‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 98 sur 228 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

SOMMAIRE. — I. La nature divine: les attributs. La science divine : prescience et contingence. Le vouloir divin. La toute-puissance : puissance ordonnée et puissance absolue. L’optimisme. —- II. La prédestination et la réprobation : la cause de la prédestination. — III. La Trinité : déduction a priori de la pluralité, non de la Trinité. La notion et la constitution de la personne.

La théologie, comme nous l’avons dit en essayant de reconstituer la psychologie du professeur, est conçue comme une science pratique, et c’est une conséquence de la thèse sur le primat de la volonté. Son objet propre est létude du révélé :

« Doctrina theologica est nobis necessaria principaliter propter illa quaæe de Deo non possunt cognosci nisi per revelationem !, »

Mais la révélation nous aide également à mieux connaître les choses accessibles à la raison, et la formule employée pour montrer la nécessité morale de la révélation dans cet ordre de connaissance prélude à celle du Vatican :

«Per humanam investigationem pauci ad eorum cognitionem perveniunt et per multum tempus et cum multo labore et ut in multis

cum admixtione errorum : per theologiam autem perveniunt multi, et citius et cum minore labore et sine errorum admixtione %, »

Le sujet d'attribution de la science théologique, qui lui donne son unité, c’est Dieu (I Sent., Prolog., q. 3; p. 6, et q.6; p. 10). Vraie science, elle est de toutes la plus noble et toutes

11 Sent., Prolog., q. 1; p.4,c.1.

3 Jbid. Cfr DENZINCER, 1786. — Sur le prophétisme, ITI Sent., d. XXIII, a. 8,q. 1; p. 257.

les autres lui sont subordonnées : car elle possède une certitude plus haute, peut même prouver les principes des autres sciences et juge en dernier ressort de leurs conclusions :

« Unde quidquid in aliis scientiis invenitur huic scientiae repugnans iudicandum est falsum !, »

Les principaux dogmes de foi sont contenus, au moins implicitement, dans les quatorze vérités complexes qui composent le symbole des apôtres (III Sent., d. XXV, a. 1 et 2; p. 273-276).

L'existence de Dieu et ses principaux attributs peuvent être

. connus par la raison naturelle et la foi lui vient encore en aide (I Sent., d. III, a. 1, q. 3, ad 4; p. 42, c. 1); mais le mystère de la Trinité lui est absolument inaccessible : car nous parvenons à la connaissance de Dieu par une triple voie « de rémotion, de causalité et d’éminence » en partant des créatures ; mais aucune de ces voies n’aboutit au mystère de la vie intime de Dieu, un en trois personnes (I Sent., d. III, a. 2, q. 2; p. 43).

Dieu n’est pas définissable et il est innommable, étant au-dessus de tout nom et en dehors de toutes les catégories. Cependant nous pouvons nous faire de Dieu une idée distincte

| quoique imparfaite, et, dans la même mesure, le nommer (I Sent.,

d. XXII, a. 1, q. 1; p. 201). Richard ne pousse pas à fond, comme saint Thomas, l’analyse de notre connaissance analogique de Dieu ?. Parmi les noms divers par lesquels nous désignons Dieu (/bid., q. 2; p. 202), les uns sont purement métaphoriques, d’autres ne le sont pas; et même certaines dénominations s’appliquent plus proprement à Dieu qu'aux créatures :

« Quaedam sunt nomina quae significant, vel potius per quae significare intendimus distincte, et insinuare, quamvis ad sic significandum non attingamus res, quae per prius sunt in Deo et per posterius in

11 Sent, Prolog., q. 5; p. 9.

2? Pour la doctrine de S. Bonaventure, voir GiLSON, S. Bonaventure, p. 196-

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