Ibid
que la dernière fois il avait été troublé, interrompu, et qu'il avait laissé en oubli une partie des choses qui pouvaient appuyer sa défense. Au jour fixé (24 novembre)^ il répéta ses précédentes explications touchant les quatre articles, et ajouta plusieurs traitSj à l'histoire qu'il avait faite de son expédition. S'ilj Ten faut croire, le siège d'Ypres ayant été levéj à la nouvelle que Pavant-garde des Français étail entrée en Flandre, il avait résolu de marcher au-devant pour les combattre; mais il avait été arrêté par l'opposition des capitaines, qui voulurent s'enfermer dans leurs places fortes. C'est pourquoi il étail revenu à Gravelines, et il y était demeuré aussi longtemps que les autres gardèrent leurs forteresses. Il serait resté davantage ; mais on lui vint dire que si] ou sept mille Anglais étaient gisants sur les dunes près de Calais, la ville n'ayant pas voulu les accueil-] lir faute de vivres, et que les Français, à l'expiratioi de l'armistice (il expirait dans deux ou trois jours), se proposaient de leur courir sus et de les tuer tous.] On le priait donc, au nom du roi, d'abandonner h ville aux ennemis ou de l'abattre, et d'aller secourii ces malheureux : s'il leur arrivait mal, on l'en rendait personnellement responsable. Sur ces instances, il s'était résolu à détruire Gravelines et à l'abandonner : il en avait le droit, disait-il, car c'était sa conquête; et puis, le roi l'y avait autorisé en cas de di-j sette : or on manquait de tout dans la ville. Il ea| était sorti , il avait secouru les troupes abandonnées
SOUS les murs de Calais, et était revenu en Angleterre*.
Cette réponse fut encore moins admise que l'autre. Le chancelier remontra au prélat que quand la lettre du roi lui parvint, il avait des vivres en quantité suffisante; que d'autres lettres lui annonçaient la prochaine arrivée du duc de Lancastre; et nonobstant, il était parti, abandonnant la place aux ennemis, contrairement au texte de ses obligations : car si le roi lui avait accordé la possession des villes qu'il pourrait conquérir, il n'avait pas entendu lui donner le droit de les vendre ou de les laisser aux ennemis. Le chancelier n'acceptait pas davantage que l'on dût à la croisade la trêve présente et les propositions de paix faites parle roi de France; on les devait à la nouvelle répandue parmi les Français de la prochaine venue du roi et du duc de Lancastre; ce n'est pas une armée désorganisée, et n'osant plus se montrer en campagne, qui pouvait amener l'ennemi à ce résultat. L'évêque ne pouvait avec plus de raison alléguer la rébellion de ses capitaines : c'est lui-même qui les avait choisis; et dans ces conditions, les traités qui avaient livré les forteresses à l'ennemi étaient sans excuse. La conclusion ne fut pas moins sévère que la première fois : « Seigneur évêque^ lui dit le chancelier, bien que le roi notre seigneur ait manifestement le droit de vous traiter et juger comme personne tem-
1. Requête (lefi communes. Rot., Pari, t. 111, p. 155, ,<^ 21 . — Apin-l de r<'W(yue : Nouvelles explications. Ibid.y $ 22.
I — Wi
porelle de son royaume, attendu que vous vous connportez vous-même comme telle; que, par exemple^ vous vous êtes engagé à être soldat du roi, à faire la guerre au peuple chrétien après le terme de votre croisade, et que vous usez communément d'avoir votre épée portée devant vous ; bien que vous fassiez chaque jour mainte autre chose semblable comme seigneur temporel, publiquement et contre la coutume de l'état de prélat d'Angleterre : néanmoins^, par raison de votre état, le roi notre seigneur veut bien s'abstenir, quant à présent, de mettre la main sur votre personne. Mais comme il est informé que vous vous êtes plaint à plusieurs seigneurs du royaume, disant que naguère on vous avait fait tort et que cela rie s'était point fait du consentement et au su de vos pairs du royaume : chose étrange, puisque cela ne touche point à votre pairie, mais à vos engagements et à vos conventions comme soldat du roi, ce dont le roi seul est juge; comme vous n'avez, par vos dernières réponses^ rien ajouté à vos excuses, que vous les avez affaiblies même : pour ces causes, du consentement des comtes, barons et autres seigneurs temporels, présents en ce parlement, il est décidé que vous serez en la merci du roi et mis à finance en raison de votre méfait, et que vous y serez contraint par la saisie du temporel de votre évêché de Norwich. Le roi vous commande de ne plus faire ni souffrir qu'on porte l'épée devant vous, et le parlement entend que vous fassiez remettre sans délai au trésor tout ce qui a été
dépensé à votre usage des francs d'or reçus de l'en-
nemi^ «
La sentence rendue contre les chevaliers accusés d'avoir reçu de l'argent des Français ne devait pas être moins sévère. C'étaient W, de Elmham, Thomas Trivet, W. de Faringdon, Henri de Ferriers, J. de Dryton et Robert Fitz-Rauf. Us avaient comparu, comme il leur avait été ordonné, devant le chancelier ; ils n'avaient pas nié la chose, mais ils prétendaient n'avoir rien reçu que pour cause légitime : ils devaient s'en expliquer devant le parlement. Le chancelier rappela les faits pour les flétrir et en rejeter toute excuse. Us avaient reçu, celui-ci 2000 francs pour le château de Bourbourg; ceux-là 3000 francs pour Gravelines, et de plus 2000 francs en pur don, du moins à ce qu'ils disaient'^: «dont est à merveiller, ajoutait le chancelier, que les François, qui sont tenus pour sages gens, voulussent vous donner si grande somme, si ce n'était pour quelque grand profit à eux, dommageable au roi notre seigneur. » Le chancelier accusait en outre Faringdon de n'avoir pas rendu aux Français, selon la volonté de l'évêque, les 5000 francs dont il a été parlé; Ferriers, d'avoir su tirer d'eux les cinq autres mille francs, formant le complément des 10 000 francs portés à la convention de Gravelines, et 1000 francs en outre, sans cause spécifiée .