‹ Richard II (volume 2)Chapitre 42 sur 92 · Froissart, II · texte numérisé non relu

Froissart, II

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— Le comte, sire; il n'y a autre seigneur en Flandre que lui.

— En nom Dieu! dit l'évêque, nous y tenons à seigneur le roi de France ou le due de Bourgogne nos ennemis; car par puissance ils ont en celte saison conquis tout le pays.

— Sauve soit votre grâce, répondirent les chevaliers, la terre fut à Tournay ligement rendue et remise en la main et gouvernement de monseigneur Louis le comte de Flandre, qui nous envoie devers vous, en priant que nous, qui sommes de foi et de pension au roi d'Angleterre votre seigneur, ayons un sauf-conduit par aller en Angleterre et pour aller au roi, à savoir pourquoi, sans défier, il fait guerre à monseigneur le comte de Flandre et à son pays.

— Nous aurons conseil devons répondre, dit l'évêque, et vous en serez répondus le matin. »

Le lendemain, l'évêque leur fit le meilleur accueil;, causant avec eux de choses et d'autres jusqu'à ce que ses chevaliers fussent réunis autour de lui. Quand ils se trouvèrent assemblés : « Beaux seigneurs, leur dit-il, vous attendez réponse, vous l'aurez. » Et il leur déclara qu'ils pouvaient, selon qu'ils le voudraient, retourner vers le comte ou aller vers le roi d'Angleterre à leurs risques et périls; mais de saufconduit point de nouvelle : « Car, disait-il , je ne suis pas du roi d'Angleterre chargé si avant que pour ce faire. Je suis soudoyer au pape Urbain , et tous ceux qui sont en ma compagnie sont à lui et à ses

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gages, et ont pris ses deniers pour le servir. » Et il ajoutait que la terre où il était se trouvant de l'obédience de Clément YII^ il y ferait la guerre, à moini que les habitants ne voulussent se joindre à son expédition pour en mériter les indulgences.

Cette réponse surprit bien les deux chevaliers] mais elle devait leur rendre tout espoir ; s'il ne s'agissait que des papes, la Flandre n'était-elle poini pour Urbain VI comme l'Angleterre? « Sire, dirent-1 ils, tant comme aux papes, je crois que vous n'avez] point ouï parler du contraire que monseigneur d( Flandre ne soit bon Urbaniste; vous êtes donc mal adressés si vous lui faites guerre ni à son pays; et il croit que le roi d'Angleterre ne vous a pas chargé si avant que de lui faire guerre; car si guerre lui voui

lût faire, il est bien si noble et si avisé qu'il reûj avant fait défier. ^)

Mais Févêque, d'autant plus furieux qu'il n'avaii rien à répondre :

« Or allez, et dites à votre comte qu'il n'en aun autre chose; s'il veut envoyer en Angleterre poui mieux savoir l'intention du roi, que ses envoyés prennent ailleurs leur chemin : car par ici ni par Calaii ils ne passeront point. »

Les chevaliers n'eurent d'autre parti à prendre qui de remonter à cheval, et de s'en revenir à qui les avaii chargés du message \

Froisiart, H, 207.

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De Gravelincs, l'évêque de Norwich conduisit son armée vers Dunkerque. 11 yavaitlàdouze cents hommes avec le bâtard de Flandre et plusieurs chevaliers disposés à faire résistance. L'évêque n'en fut que plus excité : a Voyez, disait-il, le comte de Flandre; il semble qu'il n'y touche, et il fait tout 1 il veut prier l'épée à la main. » Il marcha donc, faisant porter la bannière de saint Pierre avec ses armes. Les Fla- -mands étaient sortis de la ville pour se ranger sur une colline qui la protégeait. A leur vue, Hugues de Calverley fut pris encore de quelques remords. On n'avait pas défié le comte de Flandre, et l'on commençait la croisade au nom d'Urbain en attaquant des partisans d'Urbain! « Et qui nous dit qu'ils sont Urbanistes? » reprit l'évêque impatienté. Au moins convenait-il de s'en enquérir au préalable : et l'évêque ne j)ut s'y refuser. Mais les Flamands, pleins de défiance, ne virent dans le héraut qu'un espion : ils l'accueillirent à coups de flèches. Sa mort tranchait le débat. Les habitants de Dunkerque, vivement assaillis^ furent vaincus et la ville prise (25 m.ai). Les Anglais prirent encore Bourbourg, Cassel, Poperinghe, Messines, pillant ces villes ni plus ni moins que si elles eussent été excommuniées; et quand ils se furent assurés de tout le rivage, de Gravelines à L'Écluse, ils marchèrent sur Vpres. Ackerman , un des meilleurs capitaines de Gand, qui était avec eux dès l'arrivée et les avait menés de ville en ville, répondait que la place ne leur résisterait pas davantage; que les seigneurs n'ose-

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raient tenir, et que les bourgeois seraient pour

euxV

Il n'en fut point ainsi. Les Anglais entrèrent sans grand obstacle dans les faubourgs et croyaient avoir ville gagnée, les prenant, tant ils étaient grands^ pour la ville. Mais ils furent arrêtés aux murailles, et, dès la nuit suivante, ces faubourgs où ils s'étaient fort commodément installés, furent, à leur grand déplaisir, brûlés par les habitants. Il fallait donc faire un siège en règle. Ackerman courut à Gand, et en ramena vingt mille hommes en parfaite ordonnance. Les recrues arrivaient aussi en foule d'Angleterre. Dès qu'on eut appris comment la guerre se faisait en Flandre, tout le monde voulait en être, au grand dépit du duc de Lancastre, qui n'avait pas perdu l'espoir de reprendre, en temps plus opportun, sa croisade de Castille. On se pressait de franchir le détroit, et Tévêque, effrayé lui-même de ce grand concours, écrivait, dit-on, à Jean Philipot, de ne plus laisser passer personne. Il est vrai qu'il lui arrivait plus de pillards que de soldats; on ne se donnait même plus la peine de garder les apparences en apportant des armes. Le comte de Flandre, plus justement alarmé, s'était adressé au duc de Bourgogne qui lui avait envoyé, en toute hâte, le peu de troupes dont il pût alors disposer. Mais n'espérant point obtenir à temps

1 . Prisede Dunkerque. Froissart, II, 208; cf. Wals. , p. 299; M. Evesh. p kb- Otterbourne, p. lbl\ Grande Chronique de F/andre, publiée par Denys Sauvage (1562), cxir, p. 124. L'imprimé porte le 15, mais laconcordance du lundi prouve qu'il fauUire le 25. — ^wfres congu^fes. /6id.

des secours suffisants, il "avait député à Tévêque de Norwich, l'évêque de Liège, un des prélats les plus déclarés en faveur d'Urbain VI, le chargeant d'offrir aux Anglais, pour prix de leur retraite, un secours de cinq cents lances, entretenues à ses frais^ pendant trois mois; contre les Clémentins. Mais il s'agissait bien des Clémentins! l'évêque voulait Ypres, et répondit qu'il ne partirait pas sans lavoir (a).

Il ne l'eut pas. Vainement pour emporter la place, les chevaliers ne pouvant rien, eut-il recours aux armes de la croisade : l'excommunication échoua comme les attaques de vive force. Les habitants étaient, tout aussi bien que les Anglais^ pour Urbain VI. Ils en appelèrent à lui-même de la sentence qui les frappait comme refusant de le reconnaître : et quand l'évêque arbora contre eux la bannière sacrée, une bannière d'azur au crucifix, ils témoignèrent pour elle grande vénération et firent des processions dans la ville: mais quand les Anglais, à l'ombre de cette bannière, approchèrent des murailles, ils les reçurent comme de simples mécréants. Cette vigoureuse résistance donna aux Français le temps d'arriver. De toutes parts on répondait à l'appel de (Charles VI, non-seulement les barons français, mais les nombreux seigneurs étrangers qui faisaient la clientèle de la France : le comte de Savoie et le comte'de Genève; les ducs de Bar, de Lorraine, de Fiavière. Le duc de Bretagne lui-même, oet ami de l'Angleterre, amenait deux mille lances de Bretons

plus disposés, on le peut croire, à battre les Anglais que ne l'était leur capitaine. Cent mille hommes i étaient sous les armes^ et les approvisionnements étaient faits pour cette multitude. Un bourgeois de| Paris s'était chargé du service des vivres; il les fournit pendant quatre mois. L'évêque, instruit de leur! approche, tenta un dernier assaut (8 août), et le succès n'en étant pas meilleur, il crut prudent de ne] point insister davantage (10 août). 11 congédia lesJ Gantois, et se porta sur Bergues et sur Bourbourg, aûn d'y attendre le roi, à qui il n'était point fâché de laisser désormais toute la charge de la guerre (a).

Mais Richard était loin, et Charles VI avançait rapidement. Il était à Arras quand il apprit la levée du siège d'Ypres; il vint à St-Omer, poussant son avantgarde jusqu'à Cassel^ d'où les Anglais furent rejetés sur Bergues; puis il marcha sur Bergues. Hugues de Calverley s'y était arrêté et s'y mettait en défense, tandis que déjà une partie des croisés repassaient le détroit, pour soustraire leur butin aux chances de la guerre, et que l'évêque lui-même se retirait vers Gravelines, pour être plus proche de Calais \

Rien n'égala la surprise des Anglais, quand, après une si longue période où ils n'avaient guère rencontré les Français que par bandes et dans des escarmouches, ils se trouvèrent en présence d'une véritable

1. Marche des Français. F roissari, II, 210 . ^ Retour d^une partie des croisés^ « quorum aliqui pro spoliis eorum salvandis citius recesserunt. »(M. Evesh.,p. kl).— L'évêque à Gravelines. Fi'oissart,Wals. et M. Evesh., 1. 1.

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armée française. Le tableau de Froissart rappelle cette page où le moine de Saint -Gall nous peint l'étonnement du roi des Lombards, Didier, quand, du haut des murs de Pavie, il voit apparaître et se dérouler dans la plaine la grande armée de Charlemagne \ Mais, quoi qu'il en soit des formes du récit, le sentiment qu'il exprime est vrai, et Ton peut, à ce litre-là, rattacher la scène à ^histoire^

L'armée du roi, à la nouvelle que les Anglais se fortifiaient à Bergues, s'était avancée en quatre corps pour les envelopper de toutes parts. L'avant-garde, avec le connétable et les maréchaux, devait dépasser la ville et la prendre par derrière; après venaient le comte de Flandre et le duc de Bretagne; puis le roi, les ducs de Berri, de Bourgogne et de Bourbon; puis le comte de Blois, le comte d'Eu et l'arrière-garde qui devaient achever de les cerner. « Et étoit grand beauté à voir reluire contre le soleil ces bannières et ces pennons^ et ces bassinets, et si grand foison de gens d'armes que vue d'yeux ne les pouvoit comprendre, et sembloit un bois des lances qu'on porloit droites. » Un héraut anglais, que les Français avaient bien voulu laisser passer par leurs batailles, en alla porter la nouvelle à la ville.

« D'où viens-tu? lui dit Hugues de Calverley quand il se présenta devant lui. .

— Monseigneur, dit le héraut, je viens de Test de

1. Mon. Sangall.,II, 26, ap. Scrip. renim Franc. ^ t. V, p 131 , 132.

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