‹ Richard II (volume 2)Chapitre 29 sur 92 · Signe à Varrivée de la reine. Wals., p · texte numérisé non relu

Signe à Varrivée de la reine. Wals., p

[1382] l'insurrection DE FLANDRE. 127

abri contre les llioolop^iens, il y déclarait que le roi et le royaume ne devaient relever d'aucun siège, si ce n'est en tant que les saints Livres veulent qu'on obéisse à Jésus-Christ; qu'aucun argent ne devait être envoyé à Rome ou à Avignon, à moins que l'Ecriture n'en fît une loi; nul bénéfice en Angleterre aux cardinaux, à moins qu'ils n'y résident, ou qu'ils ne soient légitimement excusés par les grands dans l'intérêt du royaume; qu'on prenne sur les biens du clergé avant de mettre des tailles sur les communes : caries biens du clergé sont les biens des pauvres, et il est bon que les clercs vivent en pauvreté. Il demandait en outre que le clergé fût exclu des charges de l'Etat, sous peine d'apostasie pour celui qui accepterait l'emploi, comme pour le roi qui le donnerait. Il retirait à FÉilise l'appui du pouvoir civil, et il la soumettait à son empire^ en déclarant d'une part que le roi ne devait emprisonner personne pour cause d'excommunication, et d'autre part qu'il était tenu de priver de son temporel tout évêque ou curé trouvé en fauteV

Ainsi Wicleff portait les questions les plus graves devant le parlertient, avec une hardiesse dont le secret d'ailleurs ne peut échapper à personne. La fiscalité de la cour de Rome faisait, dans presque tous les parlements, l'objet des réclamations des communes. Wi-

1. Propositions adressées par Wicleff au parlement. W.ils., p. 283. Ce fut, dit Walsingham, au parlement, qui se réunit en cette année 1382, vers la fôte de Saint-Jean.Porte-Latiue : nous en parlerons tout h l'heure.

cleff, s'établissanl sur ce terrain, était bien sCird'êtr appuyé; et il pouvait, sans se hasarder davantage, aller plus loin encore. Il n'avait rien à craindre des lords temporels quand il leur sacrifiait le pouvoir de l'Église^ ni des communes en leur abandonnant les biens du clergé. En même temps qu'il envoyait se propositions au parlement, il répandait dans le peu pie des maximes où les dogmes de l'Église n'étaien pas plus respectés que sa hiérarchie. Wicleff venait de traduire la Bible en langue vulgaire : parce qu'elle est le trésor de toute vérité, il la donnait comme la source de toute inspiration; et ses disciples, Tinter prêtant à volonté, allaient, comme il arrive, plus loi que lui dans leur manière d'en appliquer les terme Ils attaquaient l'Église, non-seulement dans l'usa qu'elle faisait de ses biens et de son pouvoir, maij jusque dans son droit de propriété et de juridiction et ils choisissaient pour leurs prédications les église! principales et les jours de grande fête. Vainement lei curés voulaient-ils leur imposer silence, et les évê ques leur interdire le droit de prêcher : la multitud était pour eux, paralysant toute action des autorit légitimes; et ils avaient d'ailleurs de puissants auxî liaires à la cour (a).

Parmi les nombreux disciples de Wicleff qui bra valent par leurs prédications toute la puissance de TÉ glise,Knightonciteun certainWilliam de Swinderb qu'on nommait William l'Ermite. Interdit par l'év que de Lincoln, il alla s'établir sur un tas de pierre

qui bordait la route, et^ convoquant la foule^ il disait que la voie publique était au roi, et que, tant qu'il aurait pour lui le peuple, il y prêcherait, « malgré Tévêque et ses dents. » L'interdiction lui attirant plus (le monde, Tévêque l'assigna devant lui dans l'église de Lincoln. Il en appela au roi, qui renvoya Taffaire au parlement, et le parlement à l'évêque. Il comparut donc et fut condamné ; mais le « pieux » duc de Lancastre, « qui tenait les loUards pour des saints, » intercéda et lui obtint^ moyennant rétractation, le pardon de l'Église. Réconcilié, l'Ermite n'avait plus personne à ses sermons. 11 s'enfuit à Coventry, reprit sa prédication de grand chemin, et retrouva sa popularité (a).

Tant que Wicleff s'était borné à attaquer la puissance ou la richesse de l'Église, il avait eu de nombreux soutiens dans la noblesse et dans le peuple. Dans l'Église même, plusieurs avaient pu se moins alarmer de sa théologie, quand elle restait enveloppée des formes de la vieille controverse et ne menaçait que par voie de conséquence les choses établies. Mais quand il toucha par des définitions contradictoires à des dogmes précis, à l'Eucharistie par exemple, il devenait plus difficile de fermer les yeux sur ses doctrines. A Oxford même on s'en émut^ et, sur Tavis d'une commission de douze docteurs, le chancelier les condamna. AVicleff en appela , non au métropolitain, mais au roi : c'était agir conformément à as maximes sur les rapports de l'Église et de l'État.

Mais le duc de Lancastre, sur l'appui duquel il com] tait comme toujours, ne voulait point^ pour une affairf de dogme^ se brouiller avec le clergé; il lui commande de ne plus rien dire sur cette matière. Wicleff répondit en publiant une confession où, tout en protestant de son attachement à l'Église, il reprenait, sous le voilt de ses interprétations, plusieurs des articles incrij minés; et l'Université d'Oxford parut lui revenir les élections de 1 382 nommèrent un chancelier qi lui était favorable. C'est alors que W. Courtney , devenu archevêque de Canterbury, réunit le concile provincial de Londres (17 mai 1382). Wicleff n'y fut point assigné comme jadis àLambeth. On parut s'attacher | n'y point impliquer sapersonne; on jugeait despropc sitions sans nom d'auteur ; elles furent condamnées! et l'archevêque résolut de les poursuivre au sein l'Université où elles semblaient accueillies.

Il y eut résistance, mais force pourtant resta a^ primat. Le chancelier, mandé à Londres et déclai suspect de favoriser les lollards , s'humilia et reçi lui-même les décrets qu'il se chargea de publie] non sans péril. Les principaux adhérents de Wiclei cités à leur tour devant le prélat et condamnés, ayanF vainement recouru au duc de Lancastre, finirent par abjurer; et un édit du roi ordonna de rechercher les livres de Wicleff, avec défense de recevoir à Oxford ses partisans. Quant à Wicleff lui-même, tranquille sous le patronage du duc de Lancastre dans sa cure de Lutterworth, il reçut bien encore assignation de

comparaître, et cette fois devant le pape; mais l'assignation lui fut portée tardivement, et lorsque déjà la paralysie le mettait, l'eût- il voulu, hors d'état d'y répondre. Il s'excusa par une lettre où, tout en se félicitant de voir sa doctrine soumise au jugement du saint-père, il l'invitait à l'adopter quant au domaine de l'Église; et il mourut le dernier jour de cette année (31 décembre 1384), sans que l'Église l'eût autrement inquiété dans l'exercice de ses fonctions pastorales (a).

Le concile de Londres et les condamnations qui avaient suivi n'avaient pas ruiné le parti de Wicleff. Vaincu à Oxford dans l'Université, il gardait toute faveur dans le peuple. Il y vivait par ce qu'il avait de plus intelligible pour la foule, par ses appels contre les abus dont l'Église était alors affligée : «ibus signalés déjà par les plus saints docteurs, et qui, si Ton n y portait remède, devaient donner à l'hérésie même les dehors d'une réforme. Mais le cri de la réforme, jeté dans cette multitude, pouvait tout aussi bien n'y provoquer que des excès d'une autre sorte. Ainsi à Londres, en 1382, les gens du peuple, forts, dit-on, de Tappui du maire Jean de Nortliamplon, se jetèrent sur les prisons ecclésiastiques, en tirèrent les femmes accusées de fornication et d'adultère, et, leur rasant la tête, ils les promenèrent par les rues de la ville, précédées de trompettes et de joueurs de flùLe, avec toutes sortes d'outrages et <i infamies. Us disaient que le clergé usait de trop

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d'indulgence envers ces malheureuses, et qi voulaient purger la ville de ces souillures, de peur d'attirer sur eux la peste et le glaive, ou que la terre ne s'ouvrît sous leurs pas (a).

Le pays demeurait donc troublé; et cette agitation, bien que se renfermant encore en apparence dans le cercle des débats religieux, n'en fomentait pas moins le malaise dans les esprits. Les choses du dehors devaient achever de les aigrir.

L'Angleterre qui, pendant si longtemps^ s'était fait craindre de tous les pays du voisinage, se trouvait tenue à son tour en échec.

La France, on Ta vu^ avait pris une attitude menaçante, ayant pour auxiliaires, d'une part l'Ecosse, que des jalousies de frontières et de race faisaient et firent toujours, jusqu'à ce qu'elle devînt anglaise, l'ennemie acharnée de l'Angleterre; de l'autre l'Espagne, dont la dynastie nouvelle avait été entraînée à une alliance offensive contre les Anglais^ par les prétentions rivales du duc de Lancastre. Cette situation ne datait pas de Richard II; mais le mal s'était accru pendant sa minorité. Les Écossais portaient périodiquement le ravage dans les comtés du nord de l'Angleterre, et les Hottes de l'Espagne, après s'être jointes aux nôtres pour battre les flottes anglaises sur les côtes de France, s'unissaient encore à elles pour opérer des descentes hardies sur les rivages et dans les îles du sud de l'Angleterre.

Les Anglais répondaient bien aux invasions des

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Écossais en envahissant TÉcosse à leur tour; mais l'invasion était sans profit pour les uns, et pour les autres presque sans dommage. L'Ecosse était encore un pays pauvre et sauvage. Pour y vivre, l'ennemi était forcé d'y apporter ses approvisionnements. La campagne, c'étaient des bois ; les villages, des amas de huttes; Edimbourg ne comptait point alors quatre cents maisons. A l'approche des Anglais, les Écossais quittaient leurs demeures, poussant leurs troupeaux dans les montagnes; et les envahisseurs ne pouvaient que brûler les villes et regagner au plus tôt leur pays. Eux partis, les indigènes sortaient de leurs retraites, et, en quelques jours, les villes se relevaient : quelques pièces de bois, de la ramée et un peu de boue (l'Ecosse n'en manquait pas) faisaient tous les frais de l'ouvrage. Les comtés du nord étaient donc ravagés sans compensation ; et la mer ne protégeait pas mieux, nous Tavons dit, les côtes de l'Angleterre contre les incursions de l'Espagne et de la France. Aussi les communes, jadis si empressées à seconder les expéditions d'Edouard III en France, se plaignaient-elles maintenant de la guerre, disant qu'elle se faisait aux dépens du pays, par les impôts qu'en réclamait le roi, comme par le butin que l'ennemi venait y faire; et, dans les deux derniers parlements, elles avaient insisté pour qu'on en finît aussitôt qu'on le pourrait*.

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