‹ Richard II (volume 2)Chapitre 70 sur 92 · Froissart, III · texte numérisé non relu

Froissart, III

chances de leur côté. Dès les premiers moments, on s'était hâté d'envoyer des renforts d'hommes et de vivres à Calais. On faisait encore à Charles VI l'honneur de croire qu'avant de passer en Angleterre, il voudrait reprendre aux Anglais cette porte de la France. On y envoya le fils aîné du comte de Northumberland, le jeune Henri Percy, illustre déjà par ses combats contre les Écossais, et surnommé Hotspur (éperon de feu), pour son bouillant courage. On faisait trêve avec l'Ecosse : on la désarmait ainsi au moment où ses incursions, toujours incommodes, auraient pu devenir un vrai péril. En même temps on appelait aux armes la nation, et l'on renforçait les garnisons des ports et des havres les plus exposés. Salisbury était envoyé dans l'île de Wight; Devonshire, à Hampton (Sussex) ; Northumberland, à Raje , deux autres des Percy, à Yarmouth. Les oncles du roi avaient les postes les plus considérables : Glocester était à Sandwich, et York à Douvres dont le château était à la garde de Simon Burley. La flotte, comme on le pense bien, avait son rôle dans cette défense du rivage. Dès le mois de mars, on avait mis en réquisition à cet effet tous les vaisseaux du port de soixante tonneaux et au-dessus, excepté ceux qui étaient pris pour l'expédition du duc de Lancastre ; car le duc, même dans ce péril, gardait son privilège. Un grand nombre avaient été placés sous les ordres du comte d'Arundel pour croiser à travers le détroit, et les bateaux pêcheurs faisaient aussi leur

office. Les pêcheurs anglais venaient rapporter ce j qu'ils tenaient de leurs camarades de France; car la continuité même de la guerre entre les deux pays avait contraint leurs pêcheurs à se mettre sur le pied de la paix : sans quoi, dit Froissart, on eût manqué de poisson, ou, pour aller à la pêche, il eût fallu armer en guerre (a).

A ces moyens d'information, le roi en avait joint un autre : aux endroits les plus hauts d'où l'on pût voir le rivage, on avait formé comme des montagnes de tonneaux de Gascogne, surmontées d'une estrade où des sentinelles se tenaient nuit et jour, observant la mer, et prêts à signaler par des feux l'approche de la flotte française. A ce signal tout le pays voisin devait se lever. Mais ce n'était point pour aller droit à l'ennemi. L'ordre était de le laisser débarquer et s'avancer dans ce pays l'espace de trois ou quatre jours ; et tout d'abord de se porter vers la flotte restée vide, pour la brûler : après quoi on devait revenir sur les envahisseurs, privés de leurs approvisionnements, et, sans risquer de bataille, tenter de les détruire par la famine. Les Anglais reprenaient contre la France la politique de Charles V abandonnée par Charles VIM

L'événement attendu semblait proche. Le roi avait quitté Paris vers la fin d'août ; l'armée n'était point encore réunie, mais il voulait, en se mettant lui-même

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