PSYCHOLOGIE ET ÉTHIQUE
SOMMAIRE. — ÏI. L'âme : forme complétive du corps ; sa spiritualité. Distinction des facultés. Le primat de la volonté. La liberté. Possibilité pour la volonté de se mouvoir contrairement au jugement de l'intelligence. L'intellect actif et passif. — II. La morale : la fin dernière. Les conditions de la moralité : les actes indifférents. La norme de moralité: la loi éternelle, naturelle, divine. La syndérèse. La conscience. La morale sociale.
En parlant de la théorie de Richard sur la composition hylémorphique et sur le principe d’individuation, il nous a été nécessaire pour bien comprendre notre docteur, de parler à plusieurs reprises de thèses qui rentrent, comme applications particulières de principes généraux, dans la psychologie. Nous pourrons donc être plus bref dans ce chapitre. La préoccupation dominante de Richard fut d’affirmer l’unité du composé humain; et on le comprend : la multiplicité des formes semble relâcher l'unité substantielle des êtres et particulièrement de l’homme. Et d’autre part, les thèses de Pierre Jean Olivi qui distinguait trois âmes : l’âme végétative, l’âme sensitive et l’âme intellectuelle !, rendaient cette insistance plus pressante.
Nous trouvons dans ses Quaestiones disputatae comme une synthèse de ses idées sur la nature de l’homme.
L'âme rationnelle est la forme du corps et c’est elle qui, en.tant que forme principale et complétive, place l’homme dans son espèce. La preuve en est dans nos concepts universels.
1 Voir l’appendice vi, p. 445.
Or, raisonner à partir des concepts universels dépasse les forces de la matière. On ne peut attribuer le raisonnement à une forme incomplète, car raisonner est l’acte supérieur de l’homme: donc le pouvoir de raisonner se fonde sur la forme complétive et dernière : par conséquent raisonner appartient à la forme qui spécifie l’homme; en d’autres termes, la forme dernière qui spécifie l’homme est l’âme raisonnable. Un second argument est!tiré de notre appétit du bonheur. La béatitude complète consiste dans la vision de Dieu, et celle-ci n’est possible que pour l’âme raisonnable; donc l’âme raisonnable est une partie essentielle du composé humain.Suivent les différentes autorités.
La conclusion est donc :
« Anima intellectiva est humani corporis forma, ita quod est forma principalissima ipsius hominis, hoc est : forma completiva per quam homo reponitur in specie hominis 3. »
Cette forme spécifique est une forme incorruptible (Quaest. disp., q. 38, a. 2. —- II Sent., d. XIX, a. 1, q. 1; p. 143); elle est la fin de la nature inférieure, c’est à dire que matière, éléments, mixtes, forme végétative, forme sensitive sont ordon- | nés” à l’intellection, comme à leur fin naturelle (Quaest. disp., q. 38, a. 3. — II Sent., d. XVIII, a. 2, q. 2; p. 238).
Cette forme spécifique possède une faculté qui n’est pas organique, car les facultés organiques s’affaiblissent par l’excellence de leur objet : or, la faculté par laquelle nous saisissons l’universel n’éprouve pas cet affaiblissement, si excellent que soit son objet. Notre appétit de la béatitude en est une nouvelle preuve, car une faculté organique ne peut voir Dieu (Quaest. disp., q. 38, a. 4. — Quodl. I, q. 13; p. 19). Et par conséquent la forme spécifique de l’homme ne peut être tirée de la puissance de la matière (Quaest. disp., q. 38, a. 5).
L'âme humaine est donc créée par Dieu : le générateur dispose la matière et la rend apte à la réception de l’âme raisonnable, mais il n'existe en lui ni force matérielle, ni force spirituelle
1 Quaest. disp. q. 38, a. 1. — Quodl. I, q. 13; p. 19. — II Sent., d. XVII, a. 1, q. 3; P. 216.
2 Quodl. I, q. 13; p. 19, c. ft.