Froissart, II
arrêtés résolument au milieu du marais, « demeurant tout cois en la bourbe et ordure. » « Or, regardez, dit l'historien, et considérez la peine qu'ils eurent et leur grand'vaillance, quand en ces longues nuits d'hiver, au mois de décembre ou environ, toute nuit nuitie (toute la nuit) en leurs armures, estant sur leurs pieds, leurs bassinets en leurs têtes, ils furent là sans boire et sans manger. » Ils se disaient les uns aux autres : « Tenons-nous cv tous ensemble, et attendons tant qu'il soit jour, que nous voyions devant nous, et que ces Flamands qui sont en leur fort avalent (descendent) pour nous assaillir. » Et Pierre Dubois, de son côté, disait aux siens : « Ces gens d'armes qui sont passés pour nous combattre ne sont pas de fer ni d'acier; ils ont huy (aujourd'hui) tout le jour travaillé et toute la nuit estampé en ce marais : ne peut être que sur le jour sommeil ne les prenne et abatte; en cet état nous viendrons tout coyement (tranquillement) sur eux et les assaillerons*. »
La nuit se passa de la sorte. « Ces barons, chevaliers et écuyers, dit Froissart, qui se tenoient en ces marais et assez près de leurs ennemis n'étoient pas à leur aise, en tant qu'ils s'étoient boutés en la boue et en l'ordure jusques aux chevilles les aucuns, et les autres jusques à mi-jambe; mais le grand désir et plaisance qu'ils avoient de conquerre le passage leur faisoit assez entroubler le travail et peine. Si ce fût