‹ Richard en PalestineChapitre 15 sur 54 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ln savant médecin, capable de guérir

Les maux que les morlels sont voués à soufTrir,

Vaul une armée entière. —

HOUÈDE.

— C'est une étrange histoire, sir Thomas, dit le monarque malade après avoir entendu le rapport du fidèle baron de Gilslaud ; estu sur que cet Ecossais soit un homme à qui l'on puisse se fier?

— Je ne sais trop qu'en dire, Sire, répondit le soupçonneux lord des frontières; je suis un peu trop voisin des Ecossais pour avoir beaucoup de confiance en eux, les ayant toujours trouvés plus fins que francs. Mais la figure de cet homme, fiît-il diable aussi bien qu'Ecossais, respire la bonne foi. C'est un témoignage que je dois lui rendre en conscience.

— Et sa conduite comme chevalier, qu'en dis-tu, De Vaux?

— Il appartient mieux à Votre Majesté qu'à moi d'en juger; et je garantis que vous avez remarqué la manière dont se comporte ce chevaher du Léopard. On en a toujours bien parlé.

— Et c'est avec justice, Thomas. Nous en avons nous-mème été témoin. Pourquoi nous plaçons-nous toujours au premier rang les jours de bataille? c'est pour voir comment se comportent nos sujets et nos compagnons, et non par le désir d'accaparer pour nous-mème une vaine gloire, comme bien des gens le supposent. Nous connaissons la vanité des éloges des hommes ; et ce n'est pas pour les obtenir que nous endossons notre armure.

De Vaux fut alarmé quand il entendit le roi faire une déclaration si peu conforme à son caractère, et il crut d'abord qu'il n'y avait que les approches de la mort qui pussent le porter à parler en termes si méprisants de la renommée militaire, seul lien qui semblât l'attacher à la vie. Mais se rappelant qu'il avait rencontré le confesseur de Richard dans la partie du pavillon qui servait d'antichambre, il attribua cette humilité à l'effet des leçons de ce révérend personnage, et laissa parler le monarque sans lui répondre.

— Oui sans doute, ajouta Richard, j'ai remarqué la manière dont ce chevaher fait son devou' dans le combat. Mon bâton de comman-

demeut ne vaudrait pas la marotte d'un fou si je ne m'en étais pas aperçu. Il aurait déjà reçu des preuves de nos bontés si nous n'avions aussi remarqué en lui une présomption insolente et audacieuse.

— Sire, dit le baron deCilsland en voyant le roi changer de figure, je crains de m'être exposé au déplaisir de Votre 3Iajesté en lui servant d'appui dans ses transgressions.

— Que veux-tu dire, Multon? dit Richard en fronçant le sourcil et avec un ton de surprise et de colère; toi servir d'appui à son insolence ! impossible !

— Votre Majesté me pardonnera si je lui rappelle que ma place me donne le droit d'accorder aux hommes de bonne naissance la permission de conserver dans le camp un ou deux chiens de chasse, uniquement pour entretenir le bel art de la vénerie ; d'ailleurs ce serait un péché que de tuer ou de blesser un aussi noble lévrier que celui de ce chevalier.

— C'est donc un bien bel animal ?^

— La créature la plus parfaite qui soit sous le ciel, Sire, répondit le baron enthousiaste sur tout ce qui tenait à la chasse ; c'est un limier de la plus belle race du Nord : la poitrine large, la croupe vigoureuse, le poil noir sans une tache de blanc, mais avec des raies sur la poitrine et sur les jambes ; d'une force à terrasser un taureau, d'une agihté à surpasser une antilope.

Le roi sourit de son enthousiasme. — Eh bien! dit-il, tu lui as permis de garder son chien : c'est une affaire finie. Toutefois ne sois pas si prodigue de tes permissions avec ces chevaliers aventuriers qui n'ont ni prince ni chef sur qui ils puissent compter. Ils sont ingouvernables, et ne laisseront pas de gibier dans la Palestine. Mais revenons à ce sage païen. Ne dis-tu pas que l'Ecossais l'a rencontré dans le désert?

— Non, Sire. Voici quelle est l'histoire de l'Ecossais : il avait été chargé d'une mission pour le vieil ermite d'Engaddi, dont on parle tant, et

— Mort et enfer! s'écria Richard en tressaillant; quelle était cette mission? Qui la lui avait donnée? Qui a osé envoyer quelqu'un au couvent d'Engaddi quand la reine y est en pèlerinage pour obtenir du ciel notre guérison?

— C'est le conseil des croisés qui l'y a envoyé. Sire. Pour quel objet, c'est ce dont il n'a pas voulu me rendre compte. Je crois qu'on sait à peine dans le camp que la reine est en pèlerinage ; moi , du moins, je l'ignorais encore hier ; et les princes peuvent avoir partagé la môme ignorance , attendu que la reine n'a voulu voir personne

depuis que votre affection lui a défendu de venir près de vous , de peur de la contagion. ^

— Fort bien ; c'est ce que nous saurons. Et ainsi donc cet Ecossais, cet envoyé, a trouvé un médecin errant dans la grotte d'Engaddi?

— Non , Sire ; mais c'est près de là , je crois , qu'il a rencontré un émir sarrasin , qu'il a combattu pour éprouver sa valeur, et l'ayant jugé digne d'être en compagnie d'un brave chevalier, ils se sont rendus ensemble, en chevaliers errants, à la grotte d'Engaddi.

Ici De Vaux reprit haleine , car il n'était pas de ces gens qui peuvent conter une longue histoire en une phrase. — Et y trouvèrent-ils le médecin? demanda le roi avec impatience.

— Non, Sire; mais le Sarrasin, apprenant la fâcheuse maladie de Votre Majesté, déclara que Saladin vous enverrait son médecin, et vous donnerait toute assurance de son éminent savoir. En conséquence, le médecin se rendit à la grotte, où l'Ecossais l'avait attendu un jour ou deux. Il a une suite semblable à celle que pourrait avoir un prince, des trompettes, des timbales, des esclaves à pied et à cheval, et il apporte une lettre de créance de Saladin.

— A-t-eUe été examinée par Giacomo Loredani?

— Je l'ai montrée à l'interprète avant de l'apporter ici, et en voici la traduction en anglais.

Richard prit un parchemin que lui présenta lord De Vaux , et y ayant jeté les yeux, il le lui remit pour qu'il lui en fit la lecture. II contenait ce qui suit :

« — Au nom d'Allah et de Mahomet, son prophète... »

— Au diable le chien ! dit Richard en crachant par mépris et en forme d'interjection.

« — Saladin, roi des rois, Soudan d'Egypte et de Syrie, la lumière et le refuge de la terre, au grand Melec Rie , Richard d'Angleterre, salut. Attendu que nous avons été informé que la main de la maladie s'est appesantie sur toi , notre royal frère, et que tu n'as près de toj que des médecins nazaréens et juifs, qui travaillent sans la bénédiction d'Allah et de notre saint prophète... »

— Confusion sur sa tète ! murmura Richard , interrompant une seconde fois la lecture.

« — Nous t'envoyons, pour te soigner en ce moment, le médecin de notre personne, Adonebec El Hakim, devant la face duquel l'ange Azraël ' déploie ses ailes et quitte la chambre du malade ; il connaît toutes les vertus des herbes et des pierres, le chemin du soleil, de la

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