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rî81] L'INSURRECTION DES PAYSANS. 113
ùori à celte requête. Deux commissions furent nommées : Tune de jurisconsultes pour la réforme des abus de justice; l'autre de marchands pour s'enquérir des maux dont souffrait le commerce, et qui réduisaient les ressources de TEtat. Les communes avaient aussi demandé que le roi ouvrît l'ère nouvelle où ces réformes allaient introduire le pays, par une amnistie : amnistie d'abord pour ceux qui avaient réprimé la révolte, car dans la répression ils avaient commis plus d'une violence coupable; amnistie aussi pour les complices de l'insurrection ; amnistie enlin pour tout autre délit dans les contrées qui y étaient demeurées étrangères , de peur que la grâce du roi ne parût s'étendre à ceux-là seuls qui s'étaient soulevés contre lui *.
Il n'y avait qu'une chose dont elles ne parlassent pas : je veux dire le subside ; et pourtant cette guerre civile, jointe a la guerre du dehors, n'avait pas diminué les charges du royaume. De plus le roi, quoique fort jeune encore, allait se marier : il épousait Anne de Bohême, fille de Charles IV, sœur de Wenceslas. Les cérémonies du mariage et du couronnement de la jeune reine devaient ajouter encore aux dépenses courantes : or le trésor était vide. C'est ce qui fut K'présenlé aux communes à propos de leurs plaintes 'ontre les pourvoyeurs. Elles répondirent que, vu I irritation qui était encore si vive dans le pays, elles
l. Cumniissiuns spéciqles . Rut. Pari. t. III, p. 102, ^ 28. -r- l)enxle iVainnht'n'. TIu'J ' 30.
n'osaient ni ne voulaient accorder aucune taille noul velle. — Mais le subside des laines finissait à Noël : il fallait au moins le proroger. Elles dirent que Noël était proche, en effet, et que depuis bien longtemps elles étaient assemblées. Elles demandaient une prorogation jusqu'après les fêtes, ajoutant qu^ dans l'intervalle on aviserait : que chacun reverra sa commune, et pourrait la disposer à con tribu plus volontiers aux charges publiques. La raison éta plausible : et, comme la jeune reine arrivait, c'était un moyen de laisser aux seigneurs la faculté d'aller lui rendre leurs devoirs. L'ajournement fut donc r solu(a).
Avant qu'il fût prononcé , le roi fit savoir a communes que le comte d'Arundel et Michel de Pôle avaient été choisis et assermentés afin de résid auprès de lui en son hôtel, « pour gouverner et co seiller sa personne. » Le comte d'Arundel, Richa Fitz-Allan, tenait un des premiers rangs parmi l seigneurs du royaume ; Michel de la Pôle était d'u famille marchande^ élevée à la noblesse par des se vices rendus à l'État. Ce double choix répondait à principale demande des communes. Elles eusseri voulu aussi qu'avant l'ajournement l'amnistie fût publiée. Mais le roi leur fit dire qu'il n'était pas d'usage d'octroyer les grâces , et une grâce comme celle d'un pardon général, avant que les communes eussent rien accordé , ajoutant qu'elles missent leur requête par écrit, et qu'il y répondrait le dernier
jour (lu parlement. Gçtte déclaration les fit réfléchir, l/amnistie, en efl*et , était un gage de sécurité pour tous : pour les vainqueurs , à cause des actes contraires à la loi dont on leur pouvait, un jour ou l'autre, demander compte ; pour les vaincus et pour le pays en général, car c'était le meilleur moyen de ramener ou de retenir au travail ceux que la crainte du châtiment avait pu ou pouvait encore jeter dans la vie d'aventures, et de couper court à un mouvement qui, réprimé comme insurrection , se continuait par le hrigandage. Les communes se retirèrent, et, après avoir délibéré, elles revinrent dire qu'elles consentaient à proroger le subside des toisons, des cuirs et des laines; mais, de peur que la continuité de l'aide no finît par en faire oublier la nature, et que le roi ne prît pour un revenu de son domaine une chose qui lui était donnée par pur octroi, elles avaient imaginé (l'interrompre la prescription par une suspension passagère. Le subside finissait à Noël : elles décidèrent qu'il ne recommencerait qu'à la Circoncision pour durer jusqu'à la Chandeleur. Avant la Chandeleur le parlement devait être réuni, et pourrait aviser plus à loisir aux besoins du royaume. Le roi, se tenant pour satisfait de leur concession, donna la charte d'amnistie (a).
Par une attention délicate , c*est au nom de celle dont il allait faire sa compagne, et, disait-il, à sa spéciale requête, qu'il publiait son amnistie : amnistie .limité»' ^.•m'i doute, (juoiqu'elle soit appelée générale.
On exceptait les villes de Ganterbury, Bury-Saint Edmond, Beverley, Scanderbury, Bridgewater e Cambridge, et, pour les autres lieux, un certai nombre de personnes signalées comme ayant pri une part principale à la révolte. Or les listes remise au parlement en contenaient dix-sept pour le comté de Norfolk, vingt pour Suiïolk, vingt pour Kent, ving trois pour Middlesex , cent cinquante- un pour Lon dres! On amnistiait ceux que Ton ne connaissait pas ot, en les amnistiant, on arrivait à les connaître ; le pardon n'était accordé qu'à ceux qui le soUiciteraieni avant la Pentecôte : pour être pardonnes, les rebell devaient aller se dénoncer eux-mêmes aux officiers d roi. On prit d'ailleurs des mesures sévères contre retour de pareils mouvements. On les déclara crim de haute trahison, et, afin de les étouffer dans l'origi s'il venait encore à s'en produire, une autre ordo nance, à la requête des communes, établissait da chaque comté des commissions extraordinaires cha gées de lespunir sans retard. Après quoi le parlement f ajourné (13 décembre) jusqu'au24 janvier suivant(a
Tous les regards étaient alors portés vers la jeune reine qui arrivait en Angleterre. Jean de Holland, frère utérin du roi^ J. de Montaigu , «énéchal de son hôtel (frère du comte de Salisbury) et Simon Burley, chambellan, l'étaient aUés chercher à Calais. Les autres s'étaient rendus à Douvres pour la recevoir et lui faire cortège (21 décembre).
Les scènes sanglantes qui. Tan dernier, avaient as-
sombri Londres, furent oubliées dans ce concours do tous les seigneurs qui venaient rendre bommage à leur nouvelle souveraine. Le mariage fut célébré en grande ponripe à Westminster par l'arcbevêque de Canterbury (vers l'Épipbanie, 1382). Il y eut des joutes, des tournois où les plus nobles rivalisèrent de valeur et de magnificence. Puis on fit trêve aux fêtes chevaleresques, et l'on rouvrit le parlement (a):
La première session du parlement avait eu principalement pour objet la révocation des libertés, la réforme de l'hôtel et l'amnistie ; dans la seconde (27 janvier 1382), on devait s'occuper des charges de l'État et des moyens d'y subvenir.
La principale charge était la guerre: et l'on sait les périls qu'elle présentait en France depuis que la France paraissait lasse d'être conquise; on sait l'étrange diversion que l'ambition particulière de Lancaslre y avait apportée. L'influence qu'il avait tout à coup regagnée dans le parlement en se plaçant à la [vie de la commission de réforme, lui donnait Tespoir de la mener à sa guise : son frère, le comte de Cambridge, était allé en Portugal pour soutenir les bonnes dispositions des Portugais, alliés nécessaires de l'Angleterre contre la Castille, amie de la France. Mais rien ne se pouvait faire si Lancastre n'arrivait avec de nouvelles troupes. Il offrit au parlement d'y mener et d'y entretenir deux mille liommes d'aruics et deux mille archers pendant six mois, si on lui voulait donner GO 000 livres : avec cela il se faisait Tort
de conquérii' son trône de Castille, et^ ce qui touchail l'Angleterre davantage, de rétablir la sécurité des mers. Il s'engageait d'ailleurs^ si^ ce qu'à Dieu ne plaise^ il n'était ni tué ni pris^ à rembourser dans les trois ans la somme prêtée, soit en argent^ soit « en service qui dût être acceptable \ »
Cette proposition agita violemment l'assemblée; lei| partisans de Lancastre Pappuyaient, et ils montraienl que les troupes que l'on avait en Portugal étaient fort exposées si on ne leur venait en aide. Les autres disaient que s'il emmenait d'Angleterre une telle force, le royaume serait bien compromis lui-même dans le cas où de nouveaux mouvements éclateraient à l'in^ térieur. Le parlement finit par voter le subside d( laines jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste, et de là poi trois ans. Il devait être consacré à la défense du pays Mais comment? en acceptant l'offre de Lancastre, o\ de toute autre manière ? Les communes ne le voulaiei point décider et s'en remettaient au conseil des seil gneurs^ faisant toutefois cette réserve, qu'elles n'ei tendaient point se lier aux entreprises de Lancasti sur l'Espagne, et ne voulaient que défendre le royaui de la façon jugée la meilleure ^
Le subside voté ne devait remplir le trésor, poi ainsi dire, que goutte à goutte; et il eût fallu long! temps attendre avant d'y trouver de quoi fournir Lancastre ce dont il avait besoin. Mais on pouv<