SIXIÈME LIVRE
ment se séparât, de peur que rien ne fût tenté son absence, les prélats, les seigneurs et les membres des communes prêtèrent, sur la croix de Canterbury, le serment dont voici la teneur :
« Vous jurez que vous garderez et ferez garder paix et la tranquillité dans le royaume; et si quelqu'un veut rien faire à l'encontre, vous y résisterez de tout votre pouvoir. Si quelqu'un veut attenter à la personne des cinq seigneurs , savoir : Thomas, duc de Glocester; Henri, comte de Derby; Richard, comte d'Arundel et de Surrey; Thomas, comte de Warwick, et Thomas, comte maréchal, vous vous rangerez autour des cinq seigneurs jusqu'à la fin de ce parlement, les maintiendrez et soutiendrez de tout votre pouvoir, à la vie et à la mort, sans excepter personne; sauf toutefois votre devoir d'allégeance envers le roi et la prérogative de sa couronne, les lois et les bonnes coutumes du royaume, w
Ce serment prêté, le mêmejour^ sans plus attendre, la formule en fut adressée, au nom du roi, à tous les shériffs, pour qu'ils la jurassent et la fissent jurer à tous les habitants de leurs comtés (a).
Rien ne fut tenté contre les cinq personnages mis ainsi, au nom de la religion elle-même, sous la sauvegarde du parlement; et c'était ce qui pouvait êtri le plus favorable aux accusés placés encore sous main de cette aveugle justice. Le "^ procès fut rep dès la rentrée du parlement, le lundi après la qui zaine de Pâques (13 avril), et la délibération se pr
longeait sans aboutir : le roi, si opprimé qu'il fût, disputait avec résolution à ces odieuses vengeances, son serviteur le plus fidèle et le plus sûr, Thomme qui l'avait reçu, en quelque sorte, des mains de son père, et n'avait pas cessé de veiller sur lui^ d'agir pour lui dans les circonstaaces les plus importantes de sa vie. Mais des mouvements qui éclatèrent en plusieurs lieux, et dans les pays de Kent même, en faveur de Burley, tout en prouvant qu'il avait encore un parti, réveillèrent les haines avec les peurs, et décidèrent sa perte. Le 5 mai, il fut amené dans la salle Blanche^ déclaré coupable sur le huitième article, c'est-à-dire coupable d'avoir machiné la mort des auteurs du statut, et il fut condamné, dans les termes ordinaires, à être traîné sur la claie depuis la Tour jusqu'à Tyburn, et là, pendu jusqu'à ce que mort s'ensuive, puis décapité. Vainement la reine, pour lui sauver la vie, s'humilia, dit une chronique française, jusqu'à se jeter aux pieds du comte d'Arundel; elle n'en obtint que cette réponse : « M'amye, priez pour vous et pour votre mari, il le vaut mieux. » Néanmoins, comme il était chevalier de la Jarretière, qu'il avait servi jadis le prince de Galles, et après lui le roi dans son enfance, le roi, dit le procès- verbal, fut prié d'user de sa grâce pour adoucir la sentence. En conséquence, on se borna à le décoller à la Tour même. S'il faut en croire l'acte d'accusation porté plus tard contre Glocester, le roi résista jusqu'à la fin. Ce fut contre son assentiment et en l'absence
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d'un grand nombre de lords, que Glocester et les i autres, usurpant l'autorité royale, rendirent la sen- ( tenee et la firent exécuter*. \
Beauchamp, Berners et Salisbury, compris avec i Burley dans la même accusation, furent tenus une j semaine encore en suspens; enfin, le mardi 12 mai, on les amena en la salle Blanche. L'accusation contenait, on l'a vu, seize articles. Beauchamp et Berners furent déclarés coupables sur /la première partie du premier : il s'agissait d'un sauf-conduit qu'ils étaient censés avoir reçu pour une négociation imaginaire. En conséquence, ils furent tous les troi^i déclarés traîtres et condamnés à être traînés sur Isfll claie, pendus et décollés; mais comme Beauchamp avait été sénéchal de l'hôtel du roi, comme Bernei avait été dans sa garde-noble et longtemps attaché sa personne, les juges, toujours attentifs à ce qu| pouvait être agréable à Richard, voulurent biei qu'on se réduisît à leur couper la tête. Le jour même^ Beauchamp et Berners furent décapités à la Tour; Salisbury traîné par les rues de Londres jusqu'au] fourches de Tyburn et pendu. Walsingham se trompe donc, au moins pour le genre de supplice, quand il lui associe Berners, avec ces mots pour dernier adieu « Tous deux chevaliers, tous deux jeunes, mais touj deux traîtres. »
On reprit ce jour-là aussi l'affaire de l'évêque dj