‹ Richard en PalestineChapitre 2 sur 54 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dans le désert tous deux se retirèrent, niais Ils étaient armés.

MiLTON. Le Paradis reconquis.

Le soleil brûlant de la Syrie n'était pas encore arrivé au plus haut point de l'horizon, quand un chevalier de la croix rouge, qui avait abandonné ses foyers au nord de l'Europe pour joindre l'armée des croisés dans la Palestine, traversait lentement les déserts sablonneux des environs de la mer Morte, ou, comme on l'appelle, du lac Asphaltite, où les eaux du Jourdain se jettent comme dans une mer méditerranée dont les ondes n'ont aucun écoulement.

Le guerrier pèlerin avait voyagé péniblement entre les rochers et les précipices pendant la première partie de la matinée ; plus tard, quittant ces défilés escarpés et dangereux, il était entré dans cette grande plaine où les villes maudites provoquèrent autrefois la vengeance terrible du Tout-Puissant.

Le voyageur oublia la fatigue, la soif et les dangers du chemin, en se rappelant la catastrophe effrayante qui avait métamorphosé en un désert desséché et affreux la belle et fertile vallée de Siddim, jadis arrosée comme le jardin du Seigneur, maintenant condamnée à une stérilité éternelle.

Il fit le signe de la croix en voyant se dérouler la masse noire d'eaux qui ne ressemblent ni en couleur ni en qualité à celles d'aucun autre lac, et il frissonna en se souvenant que sous ces ondes croupissantes étaient ençevehes les cités jadis si fières de la plaine, dont la tombe fut creusée par la foudre du ciel, ou par Féruption d'un feu souterrain. Cette mer, sous laquelle sont engloutis leurs débris, ne contient pas un poisson vivant dans son sein, ne porte pas d'esquifs sur sa surface ; et, comme si son lit était le seul réceptacle qui convînt à ses eaux impures, elle n'envoie pas un tribut à l'Océan comme les autres lacs. La terre d'aleritour n'était, comme dans le temps de Moïse, — que sel et soufre ; on ne l'ensemençait pas ; elle ne rapportait rien, aucune herbe n'y croissait ' . — L'épithète de Morte pouvait s'appliquer à la terre aussi bien qu'à l'eau du lac, car on n'y apercevait aucune apparence de végétation, et l'air même était privé de ses habitants ailés, chassés sans doute parles vapeurs bitumineuses que les rayons brûlants du soleil pompent de la surface du lac. Ces vapeurs y prennent l'apparence d'un brouillard, et se montrent quelquefois sous la forme d'une trombe. Des masses de cette substance visqueuse et sulfureuse qu'on appelle naphte, et qui flottaient sur ses vagues sombres et indolentes, fournissaient de nouvelles vapeurs à ces nuages roulants, et semblaient appuyer d'un témoignage imposant la vérité de l'histoire de Moïse.

Le soleil brillait avec un éclat presque intolérable sur cette scène de désolation, et toute la nature vivante paraissait s'être dérobée à ses rayons, excepté le pèlerin solitaire qui foulait à pas lents le sable mobile, et qui semblait le seul être doué de vie sur toute la surface de cette plaine. On aurait dit aussi que le costume du chevalier et l'équipement de son cheval avaient été choisis à dessein, comme tout ce qui pouvait être le moins convenable pour voyager dans une telle contrée. Lue cotte de mailles à longues manches, des gantelets couverts de plaques de métal et une cuirasse d'acier, n'avaient pas été jugés une armure assez pesante; un boucher triangulau^e était suspendu à son cou, et il portait un heaume d'acier au bas duquel flottait un capuchon, et un collier de mailles qui, entourant les

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