Froissart, III
roi lui-même. Or, les historiens qui nous restent appartiennent tous à la maison qui l'a supplanté : on devine donc dans quel esprit ils nous raconteront ces événements et avec quelle réserve on les doit suivre, si on ne veut^ après tant de siècles, faire revivre, aux dépens de la vérité, les haines des partis, et rendre Thistoire elle-même complice de la fortune, en perpétuant d'âge en âge l'anathème aux vaincus : vse victis! Mais, en pareille matière, quand commence l'impartialité pour les historiens? Que parlons-nous des siècles écoulés? Le règne qui nous occupe, assez maltraité dans les chroniques du temps, donnera lieu, deux cent cinquante ans plus tard, à des pamphlets ! La passion des écrivains voués à la maison de Lancastre, amortie par le triomphe, se ravivera quand seront passés et les Lancastres, et les Yorks, et les Tudors ; elle se ravivera au souffle des tempêtes qui s'amassent contre le gouvernement de Charles ?''. Aux premiers jours du long parlement (1 641 ), un clerc, nommé Fannant, écrit une « Narration historique de ce mémorable parlement appelé V Admirable (wonders)^ ouvert à Westminster en 1 386, dans la dixième année du roi Richard second; « récit qui, l'auteur en convient, lui est inspiré par les circonstances, et où les ministres de Richard sont poursuivis, condamnés et traînés au dernier termi de l'infamie, avec toute la haine qui présida en ceti année même au jugement et à l'exécution de Strai ford(20mai 1641) (a).
Richard qui, dès les premiers jours, avait reconnu les mauvaises dispositions du parlement, s'était retiré dans sa résidence d'Eltham. Ce fut là que les lords et les communes lui firent parvenir leur requête : elle portait que le parlement avait à traiter, touchant le comte de Suffolk, certaines affaires qui ne pourraient être sûrement conduites s'il restait chancelier (on le voulait mettre en accusation). Le roi répondit avec hauteur à cette demande : il défendit qu'on lui en parlât davantage et ordonna qu'on s'occupât de l'expédition des affaires; ajoutant que, pour lui (la fausseté des allégations de Knighton sur d'autres points rend bien suspect ici son témoignage), il n'entendait renvoyer à cause d'eux le moindre valet de sa cuisine. Le parlement insista, et dit qu'il ne s'occuperait d'aucune chose et n'expédierait pas la moindre affaire, que le roi ne vînt en personne à Westminster et ne destituât Michel de Pole^
Une semblable sommation n'était pas propre à ramener Richard. Cependant il fallait s'entendre. Le roi, les princes, tous les seigneurs de France étaient réunis en Flandre, prêts à mettre à la voile au premier vent favorable, et le parlement refusait tout concours. Richard Pinvita à lui envoyer quarante des chevaliers les plus considérables pour lui exposer les vœux des autres. xMais aussitôt le bruit se répandit qu'il les mandait pour les faire massacrer sur