‹ Richard II (volume 2)Chapitre 9 sur 92 · Walsingham, p · texte numérisé non relu

Walsingham, p

populaire, fort aimé de la foule. Et comment ne Teût-il pas été? Depuis vingt ans il enseignait qu'on ne devait pas payer les dîmes à plus riche que soi^ et que, comme les offrandes, elles appartenaient de droit aux paroissiens, s'ils étaient de meilleure vie que leur curé. Lorsque Wicleff enseigna, J. Bail adopta avec ardeur sa doctrine : il lui avait frayé les voies; il lui avait servi de précurseur comme Jean-Baptiste à Jésus- Christ, dit Knighton. Avec lui la doctrine de Wicleff devait difficilement demeurer dans le demi-jour de la théorie. Aussi J. Bail fut-il assez vite interdit; mais, chassé des églises, il allait prêcher dans les rues, dans les champs. Il attendait les paysans le dimanche, au sortir de la messe, dans l'enclos qui faisait le cimetière, les rassemblait tous, hommes et femmes, autour de lui, et faisant appel au sentiment des maux réels dont ils souffraient, il leur prêchait pour remède la doctrine de Wicleff dans ses dernières conséquences (a).

« Bonnes gens, leur disait-il, les choses ne peuvent bien aller en Angleterre tant que les biens ne seront pas en commun, et qu'il n'y ait plus ni vilains ni gentilshommes, mais que tous nous soyons unis. De quel droit ceux que nous nommons seigneurs sont-ils plus grands maîtres que nous? A quel titre l'ont-ils mérité? Pourquoi nous tiennent-ils en servage ? Et si nous venons tous d'un même père et d'une même mère, Adam et Eve, en quoi peuvent-ils dire ou prouver qu'ils sont mieux seigneurs que nous, si

ce n'est parce qu'ils nous font gagner pour eux pal le travail ce qu'ils dépensent? Ils sont vêtus de ve^ lours, fourrés de vair et de gris; et nous, couverts di pauvres draps. Ils ont le vin, les épices et le boi pain; et nous, le seigle, la paille et de l'eau à boires lis ont le loisir et les beaux manoirs; et nous, 1| peine et le travail, la pluie et le vent aux champs! C'est de nous et de notre labeur que leur vient ce donj ils tiennent état. Nous sommes appelés serfs, et l'oi nous bat si nous ne faisons présentement leur service, et nous n'avons souverain à qui nous plaindre, ou quj nous en voulût faire droit. iVllons au roi, il estjeunej remontrons-lui notre servitude, et lui disons qu< nous voulons qu'il en soit autrement, ou que nous pourvoirons de remède. Si nous y allons tous ensem^ ble, tous ceux qui sont en servitude nous suivront pour être affranchis ; et quand le roi nous aura vus el entendus, ou bellement (de bonne grâce) ou autrement| de remède il y pourvoira*.

On devine comment ces discours étaient accueilli de la foule. Les ])auvres gens ne perdaient rien d'ui tel sermon. Ils se le répétaient les uns aux autres e( le murmuraient dans les veillées de la maison, dam les travaux des champs. La prédication de J. Bail courait de village en village, et le retentissement ei arriva jusqu'à l'archevêque de Canterbury , qui fiJ prendre le hardi prêcheur, le retint deux ou troiî

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