Ibid
l'escompter par avance en s^adressant aux marchands banquiers). Pour rendre la négociation plus facile, les communes autorisaient le roi à se départir du règlement touchant le marché de Calais, et à donner temporairement toute licence d'aller chercher la laine partout ailleurs. Si l'on faisait paix ou trêve, elles recommandaient bien de ne point dépenser le subside, et elles insistaient pour qu'on arrivât à diminuer les dépenses de guerre, en attendant qu'on les pût supprimer (a).
Le rôle des pétitions contient avec les plaintes d'usage, aussi constantes dans la reprise ou les varia- Lions du même thème que l'étaient les abus, quelques traits où Ton reconnaît davantage la double empreinte (les événements de cette année, l'insurrection et la réforme. Les communes demandent l'extension de Tamnistie et des pouvoirs des juges^ pour la plus prompte libération des personnes arrêtées sans charges suffisantes; l'expédition nouvelle et sans frais des titres détruits, la remise en état des procès engagés, nonobstant la destruction des pièces de procédure: ir en cette matière on voulait l'impossible. Elles demandent d'autre part que les grands officiers de l'hôtel turent et fassent jurer aux officiers inférieurs Tobseration de l'ordonnance de réforme. Elles demandent que le roi s'abstienne de tout don, tant qu'il aura des dettes ou même des charges de guerre, et que quiconque en sollicitera de lui soit retranché de son service et de sa compagnie pour toujours. Elles demau-
dent enfin qu'on interdise l'exportation de l'argent et la sortie du royaume^, sauf quelques exceptions commandées par les besoins mêmes ou du commerce ou du service public; qu'on remédie à la cherté des vivres, et notamment des vins; qu'on attire les marchands étrangers, et^ pour relever la marine, que n Anglais ne puisse charger de marchandises que su vaisseaux anglais (a).
Tels furent les actes du parlement qui suivit 1 grande insurrection populaire. Le roi n'avait pas en core gouverné. C'est le parlement qui avait en main tous les pouvoirs; c'est lui qui, de fait^ nommait le grands officiers et le conseil; c'est lui qui disposa de la fortune publique par l'impôt; c'est à lui qu revenait l'idée de cette taxe odieuse d'où était née II révolte, et le peuple ne s'y était point mépris : 1 révoltés, dans leurs manifestations, n'avaient nomn le roi que pour l'invoquer contre leurs seigneurs le demander à leur tête. — Le parlement est sans piti pour les révoltés. Plutôt mourir que de leur concède! ces franchises que le roi leur a données sans pouvoi qu'il a reprises, mais qu'il offre, s'ils le veulent^ leur restituer. Plutôt mourir! c'est le cri unanime, n'est guère plus clément pour le roi. Le roi pourta n'avait point fait défaut à leur cause : il n'avait voul sacrifier aucun des siens, et c'était lui qui, dans I péril universel, quand la capitale était envahie et qu chacun semblait l'abandonner, avait, par sa présen d'esprit et sa résolution, sauvé le royaume. Un pare
acte aurait bien du l'émanciper. Le digne lils du prince de Galles, comme son père à Crécy et plus jeune encore, avait gagné ses éperons en une journée plus périlleuse qu'une bataille. Et néanmoins le parlement n'eut qu'une pensée, ce fut de le placer dans une plus étroite dépendance. Plus le roi, par le progrès des ans, semble près d'échapper à sa tutelle, plus il s'efforce de l'y retenir. De toutes les choses qui intéressaient la royauté, une seule était restée en dehors de son intervention directe : Thôtel du roi; et quand les communes, dans le premier parlement, avaient dema dé que les lords y pourvussent, ils s'y étaient refusés, on l'a vu, laissant à la famille les choses domestiques, et ne voulant pas placer auprès du prince des hommes qui n'eussent pas sa confiance, ou lui retirer ceux qui auraient son agrément. Maintenant que le roi est en âge de discernement, et peut, même à cet égard, se passer de ses oncles, le parlement met la main sur l'hôtel. Lancastre, devenu chef de la commission qui le doit réformer, pourra régler avec l'autorité du parlement ce qu'il ne pouvait plus faire en son nom; et c'est au moment où Richard se marie qu'on place à ses côtés deux hommes du parlement « pour le gouverner! »
Richard se prêta à tout de bonne grâce. Il nommait en parlement dès l'origine, et recevait ainsi de l'autorité des seigneurs et des communes, son conseil de gouvernement et ses grands officiers; il reçut de même les deux gouverneuis et les officiers de son
hôtel. Il accepta la réforme et la commission de réforme, convertit en loi les pétitions, ne faisant de réserve que là où sa dignité semblait trop compromise; ainsi, quand les communes demandèrent qu'il s'abstînt de rien donner tant qu'il aurait des dettes] ou des charges de guerre, il refusa de se lier de la sorte, disant que cela « ne lui semblait ni honnête, ni chose honorable à sa dignité. » 11 promit seulement' de se restreindre^ et de ne rien faire que d'accord avec son conseil. Le jour allait venir pourtant où cet état de choses devait finir. Richard avait été déclaré majeur dès son avènement; et le parlement ne s'était attribué des pouvoirs qui avaient toujours appartenu à ses ancêtres, la nomination du conseil et des grands officiers, que pour le temps où il serait « en tendre âge : « la condition en était écrite dans l'acte même qui l'en avait investi. Laisser plus longtemps au parlement ces pouvoirs , c'était abdiquer ses propres droits^ c'était se reconnaître en quelque sorte toujours en état d'enfance; mais les reprendre, c'était détruire un ordre de choses qui semblait consacré par une sorte de prescription. La situation, en se prolongeant, allait donc s'aggravant de plus en plus : et il y avait à craindre qu'à l'heure où le roi voudrait effectivement s'émanciper, leparlement ne prît cette revendication des prérogatives de la royauté pour un empiétement sur la coutume du royaume; comme aussi que le prince, en s'aiîranchissant d'une intervention excessive dans les choses de la couronne, n'eût l'envie
de se débarrasser d'un contrôle commandé par le bien de l'État (a).
Cette crise si périlleuse en elle-même allait se produire au milieu de circonstances qui la devaient rendre plus grave et plus difficile encore.