‹ Richard II (volume 2)Chapitre 76 sur 92 · Bot. Pari, L III> p. 228, g · texte numérisé non relu

Bot. Pari, L III> p. 228, g

Après la déclaration de Richard, les cinq appelants se rapprochèrent de lui et déposèrent entre ses mains leur requête contre les cinq accusés, savoir : Alexandre Nevil, archevêque d'York, Robert de Vère, duc d'Irlande, Michel de la Pôle, comte de Suffolk, Robert Trésilian, Nicolas Brambré; et ils y impliquaient bien d'autres encore (a).

Pour en résumer les traits généraux , on y reprochait aux accusés l'ascendant qu'ils avaient exercé sur l'esprit du jeune roi, jusqu'à l'obliger par serment à ne rien faire que par eux ; ne laissant nul seigneur traiter avec lui qu'ils ne fussent là, et abusant de leur crédit pour se faire donner, à eux ou aux leurs, des seigneuries, de l'argent ou des châteaux, qui, remis à des hommes incapables, sont retombés aux mains de l'ennemi (art. 1-8). Ils ont entravé la marche des tribunaux, vendu les chartes de rémission, exercé le droit de maintenance au détriment de la justice (art. 9-14). Au dernier parlement, comme les lords et les communes, effrayés de l'invasion imminente des Français, faisaient au roi des remontrances sur sa façon de gouverner, ils ont obtenu du roi un ordre adressé au maire de Londres, pour faire tuer les seigneurs et ceux des communes qui n'étaient pas de leur parti. Ils ont poussé le roi à s'éloigner de l'assemblée, à déclarer qu'il n'y reviendrait que si l'on s'engageait à ne plus rien dire contre ses ministres, lorsqu'on savait l'accusation préparée contre Suffolk (art. 15 et 16). Après l'établissement de la commis-

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sion des onze, approuvée de tous les gens de justice et acceptée du roi, ils ont persuadé au roi que c'était une atteinte à son autorité; ils ont, pour la renverser, consultée plusieurs reprises des juges réunis san l'assentiment et hors de la présence des seigneurs d conseil (art. 17 et 18). Ils ont cherché à recruter des gens qui soutinssent l'autorité du roi, comme ils disaient, et au fond leur propre pouvoir; entraîné le roi dans les comtés les plus lointains, pour le séparer du conseil et entraver la marche des affaires, et livré au duc d'Irlande tous les pouvoirs du roi dans le Chester, sous le titre de grand juge (art. 20-22). Us ont mis en liberté, sans le consentement du parlement, Jean de Blois, héritier de Bretagne (ce qui était un péril pour le duc, ami des Anglais). Ils ont fait de armements, et réuni des juges (à Nottingham) pou en obtenir une consultation contraire aux actes d dernier parlement (art. 21-25). Appuyés de cette con suliation^ ils ont fait le complot d'arrêter les principaux des seigneurs et des communes : Thomas Uske, John Rypon, J. Blake avec Brambré ont eu leur rôlei dans cette entreprise. Ils ont fait croire au roi que lei auteurs des derniers statuts avaient porté atteinte et ses prérogatives et ne songeaient qu'à le déposer? qu'en conséquence il les fallait détruire par tout; moyen, même avec l'aide du roi de France; et à cett fin le roi a écrit à ce prince : Calais et les places d Picardie, les villes de Cherbourg et de Brest lui on été promises pour prix de son concours ; il a été con

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\ enu qu'une trêve de cinq ans serait négociée par les deux rois; que Richard amènerait avec lui dans la conférence Glocester, Arundel et Warwick , et qu'on les arrêterait pour les faire mourir (art. 26-31). A ces griefs, on ajoutait les faits postérieurs aux premiers actes de l'accusation : la proclamation contre Arundel, campé à Haringhay, et contre ceux qui parleraient mal du gouvernement; la nomination de shériffs chargés d'envoyer au parlement des hommes dont le gouvernement fût assuré; l'armement du duc d'Irlande excité, soutenu par le roi; et cette guerre civile qui venait d'échouer misérablement au combat de Redecot-bridge (a).

La lecture de cette pièce dura deux heures. On frémissait dans l'auditoire quand on entendait confirmer par l'autorité des appelants les attentats accrédités déjà par le bruit public : le projet de massacre du parlement tout entier, à Tépoque du procès de Suffolk ; les liaisons de ces traîtres, comme on les appelait, et du roi lui-même avec la France ; 1e guet-apens d'une négociation où les trois premiers appelants devaient être engagés pour y périr; et plusieurs, émus du danger auquel on venait d'échapper, ne pouvaient retenir leurs larmes. Les articles lus, les appelants jurèrent qu'ils étaient prêts à en prouver la vérité pour l'honneur de Dieu, et le profit du roi et du ro}'aume. On appela solennellement les accusés dans la grande salle de Westminster, puis à la porte du palais ; et comme ils ne comparaissaient pas, les accusateur»,

alléguant qu'ils avaient une connaissante suffisante de l'appel, demandèrent qu'ils fussent déclarés atteints et convaincus des crimes énumérés dans leur acte^

Le roi remit la chose au lendemain ; il voulait, avant de rien prononcer, avoir l'avis des juges et des hommes de loi. On leur soumit l'acte d'accusation ; et (chose qui justifie bien Tautorité reconnue à cette magistrature), en présence de ces tout-puissants accusateurs et d'un parlement qui était à leur service , au lendemain du jour où ils avaient vu les premiers de leur corps, les signataires de la consultation de Nottingham, enlevéî de leurs sièges dans leur costume déjuges, et menés en prison, ils déclarèrent qu'après avoir bien examin^ cet appel, ils ne le trouvaient conforme ni à l'une n\ à l'autre loi (la loi civile et la loi ecclésiastique). Mai| le parlement n'était point disposé à subir ici leur sen< tence. Les lords dirent qu'en si haute matière, quan( il s'agissait d'un attentat contre la personne du roi ei l'état du royaume, et que des pairs du royaume étaieni accusés, la cause ne pouvait être jugée qu'en parlement et d'après la loi du parlement; qu'il apparte^ nait à leurs anciennes franchises et libertés de se constituer juges en pareil cas. « Le royaume d'Angleterre, ajoutaient-ils, n'a jamais été gouverné par la loi civile; et c'est la volonté du roi et des lords de ne paî souffrir qu'on l'y soumette. » Ils eussent cru abdi

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