L'AME FORME DU CORPS
qui puisse la produire (Quodl. I, q. 12; p. 17-18. — II Sent., d. XVIII, a. 2, q. 2; p. 237). L’âme est créée par Dieu au moment même de l'information du corps (II Sent., d. XVIIE, a. 2, q. 3;
L'âme de l’homme n’est pas seulement le vestige de Dieu, mais son image (II Sent., d. XVIII, a. 2, q. 2; p. 239. — Cfr d. XVI, a. 1, q. 1; p. 208). Image de Dieu, elle ressemble par là à la nature angélique : mais dans l’ange l’image est plus parfaite que dans l’homme; bien plus, l’ange et l’homme sont des images spécifiquement différentes, car l’âme de l’homme est essentiellement la forme d’une matière corporelle, et de plus l’âme de l’homme est proprement une âme raisonnable, car elle arrive à la connaissance par voie de raisonnement, tandis que l’ange est une intelligence intuitive (Zbid., q. 3; p.210). L'image de Dieu est plus parfaite dans l’homme que dans la femme, bien que ce ne soit que d’une perfection accidentelle (Thid., q. 4; p. 210). L'homme est image de Dieu par sa triple faculté : mémoire, intelligence, volonté (I Sent., d. III, a. 1, q- 1; p. 50).
L'homme étant composé de matière et de forme et de plus de plusieurs parties intégrantes, la question se pose « Utrum partes hominis sint plures actu?»
Dans un composé quelconque, les parties, bien qu'’existant actuellement, ne font cependant pas plusieurs totalités : « Partes compositi non faciunt plura tota», car dans un composé les parties n'existent actuellement qu’en vertu de l’actuation de tout le composé (Quaest. disp., q. 40, a. 1). Dans l’homme les parties intégrantes sont continues. Or les parties d’un tout continu ne sont pas actuellement plusieurs êtres distincts, maïs seulement en puissance : en effet, un continu peut être divisé indéfiniment; or il est impossible qu’une infinité de parties existent actuellement. D'ailleurs les parties d’une brute ne constituent pas autant d'animaux, car toutes ces parties sont animées d’une seule forme. Il en va de même des parties intégrantes de l’homme (Quaest. disp,, q. 40, a. 2). De même les parties essentielles de l’homme, matière et forme, ne constituent pas plusieurs totalités, car sinon il y aurait dans l’homme deux
suppôts. De plus la définition de l’homme est unique : or d’une pluralité actuelle, quand les individus ne sont pas de même nature, comme c'est le cas pour l’âme et le corps, il n’y a pas une définition (Quaest. disp., q. 40, a. 3. — II Sent d. XVIL, a. 1, q. 4; p. 227).
Comme saint Bonaventure, Richard n'’admet pas que les facultés de l’âme soient des entités distinctes réellement de la substance : elles ne sont ni des accidents, ni une réalité surajoutée à l'essence; elles désignent seulement des fonctions diverses de l’âme et n’ajoutent donc que des rapports à certains actes et à certains objets. Il n’y a donc qu’une distinction de raison entre les facultés de l’âme et son essence :
« Potentiae animae non sunt accidentia, nec addunt aliquam rem absolutam supra animge essentiam, sed tantum respectus ad actus et objecta.. !. Potentia super essentiam addit determinatum respectum, propter quod essentia non praedicatur de potentia, sicut nec cursus de currere, quamvis currere non addat nisi relationem À. » «
Richard soutient naturellement la même doctrine au sujet des anges (Quaest. disp., q. 9).
Une autre thèse chère à l’école franciscaine, et qui a une portée très considérable, non seulement en psychologie, mais en théodicée et intervient dans bon nombre de questions, c’est le primat de la volonté :
« Cum dicis quod intellectus est nobilissima potentia. dico quod voluntas nobilior est potentia %..… Voluntas simpliciter nobilior est quam intellectus 4, » .
Richard a considéré ex professo la question deux fois, et presque dans les mêmes termes : dans son étude sur l’homme (loc. cit.) et sur l’ange (Quaest. disp., q. 10). La raison de cette affirmation se fonde sur cette idée bien augustinienne du primat du bien (II Sent., d. XXIV, a. 1, q. 5; p. 298, c. 2). L'acte de la volonté est plus noble que celui de l'intelligence, car l'amour de Dieu est préférable à la simple connaissance :
1 TI Sent., d IV,p. 1*,a. 2, q. 1; p. 52.
+ Jbid., ad 3"; p. 53. |
3 I Sent., d.1,a. 2,q.1;p.22,c.7.
* II Sent., d. XXIV, a. 1, q. 5; p. 298, c. 1.