‹ Richard II (volume 2)Chapitre 41 sur 92 · Ihl. I>arl.,t. III, p. UT · texte numérisé non relu

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pour la croisade; tout curé devait y exhorter ses paroissiens, et trois ou quatre personnes dans chaque paroisse étaient spécialement chargées d'y faire contribuer les habitants, laboureurs ou ménagers. Ce n'est pas tout, les instructions de l'évêque avaient pour suppléfnent les ordonnances du roi. Du moisi de mars au mois de mai, les recueils sont pleim d'actes relatifs à son expédition : ordre de veiller au] produit des collectes : plusieurs, en effet, qui recevaient au nom de l'évêque, détournaient l'argent à leur profit ; ordre à tous les vicomtes de hâter le départ de ceux qui le devaient rejoindre (17 mars);^ ordre de rassembler les vaisseaux à Sandwich (26 mars); d'y réunir les approvisionnements, les armes et lei vivres (26 et 30 mars); ordre à Jean Philipot et quelques autres de faire la presse pour la flotte; tous les collecteurs d'apporter l'argent reçu (8 avril). Ce n'étaient pas seulement les confesseurs : les sergents d'armes eux-mêmes étaient chargés de publie] les indulgences et de recueillir les offrandes; et, comme si cela n'était point assez clair, le roi proclamait que la croisade se faisait à son service : In obsequium nostrum (a).

Le succès de la prédication dépassa toute attente^ « Le peuple d'Angleterre, qui croyoit assez légère^ ment, dit Froissart, y eut trop grand'foi, et ne cuidoit nul ni nulle issir de l'an à honneur ni jamais entrei en paradis, s'il n'y donnoit et mettoit du sien. » Londres seule avec son diocèse donna « plein un tonnel

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de Gascogne d'or et d'argent. » Les prédicateurs ne négligeaient rien pour exciter cette ferveur des fidèles. Il y en avait qui disaient qu'à ce prix les anges descendaient du ciel pour aller tirer les âmes des flammes du purgatoire et les ramener, sans plus de retard, en paradis. Les femmes apportaient leurs bracelets, leurs colliers. Les mourants laissaient tous leurs biens pour obtenir les grâces avec plus d'abondance : « Heureux ceux qui pouvoient mourir en cette saison pour avoir si noble absolution ! » On recueillit en cet hiver, « tant par aumônes que par les dixièmes des églises, car tous étoient taillés et eux-mêmes ils se tailloient trop volontiers, la somme de « vingt-cinq cent mille francs (2 500 000 fr.). » Et les hommes ne firent pas plus défaut que l'argent. On s'enrôlait avec ardeur dans une expédition qui promettait, avec la grâce des indulgences, tant d'autres bénéfices dont les précédentes campagnes de France avaient popularisé le souvenir; aussi plusieurs de ceux qui s'y étaient signalés autrefois, accouraient-ils auprès du prélat : Messire de Beaumont, Hugues de Galverley, Thomas Trivet et beaucoup d'autres (a).

Cette campagne, si pleine d'espérances pour ce monde et pour l'autre, devait singulièrement ajouter aux hiiniilialions de l'Angleterre \

1. chose ùtrango, Tuiiicr qui, dans son histoire de l'Angleterre au moyen âge, donne de si longs détails sur les expéditions du comte de Cambridge et du duc de Lancastre en Espagne, vrai hors-d'œuvre, ne dit pas un mot de cette campagne de Flandre, qui tient si i iroitement à la suite de l'histoire d'Angleterre.

L'évêque de Norwich ne se contenait pas de joie en se voyant à la tête d'une expédition si désirée. Il avait, comme légat du pape, donné ses ordres et usé de ses pouvoirs dans l'Eglise d'Angleterre ; il allait maintenant, comme chef de guerre, commander aux capitaines. Déjà il avait publié son règlement disciplinaire : défense aux femmes d'être du voyage, sans une licence spéciale de l'évêque; défense aux hommes de piller ou voler sur la route, avant d'entrer en pays ennemi, à peine de perdre le bénéfice des indulgences et d'être exclu de l'armée. Il lui tardait de prendre possession de cette armée. Plus le parlement, en applaudissant à sa croisade, avait paru désireux d'en remettre la direction militaire en d'autres mains, plus il avait hâte de passer la mer, et de trancher définitivement la question en entrant en campagne. Comme il était occupé des derniers préparatifs, le roi l'ayant mandé, il craignit qu'on ne le voulût retenir, et partit brusquement avec ce qu'il avait de monde, se bornant à adresser au roi une lettre où il lui alléguait, pour toute excuse, l'urgente nécessité du départ. (Vers la Trinité, 17 mai) (a).

Arrivé à Calais, il ne se montra pas moins pressé d'agir. Plusieurs seigneurs, William de Beauchamp, par exemple, étaient en marche pour le rejoindre, On lui devait envoyer des troupes, et sans doute les instructions qu'il n'avait pas prises en partant : il ne voulut rien attendre. Mais où aller? Il avait devant lui la France et la Flandre : ce fut pour la Flandre

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qu'il se décida. Hugues de Calverley, informé de ce dessein, ne put s'empêcher de témoigner son étonnement. Une armée anglaise aurait pu hésiter en effet entre la France et la Flandre : car si la France était l'ennemie de l'Angleterre, la Flandre venait d'être conquise par la France et replacée par elle sous le gouvernement du comte son allié; mais une armée de croisés n'avait point la liherté du choix : car, tout au contraire de la France qui était pour Clément Vil, la

I Flandre était pour Urbain VI^ aussi bien que l'Angleterre. C'est ce que Hugues de Calverley prit la liberté de représenter à l'évêque; mais l'évêque « comme chaud et bouillant qu'il était » s'écria : « Oil, oil (oui, oui)! messire Hue, vous avez tant appris au royaume de France à chevaucher, que vous ne savez chevaucher ailleurs. Où pouvons-nous mieux faire notre plaisir et profit que d'entrer en cette riche frontière de mer, de Bourbourg, de Dunkerque et de Poperinghe? En ce pays-là que je vous nomme, comme je suis informé des bourgeois de.Gand qui sont en notre compagnie , ils ne firent oncques guerre qui leur grevât. Si (ainsi) nous irons là rafreschir et attendre messire Guillaume de Beauchamp s'il

f veut venir; encore n'est-il mie apparent de sa

i venue'. »

ILe chevalier n'était point tenu d'avoir plus de scru- ! pules que Tévêque en pareille matière. « Pardieu,

1. Passage à Calais. Rot. Pari, III, 15^, ^ 19. — Uévêqne de Surir ich ef Hugues de Calverley. Froissart, II, 207.

sire, reprit-il, si vous chevauchez, messire Hue d< Calverley chevaucliera avec vous; ni vous ne seres jà en voie ni en chemin où il ne s'ose bien voir.

— Je le crois bien, dit l'évêque, qui avait gran( désir de chevaucher; or vous appareillez, car noui chevaucherons le matin'. »

Ils se dirigèrent vers Gravelines, qui ne s'y atten^ dait guère, entrèrent dans le port à la marée basse; et de là dans la ville, en forçant la palissade pauvrement établie et mal défendue; puis ils attaquèrent l'abbaye, et tuèrent pour la plupart les habitants qui s'y étaient retranchés (a).

Le bruit de cet événement se répandit dans le pay) d'alentour. La stupeur était universelle : les gens de \i campagne se réfugiaient dans les forteresses. Tout ausi grand fut l'élonnement du comte de Flandre et desei chevaliers : « Que voulaient donc leurs bons amis le^ Anglais? Pourquoi cette invasion, sans déclaration d( guerre, sous l'évêque chargé de la croisade à laquelh ils se trouvaient conviés eux-mêmes? » En attendant que le mystère s'éclaircît, le comte, d'après l'avis d( son conseil, envoya vers l'évêque deux chevaliers qui devaient avoir crédit auprès de lui : car ils étaient la pension du roi d'Angleterre. Quand, arrivés devant le prélat, ils lui dirent qu'ils venaient au noi de monseigneur de Flandre :

« Quel seigneur? dit l'évêque.

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