Rut. Pari, III, 237, et le récit de Fannant, p
donner le loisir de changer son accoutrement, plus digne d'un mendiant que d'un juge, dit avec un ricai nement amer son haineux historien, on l'entraîna au parlement. Au bruit qu'il était découvert, les cinq appelants, laissant Brambré, étaient sortis brusquement de la salle : ce fut grand trouble, car beaucoup les suivirent. Trésilian arrivait, amené par les gardes qui criaient : « Nous l'avons! nous l'avons! » De peur qu'il n'échappât, on ne lui donna aucun sursis, et l'on remit au lendemain le jugement de Brambré, pour l'expédier séance tenante. Trésilian, interrogé, ne se reconnut coupable sur aucun article. Sa sentence était déjà portée : on la renouvela, et on l'envoya à la Tour pour la subir (a).
A peine arrivé, on l'arracha des bras de sa femm* et de ses enfants pour commencer la cérémonie de son supplice. On le mit sur la claie, et on le traîna vers le lieu de l'exécution parles rues de Londres, au milieu d'un concours immense. On s'arrêtait de distance en distance pour voir s'il ferait des aveux ; mais il se tut, et ne parla qu'à son confesseur. Le supplice même, cette sanglante expiation devant laquelle, s'agît-il des plus grands criminels^ l'indignation publique doit faire silence, n'a pas désarmé ses contemporains. L'histoire (mais faut-il honorer d'un tel nom ces récits passionnés?) s'est attachée à déshonorer ses derniers moments. On raconta que, pour le faire monter à l'échelle, il fallut recourir au bâton ; et qu'arrivé au haut il dit qu'il ne pouvait mourir
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tant qu'il porterait sur lui quelque chose. On le fouilla, continue le narrateur, et on trouva sous ses vêtements une image portant des signes du ciel, avec une tête de démon et les noms de plusieurs démons écrits sur le parchemin. On la lui ôta. Privé de ce patronage, il fut pendu : et pour que les spectateurs fussent bien sûrs qu'il n'en reviendrait pas, on lui ouvrit la gorge (a).
Le lendemain, 20 février, on reprit Brambré pour prononcer contre lui la même sentence. Le brave chevalier dont personne n'était tenté d'accuser le courage, ne craignit pas de donner en mourant ces signes de repentir qui ne sont pas un désaveu d'innocence et un acquiescement à la justice des hommes, au moment où l'on va paraître au tribunal de Dieu. Il demandait pardon à ceux qu'il avait offensés, réclamant des prières. Comme il était arrivé au lieu de l'exécution et qu'il avait la corde au cou, un jeune homme lui demanda s'il avait fait bonne justice à son père qui, poursuivi pour trahison et condamné pendant l'administration de Brambré à Londres, avait eu grand'peine à sauver sa vie : Brambré rappela ses souvenirs, avoua son tort, et en demanda pardon. On l'étrangla et on lui coupa la gorge. Knighton contredit une partie de ces détails. Il dit que le roi lui fit obtenir grâce de la claie et de la potence, et qu'on le décapita à la Tour même, sur le billot et avec la hache qu'il avait fait faire, dit-il, pour ses ennemis (6).
Les appelants avaient gain de cause. Les appelés
étaient condamnés : trois par contumace, il est vrai, et on n'avait pu que saisir leurs biens; deux contradictoirement, et ils avaient payé de leurs biens et de leur tête. Mais le jugement, en confirmant les articles de l'accusation, n'atteignait pas le roi moins qu'eux-mêmes. Pour prévenir des conséquences où il n'était ni au pouvoir de Glocester ni dans les inten- j lions du parlement d'arriver, on résolut qu'en raisonJI du jeune âge et de l'innocence du prince, rien de ce qui était contenu dans les articles ne lui serait imputable, et que tous les crimes resteraient à la charge des appelés. Puis^ en signe d'apaisement général, il fut convenu que le roi assisterait à un grand banquet qui réunît les gens des communes dans la grande ., salle : et tout le royaume, dit Fannant, eut grand^ joie de cette réconciliation : joie bien amère pour Richard. La sentence qui avait frappé les siens restait suspendue sur sa tête. On ne l'en préservait qu'en lui refusant la conscience de ses actes, et on ne lui laissait sa dignité qu'en se donnant des raisons pour m lui point rendre son pouvoir. ^
Tout, du reste, n'était point fini par la condamnation des cinq appelés. Ces gens expédiés (dispatched)^ comme dit Fannant, on s'occupa de ceux qui avaieni joué un rôle secondaire dans la grande conjuratioi dont les appelants venaient de sauver le pays. On fil comparaître d'abord (2 mars) les juges qui avaient
1. Déclaration en faveur du roi. Rot. Pari. y t. III, p. 238. ; — Banquet. Fannant, p. 29.
signé la consultation de Nottingham : Belknap, président des plaids communs; Roger Fulthorp, J. Holt et W. Burgh, juges à la même cour; J. Cary, ancien baron de l'Échiquier, et J. Lokton, « sergent du roi à la loi » (avocat du roi). Ils ne pouvaient récuser la pièce incriminée : mais en avouant les questions (ce qui ne chargeait que les appelés), ils en désavouèrent les réponses comme inexactement reproduites. Belknap en particulier, protesta que, devant Richard, il avait défendu le statut du dernier parlement, qu'il avait, par deux fois, quitté le roi irrité, et n'avait cédé que pour sauver sa vie, sous les menaces de l'archevêque d 'York, du duc d'Irlande et de leurs complices ; et les autres opposèrent les mêmes excuses. Leur faiblesse ne leur servit guère. S'ils trouvaient le statut si excellent, ils étaient d'autant plus coupables d'en avoir condamné les auteurs. Les communes répondirent à la défense, qu'ils avaient été appelés comme connaissant bien la loi; que le roi, en les consultant, voulait uniquement savoir ce qui était la loi du pays; qu'ils l'avaient donc trompé, en le poussant au nom de la loi à faire périr des sujets fidèles. C'est pourquoi elles demandaient qu'ils fussent déclarés traîtres : mais les lords ajournèrent la sentence \
Le lendemain (3 mars) ce fut le tour de J. Blake et de Th. Uske : le premier, ami de Trésilian, était accusé d'avoir dressé la liste des questions auxquelles