I. La vérité est grande; elle prévaudra
Le roi Richard écouta les raisomiements du prélat les j'eux baissés, et avec uu air de trouble évident.
— Je ne me reconnais plus , dit-il ; il me semble que les froids conseils des princes de la chrétienté m'ont frappé aussi d'une léthargie d'esprit. Il fut mi temps où, si un laïque m'eût proposé une telle alliance, je lui aurais brisé le crâne contre la terre, et si c'eût été mi homme d'église, je lui aurais craché au \isage comme à un renégat et à un prêtre de Baal. Et cependant à présent cette proposition ne sonne pas à mes oreilles d'une manière si étrange. Pourquoi n'accepterais-je pas la fraternité et l'alliance d'un Sarrasin brave, juste et généreux, qui sait aimer et honorer un ennemi digne de lui, comme s'il en était l'ami, taudis que les princes chrétiens abandonnent làch^ ment leurs alhés, la cause du ciel et Ihonneur de la chevalerie? 3Iais je m'armerai de patience, et je ne songerai point à eux. Seulement je ferai encore une tentative pour resserrer les liens qui unissent toute cette brave armée. Si je n'y réussis pas, nous reviendrons sur votre proposition : quant à présent, je ne l'accepte ni ne la rejette. Rendons-nous au conseil, révérend archevêque; l'heure en est arrivée. Vous reprochez à Richard d'être fier et impétueux; vous l'allez vou" humble et pliant comme le genêt qui a donné son nom à sa race.
A l'aide des officiers de sa chambre, le roi mit à la hâte un pourpoint et un manteau d'une couleur brune, et, sans autre marque de la dignité royale qu'un cercle dor sur sa tête , il se rendit avec l'archevêque de Tyr au conseil des princes , où l'on n'attendait que son arrivée pour ouvrir la séance.
Le pavillon du conseil était une grande tente, devant laquelle étaient déployées la bannière de la croix et une autre sur laquelle on voyait limage d'une femme à genoux , les cheveux et les vêtements en désordre; cette image représentait l'église éplorée de Jérusalem, et avait pour devise : Af/lictœ sponsœ ne obliviscaris*. Des gardes choisis avec soin ne permettaient à personne d'approcher du voisinage de cette tente , afin que les discussions souvent tumultueuses, et quelquefois même orageuses, qui y avaient Ueu, ne pussent arriver à d'autres oreilles que celles qui devaient les entendre.
C'était là que les chefs de la croisade étaient assemblés, attendant l'arrivée de Richard; et le bref délai que souffrirent leurs délibérations fut tourné à son désavantage par ses ennemis , qui l'employèrent à raconter divers traits de sou orgueil , et à insinuer que