‹ Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrineChapitre 99 sur 228 · NATURE DIVINE · texte numérisé non relu

NATURE DIVINE

creatura. Et talia nomina magis proprie dicuntur de Deo quam de creatura, non ratione huius quod per nomen intelligimus distincte insinuari, sed ratione huius quod per nomen significare intendimus 1. »

Le nom qui convient le mieux à Dieu c’est « Qui est » (I Sent., d. XXII, q. 6; p. 208). Pour Richard la notion fondamentale de Dieu, c’est donc « acte pur », et ces deux autres extrêmement voisines, « la souveraine simplicité et la totale perfection de l'être divin » :

« Deus est enim purus actus, summe simplex et summe perfectus.

In puro actu nulla est potentialitas, in summe simplici nulla compositio, in summe perfecto nulla imperfectio ?. »

De la notion d’acte pur, notre docteur déduit l’éternité de Dieu (I Sent., d. XIX, a. 2, q. 1 ; p. 284), sa science (I Sent., d. XXXWV, a.1,q.1;p.299.—q. 7; p.306.—d. XXXVI, a. 2, q. 5; p. 317), sa puissance (1 Sent., d. XLII, a. 1, q. 1; p. 372), son infinité (d. XXXIV, a. 1, q. 15 p. 294, et Quaest. disp., q. 2).

Mais peut-être la simplicité divine l’a ravi davantage encore. I] lui a consacré la première question de ses Quaestiones disputatae, et un article de son Commentaire (1 Sent., d. VIII, a. 3, q.ret 2; p. 87, 88). De la simplicité 1l conclut à l'égalité des personnes divines (1 Sent., d. XIX, a. 1, q.1; p. 181), à l’éternité (I Sent., d. XIX, a. 2, q. 1; p. 184), à la science de Dieu (I Sent., d. XXXV, a. 1, q. 7; p. 306, et a. 1, q. 4; p. 303), à son mode de présence dans la création (I Sent., d. XXXWVII, a. 1,q.1;P. 323).

11 est peut-être intéressant de noter en passant comment Richard conçoit la grandeur de Dieu :

«In divinis autem quamvis non sit quantitas molis, tamen est :bi quantitas virtutis, quam plus voluit Augustinus nominare nomine magnitudinis, quam nomine quantitatis 5, »

D'ailleurs Dieu est au-dessus et en dehors de toutes les catégories. La simplicité de l’être divin empêche également . d’établir une distinction réelle, en Dieu, entre l’essence et les

1] Sent., d. XXII, a. 1, q. 4; p. 206.

#1 Sent., d. XXXV, q. 7; p. 306.

3] Sent., d. XIX, a. 1,q.1;p.181,c.1.

attributs divins, soit absolus, soit relatifs. Par conséquent en Dieu il n’y a pas pluralité réelle d’attributs : « Zn essentia divina est attributorum pluralitas secundum rationem.» Mais la multiplication de nos concepts provient, d’une part de notre mode de connaissance qui n’atteint Dieu qu’en partant des perfections créées et, d’autre part, de la suréminence de l’Être de Dieu :

« Îta quod una conceptione non potest apprehendere omnes modos perfectionum quae sunt in Deo 1. »

Aussi les attributs divins désignent-ils l’essence même de Dieu, chacun sous un aspect particulier :

« Si aspiciamus ad illud quod per nomen alicuius attributi, verbi gratia, per nomen sapientiae, significare intendimus, illud est divina essentia sub ratione qua illuminata. ita quod formalius significat ipsam illuminationem a qua nomen sapientiae imponitur, quam essentiam à,»

Entre les différents attributs il ne peut donc exister qu’un

- ordre de raison, fondé sur notre mode de concevoir (I Sent., d. IT, a. 1, q. 4; p. 32). Cependant cet ordre n’est pas purement arbitraire; il se fonde d’une certaine façon, que Richard ne précise pas, sur la nature même de Dieu :

« Quamvis istis ordinatis conceptionibus non respondeat aliquis ordo realis.. tamen ipsae perfectiones sunt talis naturae quod aptiores sunt secundum unum ordinem intelligendi quam secundum alium.…. Sicut illi pluritati secundum rationem.. non respondet aliqua realis attributorum pluralitas, nec tamen est cassa quia illi respondet plenitudo divinae perfectionis de qua ab intellectu nostro possunt plures vere conceptiones formari..., sic iste ordo conceptionum cassus non est, quia respondet naturae divinarum perfectionum per quam exigunt magis secundum unum ordinem quam secundum alium apprehendi $. »

Dieu est intelligence et sa science ne diffère pas réellement

11 Sent., d. Il, a. 1,q. 3; p.31, c.2.

31 Sent., d. II, a. 1, q. 2, ad 2%; p. 30, c. 1. — Voir aussi d. XXXVI, q. 6; P. 318.

% Jbid., ad 2%® et 3"®; p. 33. C'est sur ce passage que se fonde Mincss pour voir dans Richard un précurseur de la distinction formelle de Scot (Skotistisches, P- 291-293).

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