‹ Richard II (volume 2)Chapitre 66 sur 92 · c Unde praefatus Simon regnum regens, falso favens Fran · texte numérisé non relu

c Unde praefatus Simon regnum regens, falso favens Fran

Ce qui pouvait bien plus sûrement ouvrir l'Angleterre à la France, c'étaient ces accusations injustes, et ces déchirements qu'elles révélaient au sein de l'État. C'était aussi l'étrange remède qu'il avait fallu chercher aux divisions intérieures, dans l'expédition réclamée par l'ambition du duc de Lancastre : la guerre d'Espagne.

Si la guerre d'Espagne n'eût pas été une fâcheuse diversion pour l'Angleterre, c'était, il le faut dire, le cas ou jamais de l'entreprendre. Une nouvelle occasion rendait aux Anglais, dans la Péninsule même, l'auxiliaire sans lequel il leur était bien difficile d'agir.

Les princes anglais , dans leurs tentatives antérieures, avaient déjà fait servir à leur cause les jalousies du Portugal contre la Castille. Un mariage, on l'a vu, avait même uni la fille et l'héritière du roi de Portugal au fils du comte de Cambridge; ce qui, dès lors, promettait le trône de Portugal à la maison royale d'Angleterre. Mais le roi de Portugal, pressé par le roi de Castille et mal soutenu par les Anglais, avait fait la paix avec son adversaire : le mariage anglais avait été rompu, les Anglais remerciés; et l'héritière fiancée au jeune cousin du roi d'Angleterre, était allée porter ses droits au roi de Castille, Jean, fils de Henri de Transtamare. Cette succession étant

corum régi, regem nostrum ad Scotos debellandos partes occidentales appetere coegit, donans per hoc régi adversario liberum introitum ad has partes, et facere ibi quae placita erant illi. » Mais heureusement, ajoute le chroniqueur , Dieu veillait sur les hommes de Kent. (Ghr, de W. Thorne, p. 2181.)

ouverte (22 octobre 1383), le roi de Castille la vint réclamer. Mais les Portugais préférèrent à l'héritier légitime qui les incorporait à la Castille, un frère bâtard du dernier roi (Jean, grand-maître de Tordre d'Avis) ; et Lancastre, qui attaquait en Castille les droits des bâtards, n'avait point hésité à les soutenir en Portugal : inconséquent en apparence, mais fidèle au fond à la loi qui a toujours réglé la politique anglaise. C'était, en effet, servir sa cause en Espagne, que d'opposer, fût-ce bâtard à bâtard, l'élu de Portugal au roi castillan. L'élu de Portugal, d'ailleurs, en implorant l'appui des Anglais, n'avait rien négligé pour les lier plus étroitement à sa cause. En même temps qu'il proclamait les droits de Lancastre sur la Castille, il lui demandait sa fille en mariage : rien ne pouvait mieux consoler Lancastre de l'incident qui avait fait manquer le trône de Portugal au fils de Cambridge. Aussi les Anglais avaient-ils pris à cœur cette affaire. En attendant que Lancastre pût partir, des secours furent envoyés : des chevaliers venus d'Angleterre, d'autres même des places du continent, de Calais, de Cherbourg, de Brest, étaient avec les Portugais à la journée décisive qui assura le trône de Portugal à la maison d'Avis (Albujarotta, août 1385) (a).

Ce qui appelait les Anglais dans la Péninsule, ce n'était donc plus un allié en péril, mais un allié vainqueur, prêt à les seconder contre l'ennemi commun. Mais si tout en Espagne invitait Lancastre à s'y

rendre, Tétat de l'Angleterre, l'état du continent ne se prêtaient pas aussi bien à le laisser partir. L'ardeur de la croisade, après avoir jadis remué tant d'hommes et tant d'argent qu'il semblait possible de faire du même coup les deux expéditions de Flandre et d'Espagne, était singulièrement tombée depuis l'échec de la campagne de Flandre. Les indulgences n'y faisaient plus rien : personne ne s'enrôlait à ce prix. Lancastre n'avait donc que les soldats qu'il pouvait recruter, et l'argent que lui donnerait le trésor; et il prenait ces hommes et cet argent quand l'Ecosse n'avait point désarmé^ quand la Flandre était au duc de Bourgogne, quand le roi de France n'avait plus rien qui Tempechât d'entrer dans la voie où l'appelaient, en quelque sorte, les craintes de l'Angleterre. Lancastre n'en résolut pas moins de partir^, et les actes du commencement de l'année 1 386 ont surtout rapport à son entreprise : ordonnances pour la compagnie (comitiva) du duc de Lancastre dans son expédition d'Espagne (12 janvier, 6 mars, 12 avril); ordre d'arrêter des vaisseaux pour son service et de les amener à Plymouth avant le dimanche des Rameaux (15 mars); publication des bulles du pape en faveur de l'expédition de Gastille (11 avril), car c'est toujours une croisade. Le jour de Pâques (22 avril) le duc vint prendre solennellement congé du roi^ qui lui mit sur la tête une couronne d'or, et voulut qu'on l'appelât désormais roi d'Espagne; il fit avec Richard un traité, comme de roi de Gastille à roi d'Angleterre (28 avril 1386).

Puis il vint à Plymouth, et, après avoir longtemps attendu un vent favorable, il mit à la voile, emmenant comme connétable de son armée Jean de Rolland; comme amiral, Thomas Percy, nombre de seigneurs et vingt mille hommes d'élite, dont deux mille hommes d'armes et dix mille archers (7 juillet 1386) (a).

C'était à ce prix que Richard avait cru acquérir la paix intérieure : étrange illusion! Il avait payé bien cher l'éloignement de celui qui n'était pa§ le plus redoutable. Lancastre parti, laissait la place (York ne comptant pas) au duc de Glocesterl

Mais son départ mettait le pays dans un péril plus immédiat.

Pendant les préparatifs de cette expédition et pour mieux en assurer le succès, on avait repris les négociations avec la France. Le chancelier lui-même remit passagèrement les sceaux pour venir sur le continent (du 9 février au 23 mars 1386). On n'eût pas été fâché de s'assurer de la France par une trêve ; mais la guerre d'Espagne était tellement l'idée dominante, que les commissaires anglais avaient ordre de n'y pas comprendre les alliés : une trêve générale, couvrant la Gastille, eût fait manquer le but. Il était pourtant bien difficile de se faire illusion sur ce 5 point, et le chancelier put en rapporter de France la certitude. Le départ de Lancastre pour l'Espagne était comme un signal à l'exécution des projets de Charles VI sur l'Angleterre. Au moment où le duc

mettait à la voile, le roi de France avait déjà tout disposé pour l'entreprise qu'il avait conçue (a).

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