‹ Richard II (volume 2)Chapitre 74 sur 92 · Knighton, p. 2680; cf. Wals., p. 32't · texte numérisé non relu

Knighton, p. 2680; cf. Wals., p. 32't

le chemin ou à sa table. On disait même qu'il le voulait faire égorger dans leurs hôtels à Londres, et que le refus opposé par le maire à ce dessein le fit seul échouer. Le parlement trouva plus sûr, à tous égards, d'envoyer au prince les deux hommes qui étaient d'ailleurs les chefs de tout ce mouvement, savoir : le duc de Glocester, oncle du roi, et Thomas Fitz-Alan, évêque d'Ély, frère du comte d'Arundel (a).

Le récit de leur conférence dans Knighton est marqué de traits où l'on ne peut méconnaître à quelle source il a puisé ou de quelles passions il s'inspire. Après avoir déposé au pied du trône, au nom des communes et des lords, les plus humbles protesta-^| tions de respect, les députés exposèrent leur mission : ils avaient ordre de rappeler au roi « que le parlement, d'après les antiques statuts^ devrait être réun^ chaque année pour former cette cour suprême o reluisît toute justice, où pauvres et riches vinssen chercher un refuge^ où Ton pût réformer les abu du gouvernement, prendre les plus sages mesure! contre les ennemis du dedans et du dehors^ et pour voir à la plus équitable répartition des charges; ca le peuple supportant les charges, c'était justice qu'i vît comment on disposait de ses biens. Ils ajoutaien que, selon un ancien statut, si le roi, sans raison d santé ou excuse légitime, par insouciance pour le griefs du peuple, s'éloignait plus de quarante jour du parlement, chacun avait le droit de s'en retourne

chez soi : or il y avait plus longtemps que le roi était absent, et Ton ne savait pourquoi il refusait de venir (a).

La fausseté de ce rapport si détaillé se trahit ici en un point secondaire. Le parlement commença le 1" octobre; le roi, dès le 23, était de retour à Westminster pour y faire un acte qui suppose ce message accompli^ et qui en est la conséquence. Mais la suite donne le moyen de le juger bien mieux encore. Richard répond : « Je sais bien que le peuple et les communes veulent se soulever contre moi. Dans une pareille extrémité, j'aimerais mieux m'adresser à mon parent le roi de France, lui demander conseil et secours contre ces machinations, et me soumettre à lui plutôt qu'à mes sujets. — Voilà un conseil peu sensé, reprennent les deux messagers, et qui ne peut que vous mener à votre perte. Le roi de France est votre ennemi capital et le plus redoutable adversaire de votre royaume; s'il mettait le pied dans vos États, ce serait pour vous en dépouiller et pour vous renverser du trône, bien plus que pour venir vous tendre une main secourable. » Et ils lui rappellent, ou plutôt l'historien, oubliant toutes les vraisemblances de la scène et tournant le discours en acte d'accusation, remet en mémoire les combats livrés par Edouard III et par le prince de Galles pour soutenir leur droit héréditaire en France; ce que cette guerre a coûté de sang au peuple et de trésors; les charges supportées par le pays sous le présent règne,

l'épuisement général qui en est résulté : « Tout cela, continuent les envoyés, est arrivé par la faute des mauvais ministres qui ont gouverné le roi et le royaume jusqu'à présent; et si nous n'y mettons ordre, le royaume d'Angleterre sera ruiné quand on y pensera le moins. Mais il nous reste à vous enjoindre un dernier avis au nom du peuple. Il existe une ancienne coutume^ et, chose triste à dire, il n'y a pas bien longtemps qu'on l'a mise en pratique : c'est que si le roi, par malin conseil, fol entêtement, mauvaise volonté ou de toute autre façon , vient à s'aliéner le peuple, et que, refusant de se laisser gouverner par les lois, les statuts et les bonnes coutumes, avec les conseils salutaires des seigneurs et des grands, il préfère captieusement suivre les funestes inspirations de sa volonté propre, il est permis aux grands de le déposer du trône, avec le consentement des communes, et de choisir quelque autre prince du sang royal pour l'y élever à sa place. Afin d'éviter que pareil schisme n'éclate dans le peuple, et que la nation ne soit entraînée dans la ruine par les conseils insensés de vos ministres; pour empêcher que l'Angleterre, si glorieuse, si renommée par ses armes sous les anciens rois jusqu'à votre père, ne soit désolée^ vous régnant, par les divisions d'un gouvernement détestable, et que l'ignominie d'un pareil dommage ne reste attachée à votre scandaleuse personne, à votre règne, à votre peuple, revenez de vos folles résolutions, et cessez, non-seulement d'é-

coûter, mais de garder en votre présence ceux qui vous donnent de semblables conseils \ »

Ni le duc de Glocester ou son compagnon, ni le roi ne tinrent sans doute un pareil langage : comment croire que Richard ait annoncé l'intention de se soumettre au roi de France , et que Glocester, quand il ne s'agissait que de renverser un ministre, ait insulté le souverain comme s'il Teût déjà dépouillé de sa dignité? Le récit est faux, mais il peut servir à nous révéler des pensées qui dès lors couvaient dans les cœurs. En attaquant le ministre de Richard, on songeait déjà à sa personne, et l'on préparait par des paroles mises dans sa bouche, cette accusation de servilité envers la France qui devait aider à le renverser. Quant aux envoyés^ si ce ne fut pas leur langage devant Richard , c'était celui de leur parti devant le public; et à défaut d'injures, leur discours contenait sans doute assez de menaces pour que le roi le pût entendre.

Richard céda. Il vint, comme nous l'avons dit, à Westminster dès le 23 octobre, et reprit les sceaux au comte de Suffolk pour les donner, de l'avis du parlement, à Thomas Arundel, évêque d'Ély, compagnon de Glocester dans son message (a).

C'était un premier succès dont il fallait tirer les conséquences. Tout l'effort du parlement y est en

1. Knighton, p. 2683, 2684. On a la preuve de la présence du roi k Westminster, les 23, 24, 27 octobre, etc, dans les actes de Rymer, t. VII, p. 547-550.

quelque sorte absorbé. Le roi avait fait Robert de Vère, son favori, de marquis de Dublin duc d'Irlande : on ne réclama point. Toutes les corporations de la cité venaient, l'une après l'autre, apporter leurs pétitions contre Nicolas Brambre, ancien maire, un autre des amis du roi : on les reçut, on ne les releva pas. On s'attaqua uniquement à Michel de la Pôle, c'est-à-dire à la tête et au bras du gouvernement de Richard : comme si, lui abattu, on dût avoir bon marché de tout le reste. En conséquence, à peine destitué, on le mit en jugement. Les communes dressèrent l'acte d'accusation et le vinrent soutenir devant les lords (a).

Il contenait sept articles ; T Michel de la Pôle s'est fait donner frauduleusement des terres par le roi en le trompant sur leur valeur réelle ; 2"^ il a promis de suivre l'avis des neuf lords nommés par le dernier parlement pour examiner l'état du royaume^ et n'en fit rien ; 3" il n'a point donné au subside la destination voulue par le parlement, et a négligé de garder la mer; 4° et ^"^ il a commis diverses concussions ; 6° accordé des lettres de rémission pour meurtres au détriment de la couronne; l"" le parlement avait voté 10 000 marcs pour secourir Gand : la ville a succombé^ faute de secours, et l'argent a été dilapidé*.

Koighton, qui donne textuellement l'accusation ,

1. Rot. Pari., t. m, p. 216, § 6; Knighton, p. 2684; cf. p. 2678; M.Evesh., p. 74.

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suppprime la défense , disant que Suffolk avoua plusieurs articles et présenta des excuses sur les autres. Selon Walsingham, les articles furent si bien prouvés qu'il ne put rien nier, et que le roi , plein de confusion pour lui, secouait la tête, disant : « Hélas! hélas! Michel, vois ce que tu as fait! » — Les procès-verhaux du parlement constatent que le roi n'était pas là; car Suffolk demandait qu'il y fût, disant que, mis en jugement comme chancelier, et ayant, à ce titre, agi au nom du roi, il était juste qu'on l'entendît en sa présence. Et quant au fond des choses^ il fut si loin de rien avouer, qu'il y eut sur tous les articles de l'accusation réplique et contre -réplique. Il avait voulu tout d'abord confier sa défense à l'ancien chancelier Richard le Scrop^, son beau-frère. Invité à parler luimême , il protesta qu'il n'avait rien eu que par voie d'échange, jusqu'au jour où le roi, voulant marquer sa campagne d'Ecosse par une création de ducs^ de bannerets, de chevaliers, le fit comte de Suffolk avec un revenu équivalent à celui du comte de Suffolk dernier mort. L'avait-il mérité ? Il ne lui convenait pas de se louer lui-même. Il alléguait seulement ce qu'il avait souffert, ce qu'il avait perdu au service du roi : et Richard le Scrop, suppléant ici à son parent, rappelait qu'il avait servi trente ans à bannière, sans déshonneur et sans reproche, qu'il avait été capitaine de Calais, amiral, envoyé du roi pour divers traités ou messages; chancelier et membre du conseil, car il lui tenait à honneur ce qui était devenu la cause de

sa mise en jugement; et il ajoutait que ce n'élal point d'un médiocre état qu'il avait été élevé au rang de comte , mais du degré le plus proche de ce titre, et après des services qui légitimaient son élévation. Les communes avaient cru lui fermer la bouche par des faits publics. Il avait juré comme chanceli de ne rien souffrir qui appauvrît le roi; or il et chancelier quand il avait reçu ce titre de comte ces revenus pris sur le domaine : il avait donc violé son serment. Suffolk répondait qu'à ce compte nul chancelier ne pourrait sceller un acte de donation sans parjure, et que ce qui lui était permis à Tégard des autres ne saurait lui être interdit pour lui-mêm Le roi l'avait voulu , et le parlement l'avait enregi tré. Mais que faisaient les raisons, et à quoi b tant de répliques? Si on l'avait mis en jugeme c'est qu'on le voulait condamner. Il fut déclaré co pable sur tous les points, excepté les trois artici politiques : l'inspection des neuf lords, la garde de la mer et la défense de Gand ; on les réservait, disaiton, pour que les membres du conseil y répondissenl avec lui. Ce qui prouve que, tout en le condamnant, on ne le jugea pas si criminel, c'est qu'en lui reprenant diverses terres on déclara qu'on n'entendait pas lui ôterson titre de comte, ni les 20 livres à prendra sur les revenus du comté de Suffolk, qui s'y trouvaie attachées. Il suffisait qu'en le frappant on eût rendu destitution irrévocable, et assuré contre son retour révolution que l'on voulait accomplir dans l'État (d

^f C'était peu, en effet, que d'ôter au roi son ministre : on avait résolu de lui retirer le pouvoir même. Les communes avaient demandé que le chancelier, le trésorier, le garde du sceau privé et le sénéchal de l'hôtel fussent nommés dans le présent parlement; que l'on nommât de la même sorte les lords du conseil, pour aider le roi à gouverner pendant toute une année, à partir du 20 novembre, et jusqu'à la réunion du parlement, si avant l'année révolue il n'était pas assemblé. Pour l'aider à gouverner, on commençait donc par lui reprendre le gouvernement tout entier : car nommer les grands officiers et le conseil, c'était disposer souverainement de la décision et de l'action dans l'État; c'était ne laisser au roi qu'un nom sous lequel on se réservait de tout résoudre et de tout faire. Richard se révolta contre cette prétention : mais on lui fit dire par un lord, expressément chargé du message, que, s'il s'y refusait, sa vie était en péril ; et pour donner force à cette déclaration, on envoya chercher aux archives le statut de la déposition d'Edouard II. Richard céda encore. Il accepta le conseil ainsi nommé, déclarant qu'il ne le prenait que pour le temps marqué par les communes, c'est-à-dire pour un an, sans prorogation. Il accepta la nomination des grands officiers, ne faisant de réserve que pour le sénéchal de l'hôtel, et promettant d'ailleurs de le nommer de l'avis du conseil. Dès le lendemain de la destitution du comte de Suffolk, il avait remis les sceaux à l'évêque d'Ely, Thomas

Arundel, l'homme du parlement (24 octobre), et l( clefs du trésor à l'évêque de Hereford (J. Gilbert] substitué à l'évêque de Durham. Il nomma Jean d| Waltham garde du sceau privé, reçut comme mei bres du conseil les onze lords qu'on lui désigna*; comme la seule autorité du parlement n'était pas sul usante en pareille matière, ce fut Richard lui-même qui les dut instituer par un statut : statut, qui était non-seulement le plus complet abandon de tous les pouvoirs royaux, mais encore la plus violente condamnation de son ancien gouvernement, prononcée par lui-même (a) :

w Comme nous avons appris, disait- il, par les plaintes des seigneurs et des communes de notre royaume en ce parlement, que les profits et revenus de notre royaume, par insuffisants conseils et mauvais gouvernement de nos anciens grands officiers et d'autres placés autour de notre personne, ont été dilapidés, aliénés, détruits et mal dépensés : en telle sorte que notre trésor est vide, notre domaine amoindri; que notre état ne peut plus être honorablement soutenu^ ni les guerres qui abondent autour de notre royaume, maintenues et gouvernées sans très-grandes et outrageuses oppressions et insupportables charges

1. C'étaient d'ailleurs les plus considérables du royaume : les deux archevêques de Ganterbury et d'York; les ducs d'York et de Glocester (Lancastre était en Espagne) ; l'évêque de Winchester, W. de Wickham; l'évêque d'Exeter et l'abbé de Waltham, Richard comte d'Arundel, Jean de Gobham, Richard le Scrop, ancien chan celier, et J. Devereux.

de notre peuple; comme les bonnes lois, statuts et coutumes de notre royaume ne sont point exécutés, que droit ni justice n'est fait à notre peuple, et que grand dommage lui en est advenu : nous, à l'honneur de Dieu^ et pour le bien de nous et de notre royaume, pour le soulagement de notre peuple qui a été grandement chargé en plusieurs manières jusqu'à cette heure, voulant, avec la grâce de Dieu, apporter à de tels maux grand et dû remède, nous avons, de notre franche volonté, et à la requête des seigneurs et des communes, institué nos grands officiers, chancelier, trésorier et gardien de notre privé sceau; en outre, de notre autorité royale, certaine science, bon gré et franche volonté, par l'avis et Tassentiment des prélats, seigneurs et communes susdits en plein parlement, en aide de bonne gouvernance de notre royaume » Il nommait les onze seigneurs ci-dessus désignés pour être de son « grand et continuel conseil » pendant un an, et il leur donnait le droit de faire enquête avec les grands officiers sur l'état et le gouvernement du royaume, sur tous les officiers et ministres du pouvoir, sur les revenus et profits de la couronne, sur les dons et aliénations des terres du domaine, gardes, mariages, biens échus au trésor, vacances de bénéfices ecclésiastiques, etc.; sur les possessions de la couronne, tant en deçà qu'au delà de la mer, les profits des monnaies, la prise des prisonniers, etc.; sur les biens des cardinaux rebelles, sur les revenus du subside des laines^ des vins et

autres marchandises; sur les dixièmes et les quii zièmes, et toutes les recettes depuis le temps de soi couronnement. Ils devaient encore s'enquérir dej terres du domaine aliénées ; par qui, à qui, comj ment, et en quelle manière ces aliénations avaiei été faites, aussi bien au temps d'Édoua'rd, son aïeul que de son temps; rechercher les joyaux et les biei délaissés par Edouard mourant, et ce qu'ils étaiei devenus; les chartes et les pardons généraux, les d( penses de l'hôtel, la garde des châteaux et des fort( resses, les abus tant de l'hôtel que des autres cours places et lieux du royaume ; les pertes, violations de la loi ou dommages survenus. Il leur donnait plein pouvoir, tant en son hôtel qu'en tout autre lieu du royaume ; le droit de se faire présenter tous les rôles et documents publics, de rechercher et de poursuivre toutes les malversations, de réformer tous les abus, de réparer tous les dommages, de recevoir toutes les plaintes et de porter remède à tout ce qui ne pourrait être convenablement amendé et terminé par la justice commune; si quelque division s'élevait dans le conseil, la majorité devait décider. Il était ordonné à tous les prélats, ducs, comtes, barons, etc., d'y obéir : et, pour donnera cette institution une sanction et une garantie contre lui-même, le roi ordonnait que, si personne lui donnait le conseil de la révoquer en quelque manière, la peine fût, pour la première fois, la confiscation de tous les biens; pour la seconde fois, la mort (a).

Cette révolution accomplie, le parlement accorda au roi (c'était se l'accorder à soi-même) les subsides ordinaires : un demi-dixième et un demi-quinzième sur les laïques, à lever à la Chandeleur, et, pour la garde de la mer, 3 sous par tonne de vin, 12 deniers par livre sur les marchandises (la taxe ordinaire était 2 sous d'une part, et 6 deniers de l'autre) ; en outre, la prorogation du subside des laines jusqu'au t^rme fixé pour la durée du conseil du roi, ou jusqu'à la Noël qui suivrait, si le parlement n'était point réuni dans l'intervalle. Un autre demi-dixième et un autre demi-quinzième devaient être levés à la Saint-Michel, si les subsides votés et les revenus de la couronne n'avaient pas suffi aux besoins de la défense; c'était le conseil (et les noms des membres sont rapportés dans la cédule) qui en devaient juger. Mais à tout cela il y avait une condition : si le conseil était de quelque manière empêché de remplir sa charge, le vote était nul, et les percepteurs devaient suspendre toute levée d'impôts, avec toute décharge vis-à-vis de l'Échiquier. Chacun était prévenu à l'avance, et les lettres patentes qui promulguèrent cet octroi, en publiaient aussi les conditions (a).

Le parlement avait donc ressaisi tout le pouvoir, et les actes qui avaient pu échapper au contrôle des communes, au temps que le roi s'était tenu pour émancipé, retombaient sous l'examen du conseil qui venait d'être établi. Ce conseil, nommé sous la désignation du parlement, vint prêter serment au parle-

ment, même rarchevêque de Canterbury qui avait privilège de n'en prêter à personne, et qui se born; à protester au nom du droit de sa dignité, tout en y dérogeant pour cette fois. Le parlement enregistra s{ protestation avec son serment. Il eut à recevoir encore un autre serment et une autre protestation. L( roi, en effet, dut jurer comme les autres. Mais^ ai moment où l'assemblée allait se dissoudre, il se présenta devant elle; et là il protesta hautement que, pal rien de ce qui s'était fait dans le parlement, il n< voulait encourir préjudice pour lui ou pour sa couj ronne, et qu'il entendait que sa prérogative et lei| libertés de sa couronne fussent sauvées et gardées) Que pouvait dire le parlement? C'est au nom du r( et pour le bien du roi qu'il avait prétendu tout faire il laissa donc Richard protester, et se contenta d( garder le pouvoir. La protestation fut enregistrée danj les actes de la session (a).

Le parlement fut clos le 28 novembre (b).

Le nouveau gouvernement avait eu dès ses débutî toutes sortes de bonnes fortunes. Les Français, à qui la lutte du parlement et du roi eût pu ouvrir les portes de l'Angleterre, avaient renoncé à leur entreprise. Glocester et ses collègues en revendiquèrenj tout l'honneur; et le gouvernement déchu, qui avaij mis si bien l'Angleterre en défense contre l'invasion, pouvait être impunément accusé de n'avoir su que h provoquer. La dispersion de la flotte de l'Écluse offrail plus d'un succès partiel à recueillir. Glocester fil

partir Ri cliard, comte d'Arundel, et Th ornas Mowbray, comte de Nottingham, lord maréchal, les principaux de sa faction, qui surprirent et capturèrent une flottille marchande de Flamands et de Français. Après quoi, le comte d'Arundel se dirigea vers le port de Brest, ce « chien de garde de la Bretagne*, » à la gorge profonde, au rictus toujours menaçant, que les Anglais tentaient de museler par le château où ils avaient garnison. Il ravitailla le château, qui était serré de près par les gens du pays. D'autres avantages furent encore obtenus par Henri Percy dans le détroit (a).

La France, il est vrai, ne semblait abandonner la mer aux Anglais que parce qu'elle se disposait à y reparaître en force pour envahir l'Angleterre. Deux flottes se formaient, l'une à Harfleur, de vaisseaux empruntés aux divers ports de la Normandie et de la Picardie, sous la direction du sire de Coucy et de l'amiral Jean de Vienne; l'autre à Tréguier, avec toutes les ressources que les Bretons pouvaient offrir à Glisson. On n'y voulait que des troupes d'élite : six mille hommes d'aî'mes, deux mille arbalétriers et six mille gros varlets, tous bien pourvus; nul n'y était admis qu'il n'eût des vivres pour trois mois. Mais le duc de Bretagne était toujours l'ami secret des Anglais. On se rappelle le service qu'il leur avait rendu a Bourbourg. Il n'avait point paru dans l'expédition préparée à l'Écluse ; il ne se montra que trop dans f'elle-ci. Il vint trouver Glisson au parlement de

1. « Quod videtur esse canis minoris Britanniae. » (Wals, p. 326.)

Vannes, où le connétable s'était rendu avant d'ail rejoindre la flotte; l'invita gracieusement à visiter u be^u château (le château de rPTermine) qu'il bâtissait au voisinage, voulut lui en faire les honneurs, le mena partout, et, quand il fut à la grosse tour, le fit passer devant et ferma la porte. Ce guet-apens, q livrait au duc son ennemi capital, sauvait du me coup l'Angleterre du péril de l'invasion. L'entrepri fut abandonnée : il n'était question que d'aller châtier le duc de Bretagne, ce qui n'eût pas manqué de le jeter entièrement dans les bras des Anglais; et quand les choses, après bien des lenteurs, s'arrangèrent de ce côté, l'expédition projetée ne fut pas reprise (a

Le gouvernement anglais n'avait donc rien craindre de la France; mais cela ne suffisait point sa sécurité. Les protestations du roi devant le pari ment marquaient bien qu'il n'avait cédé qu'à la fore et ne se résignait point à rentrer en tutelle. Quoiq privé du pouvoir, il avait gardé autour de lui ce qui naguère l'aidaient à l'exercer. Le parlement ava ménagé son favori, Robert de Vère, comte d'Oxford marquis de Dublin, devenu, par une grâce nouvell duc d'Irlande. Il avait même consenti à ce qu'on donnât une somme d'argent assez forte pour l'aider conquérir ce que les Anglais étaient loin d'avoir da ce nouveau duché, ne croyant pas payer trop che! son éloignement; et l'on avait d'ailleurs, parles po voirs donnés à la commission, le moyen de reveni quand on voudrait, sur toutes ces choses. Mais le du

d'Irlande n'était point parti, et Michel de la Pôle, sorti de prison, était rentré dans l'intimité du roi. Ces deux hommes et l'archevêque d'York, Alexandre Nevil, l'un des onze conseillers, étaient soupçonnés d'exciter le ressentiment de Richard contre son nouveau conseil, en lui remontrant qu'il n'était plus roi que de nom; que rien ne lui resterait de ses droits si le conseil gardait ceux dont il avait été investi ; et l'on peut juger, par la protestation du roi à la clôture du parlement, s'il avait besoin de ces suggestions pour sentir son état et haïr ceux qui l'y retenaient. La présence de ces hommes auprès de lui faisait donc ombrage au conseil, et, quoique sans titre officiel, ils le tenaient en échec; la situation ne pouvait plus durer, et le roi d'ailleurs était résolu d'en sortir (a).

Avant de rien entreprendre, il voulut mettre ostensiblement le droit de son coté.

Selon le récitdeWalsinghametdu moine d'Evesham, son copiste, le duc d'Irlande, qui avait donné un nouveau grief au duc de Glocester en répudiant sa jeune femme, une petite-fille d'Edouard III, pour épouser une dame de la suite de la reine, était enfin parti pour l'Irlande. Le roi lui-même, voyant l'indignation des grands, Ty avait décidé; mais il s'en était allé avec lui comme pour le mener à sa flotte. Ce tt'était qu'un prétexte pour échapper à la surveillance des principaux du conseil et comploter contre eux. Après quelque temps passé dans le pays de Galles, laissant l'expédition d'Irlande en oubli, le roi vint,

avec le duc et les autres à Nottinghani, où il convoqua plusieurs notables de Londres et les shériffs des diverses parties du royaume. Il voulait savoir par eux s'il pourrait compter sur des levées qui lui permissent de chasser son conseil, ou sur un choix de députés qui lui donnassent un autre moyen de s'en délivrer (a).

Knighton ne parle point en ces termes de cette pre-f 1 mière consultation, et Ton peut la tenir pour suspecte. L'historien des Lancastres, en la supposant, veut imputer au roi le dessein prémédité défaire appel à la corruption et à la force. Mais comment le roi eût-il^ sans plus de préparation ni de réserve, confié indistinctement son secret à tous les agents d'une administration qui était tout entière dans les mains de ses ennemis? Selon Knighton, dans le mois d( juillet, le roi était parti pour York, afin de régler ui différend entre larchevêque et les habitants de la ville^ Il avait avec lui la reine et les principaux de son intimité, l'archevêque d'York, le duc d'Irlande, Suffolk. Trésilian, grand justicier (président du banc du roij et Brambré, ancien maire de Londres ; et il allai tj s'arrêtant sur la route ^ distribuant des grâces , et n( négligeant pas de sonder l'opinion du pays. Il réunij à Shrewsbury quelques-uns des principaux magistrats : Robert Belknape, président du commun bancj J. Holt, W. Bury^ juges à la même cour; J. Gary," premier baron de l'Échiquier. On leur posa diverses questions sur les actes du dernier parlement « Si ces actes étaient légitimes; si le roi, qui ne les

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avait admis que par contrainte, y pouvait résister? » et leurs réponses étant favorables, on les mit par écrit, et ils les scellèrent de leur sceau. Puis, pour y donner plus d'autorité, on résolut de prendre leur avis une seconde fois, en appelant à la délibération d'autres juges encore; et on les invita à venir au conseil que le roi, après avoir achevé de parcourir les comtés du nord, devait tenir à Nottingham. Le roi les y trouva au retour de son voyage, moins J. Gary, mais avec eux R. Fulthorp, autre juge du banc commun, et J. Lokton, sergent de loi (avocat du roi) ; et, dans un conseil tenu le 25 août avec ses conseillers ordinaires (l'archevêque d'York, le duc d'Irlande, le comte de Suffolk, Trésilian et Brambré), il leur soumit les questions déjà résolues à Shrewsbury, et dont le texte nous est gardé, cette fois :

(( Si les statuts du dernier parlement dérogeaient à la prérogative royale? — Quelle peine méritaient ceux qui les avaient rédigés, qui avaient engagé ou contraint le roi à y souscrire, qui l'avaient empêché d'exercer sa prérogative? — Si, le parlement étant réuni et l'objet de la convocation exposé, il est loisible aux lords et aux communes d'ajourner les affaires qui leur sont renvoyées par le roi, jusqu'à ce que le roi ait résolu d'autres questions qui lui sont posées par eux-mêmes? — Si le roi a le pouvoir de dissoudre le parlement? — Si les lords et les communes peuvent, contre la volonté du roi, juger en parlement les ofliciers coupables qu'il plairait au roi de révoquer et de

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juger par lui-même? — Comment doit être puni celuf qui proposerait d'envoyer chercher au parlement le statut par lequel fut jugé Edouard, fils d'Edouard, bisaïeul du roi, afin d'en prendre exemple pour changer la forme du gouvernement? » A ces questions en était jointe une autre sur le comte de Suffolk : on àeuM mandait si le jugement rendu contre lui était entache d'erreur et révocable.

Les juges nommés et Trésilian avec eux, firent, à l'unanimité, sur cette dernière question comme sur les autres, les réponses que le roi attendait en les posant. Ils signèrent leur consultation , qui fut contre-signée, à tilre de témoins, par les archevêqu d'York et de Dublin, les évêques de Durham, Chester, de Bangor, le duc dlrlande, le comte Suffolk, J. Rypon^ clerc, et J. Blake, chevalier (a)

La consultation de Nottingham devait avoir ui importance capitale. Les juges avaient, et ils ont ei core en Angleterre une autorité dont rien n'approch( Ils ne sont pas seulement les interprètes d'un dro^ écrit : ils sont comme les organes de la justice; et justice domine ceux même qui font la loi : le parli ment consulte les juges. Le roi les consultait ici si un point de la constitution qu'il prétendait violé sa personne : et les juges avaient donné droit au r^ contre le parlement. Sans doute un juge, si hai qu'on l'élève, se peut tromper; il peut subir la vi( lence : et plusieurs de ceux qui donnèrent leur avl à Nottingham alléguèrent plus tard qu'ils avaient été

li contraints. Si l'on en croit Knighton, R. Belknape, le après de longs refus, menacé de mort par le duc d'ïr- 1, lande et par SutTolk, aurait dit en signant: « qu'il ne i. lui manquait plus qu'un dieval et un bateau (pour n se sauver) ou une corde (pour se pendre). » Et les i-i autres, dans leur procès de 1388, donnèrent de semblables raisonsV

Mais cette excuse^ au niu^'eu de laquelle ces iiuinu mes, mis en jugement devant ceux i]u'ils avaient conir damnés, cherchaient à sauver leur vie en y sacrifiant leur honneur, doit être prise pour ce qu'elle vaut; t si elle n'a point été accueillie des juges, elle doit I être bien moins encore de l'histoire. En elTet, Robert Belknape, J. Holt, W. Burgh, furent deux fois consultés; une première fois à Shrewshury, une seconde fois à Nottingham. S'ils ont répondu librement à Shrewshury, qu'était-il besoin, à Noltingbam, d'u- >(;r de contrainte ? Et s'ils ont été contraints à Shrewshury, comment sont-ils librement revenus à Notlingham? D'ailleurs, si l'on veut savoir qui l'on doit croire de Belknape répondant aux questions du roi àNotlingham, ou du même s'excusant de ses réponses devant un tribunal oii il y va de sa tête, il faut se demander ce que la conscience d'un homme assez ferme l)our s'élever au-dessus des passions du temps et des prétentions des jjartis aurait résolu sur les questions pohées. Ilallam n'hésite pointa dire que les réponses

\. Knighton, p. 269^*; Rot. Par'.., t III, p. 239.

des juges à Nottingham sont pour la plupart servilej et inconstitutionnelles. J'ose croire qu'en somme elles sont conformes aux principes de la constitution qui régissait l'Angleterre : car le gouvernement constitutionnel de l'Angleterre, ce n'était pas un parlement régnant au nom du roi par un conseil placé sans somi aveu auprès de sa personne, et par des ministres"" nommés de son autorité, sans qu'il y eût part : mais un roi gouvernant avec le concours des lords et des communes , choisissant librement conseil et ministres, et répondant devant le parlement, non des hommes qu'il aurait appelés à le servir, mais des actes qu'ils auraient accomplis. L'état créé par h parlement de 1386 n'était donc pas un état légal qui dût avoir l'approbation des juges, mais un état revu lutionnaire qui ne pouvait chercher son excuse qu( dans une évidente nécessité. Or nous avons vu sj cette raison l'imposait ici : et la conduite du parlej ment à l'égard des hommes et des choses met d'ailj leurs sa pensée en pleine lumière. Il n'en voulait pî aux abus de la faveur du roi : il en voulait à son ai torité même. Il ne s'était point attaqué dans cette ci] constance au favori, au comte d'Oxford marquis Dublin, qu'il laissa faire encore duc d'Irlande : il s'el était pris à Suffolk, au ministre qui aidait le roi à si mettre sans secousse ni précipitation hors de tutelh Le procès intenté à Suffolk, les griefs même qu'oi allégua contre lui et les termes de sa condamnation] prouvent que dans toute l'affaire il n'y avait que cel^

de sérieux. Le parlement, maître du pouvoir pendant l'enfance du roi, ne supportait pas que le roi devenu grand fût parvenu à s'en saisir; et les oncles de Richard, maintenus dans tous leurs honneurs mais à leur rang, après comme avant cette émancipation du jeune prince, trouvaient dans les dispositions présentes des lords et des communes un point d'appui à leur ambition deux fois trompée. C'est tout le secret du mouvement de 1386, servi à propos par les choses du dehors. Mais le roi, injustement dépouillé de son pouvoir, ou, qui pis est, condamné à le mettre au service des ennemis de sa prérogative, n'avait pas perdu le droit de rentrer dans la vérité de son rôle : c'est ce que reconnaissait la consultation de Nottingham. Il s'apprêtait à en user (a).

Il revint vers Londres à petites journées, continuant de se montrer à son peuple et ne précipitant rien. La commission du conseil n'était que d'un an. Le terme arrivait le 1 9 novembre. Richard voulait l'attendre, se résignant à subir jusqu'au bout la situation qu'il avait acceptée, mais résolu à ne le point laisser proroger au delà; et il songeait aux moyens d'empêcher ses ennemis d'user du pouvoir qu'ils avaient en main pour s'y perpétuer. Il avait pour lui Tavis des juges ; il voulait saisir la justice, en renvoyant devant elle ceux qu'il accusait d'avoir usurpé son autorité. Afin de procéder légalement, il lui fallait sur les lieux mêmes un magistrat qui signât les ordres d'arrestation. Il nomma dans cette pensée Thomas Uske sous-

shérif f de Middlesex, le comté où est Londres. N. Brambré et J. Blake, munis de lettres de créance, étaient chargés de voir le maire, de lui remettre le bill d'accusation et d'obtenir son concours. Mais rien ne se devait faire avant le temps marqué (a).

Après être resté quelque temps au voisinage dfe Londres, comme le terme approchait, Richard voulut y faire, un jour de dimanche, une entrée solennelle, préparant par une grande démonstration publiquel l'acte qu'il projetait (10 novembre). Il marchait suivi de ses conseillers, précédé de l'archevêque d'York qui portait la croix, et il trouva à l'entrée, pour l'accueillir, le maire de Londres escorté d'iine multitude de chevaliers vêtus à ses couleurs. Ce fut avec ce cortège qu'il fut conduit processionnellement à l'église Saint-Paul d'abord, puis au palais de Westminster. Mais bien que la consultation (la pièce même le prouve) n'eût pas été soumise, comme le dit Knighton, à une assemblée générale de tous les gens de loi, elle avait eu encore assez d'auteurs ou de témoins poUï^ qu'il en transpirât quelque chose : Fulthorp déclara plus tard qu'il en avait parlé au comte de Kent dès le lendemain. D'ailleurs avant dix jours les pouvoirs dit conseil expiraient; et le roi avait assez hautement déclaré qu'il ne souffrirait pas qu'on les renouvelât. Les intéressés étaient donc en éveil; et tandis que Richard attendait l'heure prochaine de son affranchissement, préparant son coup d'Etat légal, Glocester armait. Le lendemain du jour où il était reçu dans

^Hl387] L'ADMIRAËLE PAtlLKMENT. 331

■ Londres en si grande pompe, Glocester, Arundel et Warwick venaient en tout autre appareil s'établir aux portes de la ville, dans la forêt de Haringhay, et le peuple, qui la veille était en fête, demeurait dans l'attente des événements, comme frappé de stupeur. Les plus efîrayés, on le peut croire, étaient les ami^ du roi : c'était à eux seuls que les trois chefs du mouvement affectaient de s'en prendre. Ils députèrent au roi l'archevêque de Ganterbury et plusieurs autres, protestant qu'ils n'entendaient rien faire qui ne fût à son honneur et à son avantage; mais ils voulaient que les traîtres fussent éloignés de lui et châtiés pour l'effroi de leurs successeurs (a).

Le roi avait songé à la résistance. A la première nouvelle de l'approche d'Arundel , on avait publié dans Londres défense de vendre des armes ou des approvisionnements à ses troupes, comme ayant été levées contre l'autorité royale; on avait même eu la pensée d'armer pour le roi cette ville qui venait de lui faire une si éclatante réception. Mais les conjurés avaient répondu à la proclamation de Richard pa^ une autre : ils y protestaient qu'ils n'avaient pris les armes que pour maintenir l'autorité du parlement, et arracher le roi aux traîtres qui semaient la division

JM dans son royaume et compromettaient son héritage. Tout en ménageant le roi dans la proclamation, on répandait les bruits les plus propres à retourner le peuple contre lui. On disait que ses conseillers le poussaient à traiter avec le roi de France. Calais,

Guines, la Picardie, toutes les possessions continentales de TAngleterre, excepté l'Aquitaine, devaient être livrées par Richard à Charles VI pour qu'il lui vînt en aide, et que, passant en Angleterre, il lui soumît tous ses ennemis. On disait encore qu'un serviteur de Richard avait été envoyé au même roi. Que portait son message? On ne le disait point; mais sans doute il n'était pas trop désagréable à la France : car le messager en était revenu avec un présent de 1000 marcs. On ajoutait qu'en même temps qu'un chevalier était député à Charles VI, une lettre avait été expédiée à William Beauchamp, gouverneur de Calais, avec un ordre du roi de remettre la ville à l'envoyé : Beauchamp prenant cette lettre l'avait fait passer au duc de Glocester, et il avait répondu au message adressé à lui-même, qu'ayant reçu le gouvernement de la ville publiquement, de l'autorité du roi et des lords, il ne le remettrait point clandestine-l ment. Bien plus, on disait qu'en ce temps même le] roi voulait aller à Canterbury, sous prétexte de pèlerinage, mais en réalité pour passer en France et li-l vrer lui-même Guines et Calais à Charles VI : bruits! absurdes recueillis par les historiens du temps comme] ils l'étaient par les partis hostiles; mais comment tous les modernes n'y ont-ils pas vu une raison suf-| lisante pour se défier de leurs jugements (a) ?

Quand le roi, confiant dans l'accueil qu'il venail de recevoir à Londres, voulut y chercher un appui, il vit bientôt ce qu'il en devait attendre. Il fit venir le'

maire et lui demanda combien la ville pouvait armer de monde. « Cinquante mille hommes en une petite heure, dit le maire.

— Amenez-les ! »

Avant qu'il fût une heure, le maire revint lui dire qu'ils voulaient bien s'armer, mais contre ses ennemis, et nullement contre ses vrais amis, entendant par là le parti de Glocester. Ce sentiment se manifestait devant le prince par toutes les voies. Il y avait à la cour un chevalier nommé Hugues de Lyn, brave en son temps, mais qui avait perdu la raison et qui vivait de l'aumône des seigneurs. Comme il se présentait : « Eh bien! lui dit le roi en riant, que devons-nous faire? faut-il les aller attaquer?

— Va, répondit-il, et extermine-les tous; mais alors, par les yeux de Dieu, tu auras exterminé tout ce que tu as de fidèles amis dans le royaume. »

Même parmi les seigneurs les plus attachés au roi, le favori avait des jaloux. Raoul Basset, tout en protestant qu'il était prêt à exposer sa vie et ses biens pour la personne du prince, déclara qu'il ne voulait pas se faire casser la tête pour le duc d'Irlande. Ainsi autour (lu roi plusieurs semblaient croire qu'il s'agissait vraiment, comme le disait Glocester, de sa faveur et non de son autorité; et cette thèse trouva auprès de Richard un avocat chaleureux dans le comte de Northumberland. « Les seigneurs qui sont aux champs, lui disait-ils, vous ont été, vous sont et vous seront toujours fidèles; ils ne veulent en rien diminuer votfe

état ni vos honneurs, mais ils se sentent déplorable ment accablés par l'insolence de quelques hommes et tout le pays est ému avec eux. Vous êtes au lieu oi^i vous avez reçu la couronne : agissez en roi; faites-les venir au pied de votre trône pour exposer la cause d leur venue. Quand vous les aurez ouïs, j'affirme qu vous les tiendrez pour excusés (a). »

Le roi fut-il convaincu? Cela est douteux; mais l résistance devenait impossible. Il prêta Toreille a conseil de Northumberland. L'archevêque de Ganter bury et le chancelier Thomas Arundel, évêque d'Ely, qui avaient fait prévaloir cet avis auprès du roi, de vinrent les messagers du roi auprès de Glocester et d ses associés. Ils étaient du parti; on les en pouva bien croire. Glocester accepta. Et qu'avait-il à crain' dre? Dans une séance du conseil, tenue à Waltham^ Cross (comté de Hertford) le 14 novembre, séance o Ton trouve le chancelier lui-même et le garde du scea privé, les trois chefs du mouvement, Glocester^ Wa wick et Arundel, déposèrent un appel ou acte d'ae cusation contre les cinq principaux conseillers d Richard : Alexandre Nevil, archevêque d'York, Rober de Yère, duc d'Irlande, Michel de la Pôle, comte d Suffolk, Robert Trésilian, u faux justicier, » et Nicol Brambré, « faux chevalier, » comme ils les appelaient et ils s'apprêtèrent à l'aller soutenir devant le roi*

Le dimanche 17 novembre, Richard, revêtu de so

1. Députation à Glocester. Knighton, p. 2700; — Conseil de Wal tham-Cross. Rot. Pari, t. III, p. 229.

costume royal, se rendit à Westminster et prit place sur son trône. Mais au lieu des seigneurs attendus, ce fut un messager qui vint de leur part trouver le roi, disant que des embûches leur avaient été dressées sur la route. Il fallut que Richard se justifiât publiquement d'une pareille accusation, qu'il jurât de ne leur avoir tendu aucun piège, les autorisant à tuer tous ceux qu'ils trouveraient en embuscade : autorisation qu'ils auraient sans doute bien prise d'eux-mêmes si la chose eût été vraie; mais c'était un moyen de rendre les favoris plus odieux et le roi lui-même plus suspect. Ils vinrent enfin, et en entrant dans la salle se prosternèrent jusqu'à trois fois devant le roi. Le chancelier (leur complice) jouant gravement son rôle, leur dit que le roi, à la nouvelle qu'ils étaient venus contre tout usage avec des troupes dans le parc de Haringhay, n'avait pas voulu les assaillir, ce qui lui eût été bien aisé s'il n'avait eu tant de sollicitude pour eux et pour leurs gens : « car, ajoutait-il, s'il eût voulu réunir ses soldats, il en aurait eu bien plus que vous, et bien du sang aurait coulé! Mais le roi répugne à l'effusion du sang. Il a donc préféré, continuat-il , vous faire venir pacifiquement devant lui, et savoir de vous pourquoi vous avez réuni tant d'hommes d'armes?

— C'est, répondirent-ils, pour le bien du roi, et pour chasser d'auprès de lui les traîtres qu'il retient dans sa compagnie. »

Us désignaient les cinq : Robert de Vère, duc d'ir-

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lande, Alexandre Nevil, archevêque d'York, Michel 1 de la Pôle, comte de Suffolk, Robert Trésilian, elll N. Brambré; et, pour soutenir leur appel en justice, ils jetèrent leur gant, les provoquant en combat singulier. Mais le roi : « La chose ne se passera point ainsi, dit-il : elle sera débattue au prochain parlement. Vous y viendrez, vous et eux, et il vous sera fait selon le droit et la raison. » Après cette déclaration, Richard, si l'on en croit Walsingham, reprenant le thème du chancelier,commepour intimider les autres parle vain étalage de forces que tout le monde savait qu'il n'avait pas^ se serait emporté dans son langage jusqu'à la provocation et à l'injure. Le roi, selon toute apparence, ne montra ni cette audace, ni cet oubli de sfll dignité. Il releva Glocester, qui était toujours à genoux, fit relever les autres, et les ajourna au 3 février, jour qu'il fixa pour la réunion du parlement (a)j

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