Bot. Pari, III, 246, § 22 et
pense : on la taxait à 10 livres par jour. Cette granc économie n'empêchait pas qu'on n'eût voté les 20 000 livres aux lords appelants, et qu'en leur allouant les prémices du subside le plus sûr (l'impôt des laines), on ne leur assurât privilège sur toute autre assignation de même sorte, même antérieure. Elle n'empêchait pas non plus les communes d'intervenir en faveur de ce pauvre évêque d'Ély^ le chancelier des lords appelants, promu par eux au siège d'York, dont le titulaire venait d'être condamné et dépossédé sur leur poursuite. Il trouvait, disaientelles, les terres et les édifices de l'archevêché en tel état, qu'il avait grand besoin d'être aidé par le roi; ce que le roi promit de faire, et ce qu'il fit. Le prélat dignitaire qui avait tant crié contre son prédécesseur, Michel de la Pôle, pour avoir, étant chancelier, et, disait-on, contre le serment de son office, scellé des chartes de donation en sa faveur, n'eut pas le moindre scrupule à marquer du grand sceau les chartes, en tout point pareilles, accordées à lui-même. Enfin, sans craindre davantage de se contredire dans leurl réquisitoire contre toute aUénation du domaine, les communes sollicitèrent une autre donation bien plus considérable encore. Il y avait un seigneur intimement lié au roi, lié par le sang et par la plus vive affection, l'un de ses deux frères utérins, Jean de Holland, ardent, impétueux, violent même, qui craignait pas de verser le sang pour défendre un pi Iron ou pour venger un serviteur : on se rappel
l'exécution sans jugement du moine accusateur de Lancastre, dont il avait la garde, et le meurtre du fils unique de Stafford. Ayant suivi Lancastre, son beau • père^ en Espagne, il était absent du royaume pen dant les derniers troubles, et revenait pour assister à ces exécutions. On n'avait pu le comprendre luimême parmi les proscrits, puisqu'il n'était pas là; et maintenant qu'il revenait, on avait toute raison de le craindre. On imagina de le gagner par un don magnifique. A la demande des communes, le roi lui donna le titre de comte de Huntingdon, avec des terres de 2 000 marcs de revenu pour soutenir son état (il n'avait donné que 1000 livres [1500 marcs] aux ducs d'York et de Glocester). Pour compenser ces largesses politiques, les communes demandaient que l'on pressât le payement des dîmes de la province d'York, en menaçant de délier de tout devoir les hommes du clergé; et que les revenus divers, tirés par le pape de l'église anglicane, fussent employés contre les schismatiques d'Ecosse; destination pieuse qui eût dispensé les Anglais de prendre sur leurs propres subsides de quoi garder leur frontière. Du reste, les communes aimaient mieux encore que le pape s'abstînt de tout nouveau tribut de cette espèce, et elles requéraient la peine des traîtres contre ceux qui tenteraient d'en introduire (a).
Le parlement avait institué le conseil, nommé les grands officiers; et il leur avait donné pouvoir de réformer et recomposer à leur plaisir l'hôtel du roi.
Il voulut prendre possession de la même sorte de tou tes les grandes cours de justice. Il avait déjà entamé] la matière en frappant tous les juges de la cour des plaids communs, moins un seul : mais il en restait d'autres non moins suspects, surtout depuis leur ré- ponse sur la légalité de l'accusation, principe de toutefl cette procédure. Les communes demandèrent donc que le chancelier, le trésorier et le garde du sceau privé, ministres du nouveau gouvernement, fissent la revue des principales cours du roi ; savoir : « Chancellerie, deux bancs (banc du roi et commun banc) J Échiquier et Recette, » et qu'ils pussent écarter el remplacer toute personne jugée non suffisante : d( mande qui eut la réponse ordinaire : « Le roi le veut. Après cela, les shériffs étant nommés chaque annéi à la volonté du gouvernement, on pouvait dire qu( tout le pouvoir et toute l'administration étaient entn les mains du parlement ou de ses mandataires (a).
Restait à faire que cet ordre fût maintenu, et qu( tant de choses accomplies par violence pussent résister à ce ressort intérieur qui réagit contre les œuvres de la force.
C'est à quoi pourvoyait toute une série de mesurer habilement combinées dans les pétitions des communes. Quelque puissance que le parlement eût dans lei mains, il sentait que l'avenir ne lui appartenait pas ; aussi la première pensée des auteurs du mouvemem fut-elle de se garder contre les représailles, et de couvrir tous leurs actes d'une approbation qui était uni
amnistie déguisée. Dans un article qui était comme le bulletin de la révolution rédigé par elle-même, les communes reprenaient la suite des événements depuis la destitution du comte de SufYolk : commission de gouvernement établie en 1 386, armement de Glocester et de ses associés, chevauchées, appel, poursuites; et elles priaient le roi de les approuver comme choses faites pour l'honneur de Dieu, son propre salut, le maintien de sa couronne et le bien du royaume. Elles demandaient (la demande était plus humble, mais non sans motifs) qu'il ordonnât que ni Glocester, ni aucun des lords appelants, ni personne de leur compagnie ne pût jamais être recherché, poursuivi, molesté pour cause de ces assemblées, chevauchées, prises d'armes^ meurtres, dégâts, et mille autres choses indiquées en bloc, et énumérées par le détail comme dans un acte de procureur; qu'ils en fussent quittes et déchargés à toujours : c'était donc véritablement un pardon que les vainqueurs^ trahissant le trouble de leurs pensées, sollicitaient pour leur propre vic- ' toire. Les communes (voulaient-elles se garantir enijcore davantage?) sollicitaient d'ailleurs l'amnistie en Ij général pour toutes les trahisons, conspirations, li- I gués, prises d'armes et autres crimes emportant peine l de mort, commis jusqu'à ce jour en Angleterre, en ' exceptant toutefois une vingtaine de personnes, chevaliers, clers ou religieux qui étaient signalés comme partisans des cinq principaux condamnés, et ceux qui avaient suivi les survivants de ces derniers au delà
de la mer, ou qui les y voudraient rejoindre. Elles la demandaient spécialement pour toutes les trahisons ou félonies commises à Londres depuis le 1" octobre de Tan vi de Richard (1382) jusqu'au 1"mai dJ Tan XI (1388); elles la demandaient enfin pour les adhérents mêmes de ceux qu'elles avaient poursuivis, sauf les exceptions marquées plus haut, qui réduisaient singulièrement la grâce. Mais d'autre part elles voulaient que le roi confirmât les poursuites, jugements et exécutions faits ou ordonnés au présent parlement, nonobstant l'absence des lords spirituels et de leurs procureurs; que jamais, par interprétation ou autrement, on ne cherchât à les annuler ou à les enfreindre; et si quelqu'un tentait de le faire, qu'il fût jugé et exécuté comme traître. Cet excès de rigueur, cette façon de se roidir à l'avance contre tout retour sur les faits accomplis ne les empêchait pas de sentir ce qu'ils avaient de violent, d'illégal. Elles voyaient bien où pouvaient mener ces prises d'armes, ces procès, ces jugements qui à l'heure présente faisaient leur triomphe. Aussi, en exigeant qu'on les respectât sous peine de mort, défendaient-elles qu'on en prît exemple : la fameuse commission de 1386 elle-même, ce point de départ de la révolution, elles publiaient qu'on ne devrait point en tirer conséquence pour l'avenir. Elles faisaient plus : elles reconnaissaient que « plusieurs points avaient été déclarés trahison en ce parlement, qui ne l'étaient pas par les lois antérieures, » et demandaient que les juges n'eussent
le pouvoir de juger comme trahison que ce qui était réputé tel avant le présent parlement (a).
Ainsi le parlement ne se séparait pas sans flétrir lui-même sa propre conduite : ce qu'il avait appelé trahison, de son propre aveu ne l'était point. Sa jurisprudence n'avait été qu'une arme de parti, et, de peur de la subir un jour, il la reniait ; il défendait aux juges d'en faire jamais usage : il se condamnait lui-même pour échapper aux condamnations de l'avenir! Par une autre pétition dont la violence ne trahissait pas moins la peur qui l'inspirait, les communes demandaient qu'aucun des traîtres atteints par ces accusations^ mais vivants, pût jamais être réhabilité par grâce ou de toute autre manière, et que quiconque essayerait de le faire, fût jugé et exécuté comme traître (6).
La réponse à toutes ces pétitions fut ce qu'on pouvait attendre : le roi, du consentement des lords, y adhérait en tout point, et voulait que la sanction qu'il leur donnait demeurât ferme et stable, pour toujours * I
Ce ne fut point aspez. Pour rendre le passé plus irrévocable, on voulut qu'il y eût entre le roi et la nation comme un pacte nouveau; que le règne recommençât, en quelque sorte; que le roi, les lords, les communes renouvelassent leur serment, et que la religion consacrât, par les cérémonies d'usage, et
1. Rot. Pari, III, 250, g 39. Voyez aussi le statut de la neuvième année de Richard II. Slat. of Realm.^ t. II, p. 47-50.
fortifiât de ses sanctions les plus terribles, les engagements réciproques qui allaient faire la base du contrat. C'était l'objet de la dernière pétition des communes.
En conséquence, le 3 juin, le dernier jour du parlement, le roi, la reine, les lords des deux ordres et les communes se rendirent à l'abbaye de Westminster, oii l'évêque de Londres dit la messe et l'archevêque de Canterbury prêcha. Puis, selon le cérémonial qui avait été réglé, le roi renouvela le serment de son sacre, les prélats lui jurèrent fidélité et les lords temporels lui firent hommage ; après quoi les lords et les communes, pour donner une plus entière garantie à leur œuvre, prêtèrent le serment suivant :
« Nous jurons qu'en tant qu'il est en nous, nous ne consentirons ni ne souffrirons qu'aucun jugement, statut ou ordonnance, fait ou rendu en ce présent parlement soit jamais annulé, renversé ou rappelé dans le temps à venir; en outre, que nous maintiendrons les bonnes lois et coutumes du royaume, et que, de tout notre pouvoir, nous maintiendrons et ferons observer la bonne paix, repos et tranquiUité du royaume sans y porter aucun trouble. Ainsi Dieu nous aide et tous les saints I >j
Alors l'archevêque à la tête du clergé prit un cierge, l'alluma, et après l'avoir placé sous un tabouret l'éteignit, excommuniant quiconque semblerait désapprouver ou contredire les actes passés au dernier
parlement. Le chancelier requit tous les assistants, au nom du roi, de garder inviolablement les statuts dans leur intégrité, comme bons et fidèles sujets. Mais on ne se borna point à l'assistance : tous les nobles et tous les dignitaires de TÉglise dans chaque comté, tous les maires, baillis et aldermen des cités et des bourgs, furent par lettres adressées au nom du roi à chacun des shériffs, invités à prêter le serment. Et l'on nomma un commissaire pour veiller à l'exécution de la formalité prescrite*.
Le lendemain, 4 juin, les lords et les communes vinrent complimenter le roi; Richard les remercia des subsides octroyés, et le parlement fut dissous. « Et maintenant, que l'Angleterre se réjouisse dans le Christ ; car le filet si adroitement tendu pour notre destruction a été rompu et nous sommes délivrés. Louange à Dieu pour tout M «
Tel est le cri, non pas d'un historien du temps, mais de ce clerc de 1G41 qui s'est fait, en quelque sorte, du temps, pour en rapporter l'esprit et les passions dans une lutte oii il voudrait proposer ce dénouement comme exemple. C'est assez dire que ce jugement, bien que porté à plus de deux siècles et
1. Renouvellement des serments. Rot. Par/., t. III, p. 241, § 46; — Accomplissement des cérémonies. Rot. Pari., ibid. § 47-49 ; — Serment imposé aux provinces. Wals., i^. 3'dk ; Histoire parlementaire , t. I, p. 215.
2. Le parlement dissous. Rot. Parl.^ t. III, p. 252, g 50 ; — Fannant, p. 36 a And nowletEngiand rejoyce in Christ: forthatnetwhichwas laid so cunningly for our destruction is broken asunder, and we are delivered. To God be the praise for alL « C'est la fin du livre.
demi de distance^ ne peut être pris pour le jugement de la postérité, et la passion même que ce débat a pu inspirer de si loin, prouve assez quel en fut le vrai caractère. Ce n'est point parce que Michel de la Pôle fut nommé, étant chancelier, comte de Suffolk, ou parce que le roi fit du comte d'Oxford un marquis de Dublin, que Fannant s'est ému en 1641 , ni que le ^ parlement s'est insurgé en 1386. La vraie question, f| à l'une comme à l'autre époque, était un conflit d'autorité; le véritable objet de la lutte, le pouvoir même : pouvoir qui de droit était à Richard , depuis son ; couronnement, et défait au parlement à la faveur de I sa minorité; que le roi devait donc reprendre, dès qu'il I serait en âge de l'exercer, ce qu'il avait voulu faire, sans rompre avec le parlement d'ailleurs , grâce au concours du chancelier Michel de la Pôle. Mais cela même avait semblé être une rupture; et dès lors tout fut bon pour perdre le chanceher : nulle calomnie ne coûta. Chose étrange ! la sentence du parlement qui le frappa prévaut encore, alors même que personne n'en voudrait prendre au sérieux les motifs ! Le chancelier voulait rendre au roi sa part d'action dans l'État : on l'accusa d'avoir machiné le meurtre de tout le parlement; il voulait tirer son pays d'une guerre qui menaçait d'être fatale, et l'acheminer à une paix honorable : on l'accusa de vouloir livrer l'Angleterre à la France, et d'avoir appelé l'invasion qu'il s'apprêtait à repousser. Mais la preuve que rien de tout cela n'était vrai, c'est qu'une fois le chancelier des-
titué, rien n'en parut dans son procès même; la preuve qu'on en voulait avant tout à son pouvoir, c'est qu'on ne lui ôta guère autre chose, et que ce pouvoir dont on prétendait qu'il abusait aux dépens du roi, ce n'estpas au roi qu'on le rendit. On le donna à ce conseil qui, tout en tolérant de nouvelles faveurs pour le comte d'Oxford, ne laissait plus au roi la moindre part de son autorité. Le roi la voulut ressaisir au nom du droit, et se vit prévenu par des adversaires qui avaient la force^ et qui de plus, tenant leur place au conseil en vertu d'un acte du parlement, pouvaient traiter cette tentative dirigée par le roi comme un attentat contre le roi lui-même; car c'est sous le couvert du roi qu'ils agissaient. De là ces poursuites acharnées contre les anciens conseillers de Richard, ces accusations d'intelligence avec la France, qui associaient à la cause des lords appelants les aveugles ressentiments de la foule ; et, ces prétendus actes de trahison étant sans preuve , les faits les moins criminels convertis en actes de trahison. Procédure odieuse qui, sous ses formes légales, dissimulait mal les vengeances des partis; justice inique dont le juge lui-même avait conscience en l'appliquant ; car il recula devant son œuvre, ou plutôt en môme temps qu'il la confirmait, il eut voulu en abroger les conséquences, révoquant les définitions de droit sur lesquelles avait porté son arrêt, et, par crainte des représailles, ordonnant qu'à l'avenir on s'en tînt au droit commun. Vaine précaution! On invoque inutilement
la loi quand on a usé de l'arbitraire, et Ton ne forge' pas seulement pour l'oppression d'autrui les instru ments du despotisme. Ce parlement, appelé Vadmi rable, et, par une appréciation mieux méritée, Vimpi toyable, demanderait une qualification plus sévère car il ne manqua point seulement de pitié, il manqua de justice et de prudence : il préparait par les violences de ses actes les tyrannies et les révolutions de l'avenir (a).
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Page 2, note a.
SOURCES DE l'histoire DE RICHARD II.
Nous croyons être utile au lecteur, en donnant l'indication îles sources principales où nous avons puisé, et de quelquesuns des ouvrages où il pourra lui-même recourir, s'il veut itudier plus à fond cette histoire.