I. Le médecin
— C'est fort étrange ! s'écria encore lord De Vaux : le nord répond du sud, l'Ecossais du Turc. Puis-je vous demander, sire chevalier, comment il se fait que vous vous trouvez môIé dans cette affaire?
— J'ai été absent pour un pèlerinage, Milord, et j'étais chargé d'un message pour le saint ermite d'Engaddi.
— Ne pouvez-vous me confier la réponse de ce saint homme, sir Kenneth ?
— Non, Milord.
— Ignorez-vous, dit l'Anglais avec hauteur, que je suis membre du conseil d'Angleterre ?
— Je ne dois pas allégeance à ce pays, Milord, quoique, pendant cette guerre , j'aie combattu volontairement sous la bannière du monarque anglais. J'ai été dépêché par le conseil général des rois, princes et chefs suprêmes de l'armée de la croix, et ce n'est qu'à eux que je rendrai compte de ma mission.
— Ah ! est-ce ainsi que tu parles? s'écria le fier baron. Apprends, messager des rois et des princes , comme tu peux l'être , qu'aucun médecin n'approchera du ht de Richard d'Angleterre sans le consentement du lord de Gilsland; et malheur à quiconque oserait pénétrer dans sa tente sans l'avoir préalablement obtenu !
Il se détournait avec un air de hauteur quand l'Ecossais, s'avançant plus près et se mettant en face de lui , lui demanda d'un ton calme, mais qui n'était pas non plus sans fierté , si le lord de Gilsland le regardait comme un gentilhomme et comme un bon chevalier.
— Tous les Ecossais sont nobles par droit de naissance, répondit su' Thomas avec quelque ironie; mais sentant lui-même son injustice et s'aperce vaut que la rougeur montait au visage de Kenneth, il ajouta : — Vous êtes, certes, bon chevalier; ce serait un péché d'en douter, surtout pour un homme qui vous a vu vous acquitter avec bravoure et loyauté de votre devoir.
— Eh bien donc ! dit le chevaher écossais, satisfait par la franchise de cette dernière déclaration, je vous jure, Thomas de Gilsland, aussi vrai que je suis Ecossais, ce que je regarde comme un privilège égal à mon ancienne noblesse , aussi sur que j'ai reçu l'ordre de la chevalerie, et que je suis venu ici pour acquérir los ' et renotn dans cette vie mortelle, et le pardon de mes péchés dans celle à venir, enfin au nom de la bienlieureuse croix que je porte, que je n'ai d'auti'e désir que d'assurer la guérison de Richard Cœur-de-Lion, en lui recommandant ce médecin musulman.