‹ Richard II (volume 2)Chapitre 65 sur 92 · fiot. ParL, t. 111, p · texte numérisé non relu

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parlement n'adopta point cette idée de lui-même, et qu'il ne fit rien à cet égard, que sur la proposition du roi*.

Lancastre, ainsi pourvu, devait voir avec plus d'indifférence^ et faire accueillir de son parti avec moins de murmures, les faveurs accordées par le roi aux débuts de l'expédition d'Ecosse. Les chartes qui faisaient les comtes de Cambridge et de Buckingham ducs d'York et de Glocester, et Michel de la Pôle, comte de Suffolk, furent enregistrées au parlement; et les nouveaux dignitaires y reçurent solennellement l'investiture. Ces actes se justifiaient sans doute par le rang des oncles du roi et par les services du chancelier; et la seule chose qu'on en aurait pu discuter, c'était l'opportunité de ces largesses, dont le revenu public, même le subside des laines, faisait les frais en des temps si difficiles. Mais le roi ne s'en tint pas là ; il en prit occasion pour se permettre une de ces folles libéralités contre lesquelles Richard le Scrop ivait lutté jadis jusqu'à y perdre son office, et que Michel de la Pôle était plus gêné à combattre au moment où il venait d'être nommé lui-même comte de Suffolk. Richard créa son favori, le comte d'Oxford, marquis de Dublin, avec des honneurs et des pouvoirs inouïs : « Considérant, disait le roi, la noblesse de sa race, son vaillant courage, sa sagesse éminerUe

1. Nous[avons mentionné Tacte ([ui chargf^ W. de Drayton d'aller au secours de Gand (8 décembre 1385). Rymer, t. VII, p. 488. Le traité de Gand et du duc d<? Bourgogne est, on l'a vu, du 18 décembre.

(il avait 24 ou 25 ans); voulant que son nom ne soit pas au-dessous de ses gestes magnifiques, et son état au-dessous de son nom, etc. » Ce qu'il lui donnait, ce n'était pas moins que tous les droits du souverain, moins la souveraineté même : droit de battre monnaie droit de nommer les chancelier, trésorier, juges d banc du roi et du commun banc, barons de l'Échiquier et tous les autres officiers, vicomtes, coroners, etc.; en outre, les villes, les ports, les châteaux et les bourgs; les forêts et les chasses; les hommages et les services, les profits de la justice et du patronage des établissements religieux. 11 faut dire qu'avant d'insti* tuer tout ce gouvernement et cette administration sur le modèle de l'Angleterre, le nouveau marquis de Dublin devait commencer par se mettre en quête de sujets; car ce qu'on lui donnait, c'était un pays à conquérir : à tel point que les revenus de l'Angleterre en Irlande n'y suffisant pas, le roi s'engageait à en supporter les frais pendant deux ans ; après quoi le nouveau marquis y devrait pourvoir, jouissant du surplus, sauf certaines réserves en faveur de la couronne ou des ayants droite et à la charge de payer au trésor une rente de 5000 marcs : rente qui dans ces conditions, eut bien pu absorber le plus net des revenus de la seigneurie. Cela, du reste, ne légitimait pas l'excès d'une pareille donation. Les comtes avaient pu voir avec déplaisir élever à leur rang Michel de la Pôle, un homme nouveau, que Walsingham injurie comme tel, le disant « plus propre au corn-

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merce qu'à la chevalerie, vieilli parmi les gens de banque, bien plus que parmi les hommes d'armes; >* sans se rappeler que ce « marchand, fils de marchand, » a combattu sous le Prince Noir, et commandé comme amiral les flottes anglaises. Ils virent avec envie élever au-dessus d'eux, par ce titre entièrement nouveau, le plus jeune d'entre eux peut-être; mais ils étouffèrent leurs murmures. L'acte passa comme les autres. Les oncles du roi, le primat d'Angleterre, les plus grands seigneurs de l'Église et de l'État figurent comme témoins dans la charte, et ils assistèrent à la cérémonie d'investiture au sein du parlement (a).

Tout le monde avait donc sa part : oncles du roi, ministres, favori ; et le clergé avait exigé aussi la sienne, bien que le chancelier s'y fût prêté de moins bonne grâce. Dès l'ouverture du parlement, Thomas Arundel, évêque d'Ély, ayant demandé que l'on rendît à l'évêque de Norwich son temporel, dont il était privé depuis sa malheureuse expédition : a Est-ce si peu de chose, s'écria le chancelier, quand le roi en tire 1000 livres par an? Le roi n'a que faire de conseillers qui lui suggèrent des restitutions si dommageables. — Je ne demande pas ce qui est au roi, répliqua fièrement l'évêque d'Ély, mais ce que le roi, conseillé par vous ou vos pareils, a enlevé à autrui sans raison légitime. Mais vous, si l'avantage du roi est bien ce que vous cherchez, pourquoi donc avezvous accepté les 1000 livres qu'il vous a données en

VOUS créant comte de Suffolk? » L'argument ferma la bouche au chancelier, et le jour même l'évêque de Norwich recouvra son temporel (b).

Restitutions ou donations , c'était toujours une brèche au trésor, et dans cette distribution générale il y avait un ordre qui ne recev«iit rien et qui devait suppléer à tout, je veux dire les communes. Comment acceptaient-elles ce rôle? On se souvient de quelle vigilance, dans les premières années, elles entouraient le domaine du roi, quelles entraves elles mettaient à ses libéralités, et par quel sentiment de défiance elles avaient pénétré jusque dans son hôtel ^ fait le triage de ses officiers, établi, même après son mariage, des surveillants autour de sa personne. Le parlement du 23 février 1383, oii fut décidée l'expédition de l'évêque de Norwich, pressait encore le roi de placer auprès de lui, pour son profit et son honneur, pour le repos et le soulagement des communes, certains seigneurs dont il prît conseil, parmi les plus sages et les plus honnêtes, et de régler tellement son hôtel qu'il pût vivre de ses revenus, et laisser le subside des laines et les autres droits de la couronne pour les besoins de la guerre. Les revenus du domaine n'avaient pas eu plus d'excédant, ni les guerres moins de nécessités. En 1383, on avait voté un quinzième; en 1384, deux quinzièmes; et le parlement actuellement assemblé (octobre 1385) avait dû octroyer encore un quinzième et demi : or c'est en ce moment que le domaine s'appauvrissait par ces do-

nations, ces aliénations de revenus ou ces restitutions plus ou moins justifiées (a).

De pareilles concessions no pouvaient pas être gratuites; et les comnnunes comptaient bien se faire payer dans leurs pétitions le prix de leur condescendance. C'est ici que le chancelier avait besoin d'autant de fermeté que de mesure, pour prévenir tout conflit et ne point laisser attaquer dans ses bases l'édifice qu'il travaillait à relever.

Comme toujours, il se montra disposé à répondre au\ vœux des communes en tout ce qui touchait la bonne administration de la justice ou la garde du royaume, le redressement des torts ou la répression des abus : qu'il s'agît des tribunaux, du fisc ou de l'Eglise. Il fit agréer du roi tout ce qui les pouvait intéresser en quelque manière : contribution générale pour couvrir les frais des chevaliers des comtés au parlement; amnistie pour ceux qui n'avaient point satisfait à leurs obligations dans la campagne d'Ecosse; recherche et extradition des serfs qui se réfugiaient dans les villes et dans les franchises. Il fit prendre de même en considération leurs plaintes contre les prieurés étrangers, contre l'extension des biens d'abbaye, sans cependant souscrire à toutes leurs réclamations relativement à l'Église, quelque avantage qu'en dût retirer le trésor. Les communes, émues encore de leur récente querelle avec le clergé à propos du subside, demandaient que le roi ftt servir à son profit et au soulagement du peuple l'argent qui éi.iit

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entre les mains du prieur de Saint-Jean de Jérusalem en Angleterre ; et que les clercs nommés par Richard depuis son couronnement voulussent « par grande courtoisie » accorder au roi les premiers fruits de leurs bénéfices, comme ils feraient au pape s'ils étaient nommés par le pape. Le roi répondit sur ce dernier article, que si les clercs lui voulaient faire l'abandon des premiers fruits, il ne les refuserait pas; et, pour l'autre, qu'il inviterait le prieur de Saint-Jean à envoyer son argent au couvent de Rhodes pour soutenir la guerre contre les infidèles , ce qui était sa destination : promettant, s'il ne le voulait faire, de prendre avis des seigneurs et du conseil (a).

Sur tous ces points le chancelier avait donc su maintenir le gouvernement dans les limites de la modération et de l'équité^ concédant ce qui était juste sans rien sacrifier au delà. Il fit de même pour des choses où la couronne était plus directement intéressée : mais partout où sembla se produire la pensée d'entreprendre sur la prérogative royale , la réponse fut de nature à décourager de pareils empiétements. Les communes avaient demandé que tous les revenus du roi, en l'Échiquier comme ailleurs, fussent gardés un an entier sans que rien en fût donné à personne, et que le roi enjoignît aux seigneurs du conseil comme à ses officiers, en plein parlement, de ne rien faire au contraire.il y fut répondu : « Le roi le veut; w etassurémentce n'était pas payer trop cher leur adhésion aux actes récemment accomplis. Mais quand

elles demandèrent que l'état de l'hôtel du roi fût examiné chaque année, une fois et plus s'il était besoin, par le chancelier , le trésorier et le clerc du sceau privé, et qu'on exécutât les ordonnances touchant l'hôtel, le roi distingua : il accorda le second point, mais non pas l'autre, ou du moins, ce qui revient au même, il dit qu'il le voulait faire quand il lui plairait. Enfin le roi agréa la nominatioH en parlement des trésoriers du subside, nomination désormais établie en usage, et il ne refusa pas davantage de communiquer aux communes les noms de ceux qui formeraient son conseil pour l'année suivante : W. de Wickham , évêque de Winchester^ Févêque d'Exeter et deux bannerets. Mais, quand elles demandèrent qu'on leur fît connaître aussi qui seraient les capitaines des places, les amiraux, « les principaux officiers du roi et gouverneurs des communes pour Tan prochain, » le roi répondit qu'il nommerait de bons capitaines et de bons amiraux de l'avis de son conseil; et pour les officiers, qu'il en avait de suffisants dans le présent et qu'il les changerait lorsqu'il lui plairait (a).

Par ces réponses, le roi montrait qu'il était résolu à faire lui-même ce qu'il croyait être de son droit; mais ces demandes étaient un signe que les communes, malgré la réserve oii elles s'étaient tenues depuis Tavénement de Michel de la Pôle au pouvoir, n'avaient rien abdiqué de leurs anciennes prétentions. Il y avait là le germe d'un conflit; et plusieurs signes avaient déjà pu marquer quelle en serait la

violence. Si Ton en croit le moine d'Évesham, dès avant ce parlement^ au carême de 1385,rarclievêque de Ganterbury, à l'instigation de quelques seigneurs , était venu trouver Richard pour lui faire des remontrances sur son mauvais gouvernement, et lui dire qu'il était en voie de se perdre, lui et tout le royaume. Le roi, ajoute le chroniqueur, s'emporta tellement contre le primat, qu'il voulait saisir son temporel ; et il lui eût fait un mauvais parti, sans l'intervention du comte de Buckingham, son oncle, ou, selon Walsingham, du chancelier Michel de la Pôle. L'archevêque dut se cacher pendant quelque temps, et le chancelier lui-même eut grand'peine à se soustraire à la colère du roi. L'anecdote est-elle vraie? On ne sait jamais jusqu'où l'on peut suivre ces deux historiens, quand ils trouvent une occasion ou un prétexte de noircir le jeune roi. Mais, si leur récit a quelque fondement, on voit quelles étaient déjà les dispositions des esprits avant la campagne d'Ecosse, avant la fin de Tinsurrection de Flandre, avant l'acte de prodigalité blâmable qui marqua le parlement de 1 385. Qu'attendre après tout cela et après ce qui allait suivre ? Du reste^ il lefaut dire, les faits nouveaux ne pouvaient qu'offrir des prétextes plus avouables à des ressentiments qui tenaient à la situation même : car ce qui fomentait la division entre le roi, les lords et les communes, c'était moins l'abus que l'usage que Richard commençait à faire de son autorité (a). Telle était donc la situation de l'Angleterre. Il y

avait, d'une part, un jeune roi qui voulait décidément sortir de tutelle ; d'autre part, ses oncles, moins gagnés par ses faveurs qu'irrités de leur crédit perdu ou des grâces accordées aux autres; et un parlement qui , ayant gouverné pendant l'enfance de Richard avec et même sans les oncles, se croyait dépouillé de tous les pouvoirs repris par le roi, devenu grand ; mal disposé par là contre le prince, mais bien plus contre les conseillers en qui il voyait les auteurs de son émancipation, et rapportant aux fautes de ce gouvernement nouveau, tout ce que le pays souffrait dans ses intérêts ou dans son amour-propre par le fait de la guerre. On ne tenait nul compte du changement accompli dans les dispositions de la France, et par suite dans les conditions de la lutte. On ne voyait que le passé glorieux d'Edouard III; on y opposait le présent; et on en rapportait la différence à l'incapacité de ceux qui gouvernaient. Les accusations recueillies et acceptées par les historiens du temps, font voir à quel degré d'aveuglement en était venue la passion. Voici, par exemple, une de ces calomnies insignes qui permettent déjuger de tout le fond de ces histoires. On lit dans la chronique de W. Thorne, que si le roi avait marché contre Jean de Vienne, en Ecosse, c était d'après le conseil de Simon Burley, connétable de Douvres et gardien des cinq ports ; et que Burley ne l'avait dirigé vers l'Ecosse que dans la pensée d'ouvrir l'Angleterre à la France'.

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