLIX, a. 4, q. 5; p.681,c.1.

de saint Bonaventure, au moins dans ses grandes lignes, et elle ne prépare pas la théorie de l’heccéité de Duns Scot !.

Curieuse conclusion de sa façon de concevoir l’individuation : Richard admet que le corps humain est indifférent à recevoir une âme plutôt qu’une autre, au moment de son animation. Mais à la résurrection, l’âme se réunira à son propre corps: la seule raison, outre une raison de convenance, c’est que l’âme s’est affectionnée au corps qu’elle a animé :

« Corpus quod est perfectum hac anima, loco huius animae qua perféctum est, potuisset perfici alia anima solo numero differente ab ista,

si Deus illam isti corpori infudisset… nulla est ratio quare magis potuisset perfici ab una quam alia ©.»

1 Le P. Éphrem LONGPRÉ croit cependant que la doctrine de Scot ne diffère pas de celle de saint Bonaventure (La Philosophie du B. Duns Scot, dans . Études franciscaines, t. XXXVI, 1924, p. 346-348). 4 Quodl. I, q. 14; p. 20. — IV Sent, d. XLIII, a. 1, q. 2; p. 550.

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