‹ Richard II (volume 2)Chapitre 60 sur 92 · Froissart, II · texte numérisé non relu

Froissart, II

quoi, le roi les fit partir avec les Français, et demeura à Edimbourg , leur donnant d'ailleurs , pour tenir sa place, ses neuf fils, tous amis de la guerre. Ils passèrent donc la frontière et ravagèrent le Northumberland (a).

L'Angleterre s'était trop bien sentie menacée pour être surprise. Il n'y avait de doute que sur le point où se ferait Tattaque principale. L'invasion venant de l'Ecosse, ce fut de ce côté que le roi résolut de se porter personnellement. Dès le 4 juin, il annonça son expédition aux prélats d'abord, puis aux comtes et aux barons, les sommant tous, lords spirituels et tem porels, de lui amener leurs hommes^ selon leurs obi gâtions féodales, à Newcastle sur la Tyne, pour l 1 4 juillet. En même temps, il ajournait jusqu'à l'octav de la Saint-Michel (octobre) les sessions des cours souveraines, et il pourvoyait à la garde des rivages, à la protection de Jeanne sa mère en son absence : sa mère qu'il aimait si tendrement, et qui, non moins attachée à ses fils, allait mourir victime, dit-on, de sa propre tendresse. Comme il traversait le comté d'York, un des archers de Richard de Stafîord se prit de querelle avec un écuyer de Jean de Holland, frère du roi, et le tua. Jean de Holland le vengea non sur l'archer, mais sur le maître. Richard de Stafford était le fils unique du comte de Stafford, qui vint au roi, le sommant de lui faire justice : et le roi le promit. Jeanne intervint sans rien obtenir; et bien que 1^ péril ne fût pas immédiat, car Jean de Holland s'^

tait réfugié dans l'île de Saint-Jean de Beverley, elle en conçut une telle peine, qu'elle en mourut au bout de quatre ou cinq jours (a).

Le jeune roi, pour ses débuts, se voyait à la tête de la plus belle armée que l'Angleterre eût depuis longtemps mise en campagne. Elle comptait quatre mille hommes d'armes et cinquante mille archers, dit-on, au départ,*et se grossissait en allant [b).

Il passa par Berwick; et là, sur les bords de la Tweed, au moment d'envahir le territoire ennemi, il voulut nommer de hauts dignitaires, comme on faisait des chevaliers à l'heure de la bataille. Il éleva au même rang que Lancastre ses deux autres oncles : le comte de Cambridge devint duc d'York, le comte de Buckingham duc de Glocester (c'est par ces noms qu'ils seront désignés désormais) : le chancelier Michel de la Pôle fut créé lui-même comte de SuiTolk. Mais aucune bataille ne consacra ces promotions. Nul Écossais n'était là pour la défense de la frontière. Le roi ne trouvant donc personne devant lui, franchit la Tweed et entra en Ecosse (6 août 1385) *.

Jean de Vienne, apprenant l'arrivée de l'ennemi, voulait marcher à sa rencontre et donner bataille : « Par ma foi, monseigneur, dirent les barons d'Ecosse, nous créons bien que vous et les vôtres sont

1. Vromotiun des comtes de Cambridge et de Buckhifjham; de Michel de la Pôle. Voyez les chartes qui leur confèrent avec ces titres, aux deux premiers, 1000 livres; au troisième, 500 livres de revenu (6 août, Heselowelogh, sur la TweeJ et 20 août, Newcastle, sur la Tyne). lU. Pari.. L III, p. 205, 206 ut 207.

toutes gens de t'ait et de vaillance ; mais nous entendons que toute Angleterre est vidée pour venir en ce pays. Oncques ne se trouvèrent les Angloistantde gens ensemble! » Ils lui conseillèrent donc de choisir une position d'où il pût préalablement voir à qui il avait affaire. Le conseil était sage; et quand Jean de Vienne eut vu défiler le roi, sept mille hommes d'armes, soixante mille archers,' il renonça à son dessein et adopta le plan de campagne généralement suivi des Écossais. Les populations eurent ordre de se retirer, avec leur bétail, dans les forêts; les hommes d'armes, avec les Français, franchirent les montagnes, et pénétrèrent dans le Northumberland, brûlant^ les châteaux et les villages \ fl

Richard était entré sans résistance à Edimbourg, mais il se trouvait assez embarrassé dans son triomphe. Il avait la capitale de l'Ecosse ; mais les Écossais lui échappaient, fuyant devant lui sans disputer le pays à ses ravages, tandis que les autres, prenant l'offensive, ravageaient l'Angleterre. Devait-il donc revenir sur ses pas ou pousser en avant? Le duc de Lancastre conseillait d'aller en avant, de suivre l'ennemi jusqu'au fond de ses retraites, et de le forcer au combat ou de le convaincre d'impuissance. L'avis était peu raisonnable et fort étrange de la part du duc de Lancastre. N'était-ce pas en suivant cette marche qu'il avait naguère si misérablement échoué, et croyait-il se relever de son échec en ménageant au

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