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LA TREVE

Élevé à ce point, un roi de vingt-cinq ans pouvait céder à l'enivrement de la grandeur. Le peuple le comblait des marques de son amour; le parlement votait chaque année l'affermissement de ses prérogatives, et il savait qu'il se rendrait plus fort dans le parlement, plus populaire encore dans la nation, si, se laissant aller à l'instinct aveugle de la foule qui admire les conquêtes alors même qu'elle en souffre le plus, il profitait de l'état de faiblesse où la maladie du roi jetait la France, pour tenter d'y reconquérir les provinces perdues naguère. Richard n'en demeura pas moins attaché à la paix. Il fit bon accueil au duc de Gueldre qui, voulant se venger de Tinvasion française, venait lui offrir ses services contre la France; mais il n'en usa pas. La trêve fut prorogée jusqu'à la Saint-Michel 1393, et Richard voulut mettre à profit l'intervalle pour arriver à une plus durable conclusion (a).

Le parlement avait été réuni à Winchester au commencement de l'année 1393 ('20 janvier). Il avait

donné au roi toute marque de confiance et tout moyen d'agir dans les affaires pendantes. En ce qui touche Rome, il lui renouvelait l'autorisation de modifier le statut des proviseurs, à la condition d'en rendre compte au prochain parlement; ce qui le mettait en position de négocier, dans le temps même que l'archevêque de Canterbury lui offrait un point d'appui considérable pour le faire avec puissance: sur des questions qui lui avaient été posées par les communes, le primat, sans dénier au pape le droit d'interdire un prélat ou de le transférer d'un siège à un autre, conformément à la loi de TÉglise, déclarait que si le souverain pontife excommuniait des évêques pour avoir obéi à des statuts du royaume, ou les transférait à d'autres sièges sans tenir compte des droits du roi ou de ses sujets, il entendait se ranger du côté de la couronne, demandant que sa protestation fût inscrite aux rôles du parlement. En ce qui touchait la paix ou la guerre, le parlement accordait au roi un subside en des termes qui, loin de lui imposer nulle réserve, semblaient l'inviter à marcher en avant : le subside des laines prorogé pour trois années, à partir du 30 novembre suivant; le droit sur le vin et sur les marchandises ainsi établi : 3" f)ar tonne et 12** par livre s'il allait à la guerre, et la moitié seulement s'il n'y allait pas; en outre, un quinzième et demi et un dixième et demi à lever, en trois termes, dans l'année, selon qu'il y aurait paix ou guerre, et de quelque côté que le roi

voulût aller personnellement^ soit en France, soit en Ecosse (a).

Le roi accueillit volontiers tous ces votes, et se montra digne de la confiance que l'on avait en lui.

A l'égard de Rome, le statut de sa seizième année (1393), rappelant les droits de la cour du roi en matière de présentation aux bénéfices et les menaces du pape contre les prélats qui voudraient s'y soumettre, publiait que les communes et les lords tant spirituels que temporels, les absents s'élant fait représenter par procureurs, avaient promis au roi leur appui pour la défense des libertés de la couronne; et, en conséquence, il y était déclaré, de l'assentiment des lords et des communes, que si quelqu'un poursuivait en cour de Rome ou favorisait les translations de siège ou excommunications prononcées par le pape en pareille matière, il serait mis bors de la protection du roi, et ses biens confisqués. Mais après avoir prouvé, par cette déclaration, revêtue des formes de la loi, qu'il était décidé à maintenir le principe du statut et à protéger ceux qui ne craindraient pas de se compromettre à Rome pour y être fidèles, le roi n'eut garde de provoquer la lutte, et il s'atlacba au contraire à prévenir tout conflit.

Même conduite à l'égard de la France. La Flandre faisait défaut : elle était au duc de Bourgogne; et le duc de Gueldre n'y suppléait guère : mais le duc de Bretagne était toujours prêt, et Ton avait dressé un projet d'alliance défensive et offensive avec lui aux

conditions suivantes : le duc devait remettre au roi d'Angleterre Nantes avec la tour Neuve, Vannes avec le beau château de l'Hermine, le Conquet, Quimper- Gorentin, Morlaix, l'île de Batz (on avait déjà Brest), et en outre son fils aîné comme otage. Les troupes que le roi d'Angleterre voudrait bien envoyer dans ces places seraient aux frais des Bretons, et les olTiciers anglais y auraient un pouvoir supérieur à celui de leurs magistrats. Si le duc se lassait de prendre part à la guerre, il avait la faculté de passer en Angleterre, où il aurait le comté de Richmond, avec un revenu égal à celui qu'il tirait de Bretagne; et dès lors la Bretagne devenant anglaise, la garde des places était aux frais du roi. Si la paix se faisait avec la France, le duc retenait le droit de retourner dans son duché, à la condition de payer un quart d'année aux soldats congédiés avec l'arriéré de leur solde. — L'Angleterre ne mettait rien en péril, si le duc signait un pareil traité : mais Richard voyait un plus grand intérêt à réconcilier son pays avec la France; et c'est pourquoi, ayant par l'octroi du parlement tous les moyens de faire la guerre, il s'appliqua plutôt à la finir \

Il pouvait compter sur l'appui de l'aîné de ses oncles, le duc de Lancastre. Ce prince, dont il avait jadis redouté l'ambition, et à qui il n'avait pas mé-

1. Déclaration du roi à l'égard de Home, Stat. de la 16" année (1393), c. V. Stat. ofRealm, t. II, p. 8^; — Projet de traité uvir la Hretagne (vers février 1393). Proceedings, t. I, p. 41-4^.

06 IJVRE SEPTIÈME. [1393]

nagé les marques de sa défiance, n'avait pas lieu de se plaindre de lui depuis quelques années. Richard avait tout fait pour le mettre en mesure de conquérir la Castille, jusqu'à dégarnir l'Angleterre de ses meilleurs soldats au moment où elle était menacée de l'invasion française; et quand le duc se vit contraint de renoncer à ce trône, il lui avait offert les plus beaux dédommagements. Il lui avait donné le duché de Guyenne, avec tous les droits de seigneur, moins la souveraineté, et il l'y avait maintenu, malgré les réclamations des habitants, qui aimaient mieux relever directement de la couronne; il l'avait fait son lieutenant en Picardie : et ainsi il avait mis sous sa main presque toutes les possessions anglaises de France. Le duc n'était pas fâché de garder en paix un pareil gouvernement; et, de plus, voyant ses deux filles établies, l'une sur le trône d'Espagne, l'autre sur celui de Portugal, il craignait pour elles maintenant le contre-coup de la guerre. Quant à Derby, son fils, à qui la succession de la Guyenne n'était pas réservée, il le savait capable de trouver par lui-même quelque moyen de se pourvoir. Lancastre était donc converti à la paix. York, bien pourvu d'ailleurs, laissait, selon son habitude, aller les choses. Pour Glocester, que Richard n'avait pas moins comblé, il était mécontent, et témoignait d'autant plus de répugnance à se rapprocher des Français, qu'on y inclinait davantage. Mais Richard ne s'en inquiéta point : il souffrit qu'il captât, par ses allures belliqueuses, la faveur

fie la foule. Il fit mieux : il l'employa avec Lanca8tre aux négociations de la paix (a).

De nouvelles conférences furent tenues à Leulinghem, immédiatement après Pâques (6 avril 1393). Les ducs de Lancastre et de Glocester, le comte maréchal, "gouverneur de Calais, Thomas Percy et plusieurs autres y représentaient T Angleterre; les ducs de Berri et de Bourgogne, les évêques de Bayeux et d'Arras et quelques grands seigneurs y figuraient au nom de la France. Deux ou trois fois la semaine, les oncles des deux rois et leur suite y venaient soit de Calais, soit de Boulogne. Ils se réunissaient dans une chapelle depuis longtemps consacrée à des négociations de cette sorte, et siégeant en grand appareil, Lancastre et Berri sur des sièges plus hauts que les autres, ils reprenaient chaque jour l'interminable débat. Cette fois pourtant il semblait qu'on voulût en toute sincérité qu'il aboutît. Dès la première entrevue, comme la chapelle était tendue de tapisseries représentant d'ancie.nnes batailles, le « pieux » duc Lancastre les fît retirer, disant que de semblables images ne convenaient point à des réunions où l'on travaillait à la paix. Mais la paix n'était point si facile à régler dans ce conflit de prétentions rivales : TAngleterre ne voulant point renoncer à sa conquête, ni la France se résigner à être réputée pays conquis. On dut bientôt laisser la question oii se résumait, sans conclusion possible, cette grande querelle, la question de Calais : on porta le débat sur les terres de Guyenne. Les

Français auraient bien abandonné les pa}'s de Tarbes et de Bigorre, d'Agen et Périgueux : mais de Cahors, du Rouergue, du Quercy et du Limousin, ils ne voulaient rien céder. Des propositions furent mises par écrit, de part et d'autre^ et discutées en mainte séance. Glocester y apportait tout naturellement son esprit de défiance et son mauvais vouloir : il disait que les Français voulaient toujours lutter, « les deux bras dessus. » Néanmoins on finit par tomber d'accord sur des préliminaires, et l'on s'ajourna au 20 mai pour les présenter à l'adoption des deux rois, en s'engageant, de part et d'autre, à tout faire pour qu'ils fussent accueillis. Le roi de France, qui était à Abbe ville, les agréa. Ricliard y adhéra de même, disant à ses oncles qu'il voulait mettre un terme à une guerre trop prolongée déjà, pour le bien de toute la chrétienté; et Glocester, tout en murmurant qu'on eût mieux fait de se faire rendre tout avant de rien conclure;, s'était résigné, devant la volonté de Richard, à n'y plus faire de résistance (a).

Les quatre princes revinrent donc àLeulinghem, les princes anglais non sans quelque péril : une tempête faillit mettre un terme à leur mission. A leur retour ils trouvèrent là un nouveau personnage. C'était le cardinal Pierre de Luna (depuis, Benoît XIII), légat de Clément VIL II témoignait d'un grand zèle pour le paix, et demandait à être admis aux conférences. Mais comment parler de paix aux nations quand on faisait schisme dans l'Église? Le médiateur oificieiix

pouvait être soupçonné de ne se constituer avocat de la paix que pour faire accueillir sa médiation, et introduire à ce titre l'autorité de son pape dans les rapports des deux peuples en cause. Lancastre n'en fut pas dupe. Selon Froissart, qui était venu à Abbeville pour mieux savoir ce qui se passait aux conférences , le cardinal ne fut pas même accueilli des princes anglais : « Otez-nous ce légat, dirent-ils à leurs cousins de France ; nous n'avons que faire d'entendre ses paroles : ce n'est que toute charge sans profit et sans effet. Nous sommes déterminés à pape auquel nous obéissons et voulons obéir. Si (ainsi) n'avons que faire d'ouïr parler à Rencontre ; et s'il venoit avant sur nos traités par la faveur de vous, nous clorrions tous nos parlements et nous en retournerions en arrière. » Selon le Religieux de Saint-Denys, ils lui accordèrent, à la prière dés Français, une audience, le 28 mai; ce fut pour lui signifier qu'ils n'avaient que faire de ses sermons. S'il voulait entreprendre de convertir l'Angleterre, ils lui offraient un permis de passage (ils ne disaient rien du retour) ; mais en même temps ils déclaraient qu'ils tenaient les cardinaux d'Avignon pour les seuls auteurs du schisme; et que. si on les en voulait croire, la paix faite, on ne leur laisserait d'autre alternative que d'y mettre fin ou d'être exterminés. Il y avait là de quoi dégoûter le cardinal de la réconciliation de l'Angleterre et de la France. Les princes anglais voulaient même profiter des conférences pour résoudre du même cou]) lo

débat de Rome et d'Avignon; mais c'était compliquer la difficile question de la paix d'une autre plus difficile encore. Les princes français remontrèrent que, la première une fois résolue, les deux peuples unis pourraient aborder la seconde avec bien plus d'autorité. On se borna donc aux affaires politiques, et l'on venait de reprendre la négociation sur les bases acceptées des deux rois, quand un nouvel accès du mal dont souffrait Charles Yl ajourna encore la conclusion (a).

Richard prouva bien en cette occurrence, que s'il était entré dans la voie des négociations ce n'était point par impuissance de faire la guerre, mais par l'entière conviction des avantages attachés à la paix. Loin de profiter des empêchements de son rival, il se montra tout prêt à recommencer les conférences, et, avant même que les négociations fussent reprises, il lui voulut donner satisfaction sur un des points en litige.

Indépendamment des territoires possédés en France par l'Angleterre, il y avait deux villes qu'elle avait reçues, l'une du duc de Bretagne, l'autre du roi de Navarre, et ne gardait qu'à titre de gage : Brest et Cherbourg. En attendant que la question des territoires entre les deux couronnes fût réglée par la paix, rien n'empêchait de résoudre ce qui touchait ces deux places, si le duc de Bretagne et le roi de Navarre les redemandaient argent en main. Or le roi de France leur avait écrit et ne doutait pas du succès (car il

tenait Targent à leur disposition), quand sa maladie interrompit les conférences. Richard ne se crut pas dispensé par là de donner suite à cette affaire. Le duc de Bretagne ne réclama point : dans la situation toujours délicate de ses rapports avec la France, il n était pas fâché d'avoir les Anglais à sa porte. Il n'aurait pas pu leur livrer Brest par un nouveau contrat. Mais comme ils y étaient, son vœu secret était qu'ils y restassent. Richard y demeura donc^ et dans le cours de l'année suivante on le voit approvisionner la place de munitions et de vivres. Quant à Cherbourg, le jeune roi de Navarre, fils de Charles le Mauvais, le redemandant selon son droit, Richard ne chercha point à éluder la demande : le roi de Navarre produisait l'acte par lequel les trois oncles du roi, et avec eux les comtes d'Arundel, de Warwick, de Stafford et de Salisbury s'étaient engagés, sous peine de parjure, à restituer la place sur toute réquisition, contre le remboursement de la somme prêtée. Le roi reconnut la validité du titre; il le vise dans les pouvoirs qu'il donne à ses commissaires, pour reprendre Cherbourg des mains du gouverneur et le livrer aux commissaires du roi de Navarre. De quel droit les ennemis plus ou moins avoués de la paix, Glocesler, Warwick et Arundel, auraient-ils pu lui faire un crime d'avoir acquitté leur propre obligation (a) ?

L'acte venait de se consommer par la remise de la place et la quittance de la somme rendue (2 janvier 1304), quand se réunit le parlement (27 janvier).

Ce parlement montra, par un incident grave, combien était forte alors la position du jeune roi , et comme il était supérieur à tous ceux qui Tavaienl voulu supplanter. Le comte d'Arundel, l'un des cinq appelants, Tun des trois premiers meneurs des événements de Tan x et de l'an xi, parut tout à coup pris d'un zèle jaloux pour l'honneur et la dignité de la couronne. Il accusa le duc de Lancastre de manquer à ce qu'il devait au souverain, et d'en affecter lui-même les allures : de se promener avec Richard en lui prenant le bras; d'avoir amené le roi à porter ses insignes et à faire prendre à ses gens la livrée de Lancastre et de Guyenne; de tenir au parlement et dans le conseil des paroles « si grosses et âpres, » qu'il ôtait et à lui et aux autres toute liberté de réplique. Il ajoutait d'autres griefs : le duché de Guyenne donné au duc au détriment du roi ; les sommes qu'il avait reçues pour son expédition d'Espagne ; les négociations de France (a).

Le roi prit lui-même la défense de l'accusé. Il dit que s'il se promenait au bras de Lancastre, il ne traitait pas moin s familièrement ses autres oncles en l'absence du premier; que c'était lui-même qui, au temps où le duc revint d'Espagne, lui prit au cou son collier pour le mettre au sien, et qu'il le voulait porter en signe d'affection, comme il fait des insignes de ses autres oncles; que le langage du prince au conseil ne devait ôter à personne la faculté d'exprimer librement son opinion; que le duché de Guyenne lui avait été donné

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de l'avis du parlement; qu'il en était de même de l'argent alloué à l'expédition d'Espagne, et que le trésor, loin d'avoir rien à lui réclamer, serait plutôt son débiteur pour le ravitaillement du château de Brest, si les comptes n'en avaient été compensés. Quant aux négociations de France, il n'avait rien fait que de l'aveu du roi et du conseil, dont le comte d'Arundel lui-même était membre; d'ailleurs rien n'était fait, et Pon était libre de laisser là ce qui avait été commencé.

Richard fit juge le parlement de ces explications, qui parurent décisives; et le comte d'Arundel, n'ayant rien de plus à alléguer, le roi, de l'avis des lords, le condamna à faire ses excuses au duc de Lancastre*.

Cette querelle apaisée, le roi soumit au parlement diverses mesures qui se rattachaient au double objet présenté par l'archevêque d'York, chancelier, dans son discours d'.ouverture : la paix au dedans, la paix au dehors. La ville de Londres n'avait pas encore été remise en possession de tous les droits dont elle avait été privée en punition de ses désordres : les ducs d'York et de Glocester, chargés de faire enquête avec les autres juges, avaient décidé qu'on lui appliquerait les peines portées au statut de la vingt-huitième année d'Edouard lil : pour la première fois, 1000 marcs d'amende; pour la seconde fois, 2000

1. Rot. Pari., t. III, p. 313. Les excuses sont données en anglais.

marcs; et, pour la troisième, perte des libertés. Or, la ville n'en était pas à son premier délit; mais le roi, à la prière de la reine, avait promis de lui rendre ses franchises. Toutefois, avant de le faire comme une pétition du maire l'en suppliait, il modifia sur un point important sa constitution. Les aldermen sortaient de charge tous les ans à la Saint-Georges, et ne pouvaient être réélus. Le roi trouva cette mesure dommageable à la bonne administration de la ville, et, de l'avis de son conseil, il ordonna en parlement qu'ils demeureraient en place jusqu'à ce qu'ils fussent révoqués pour juste cause. Mais en même temps il interprétait le décret d'Edouard lll en faveur de l'administration municipale, et déclarait que les erreurs de justice ne rentreraient point dans les cas prévus par le statut (a).

Diverses autres mesures furent arrêtées encore pour le régime intérieur du pays et le développement de son commerce; mais en ce qui touchait la prospérité de l'Angleterre, la grande question était celle du dehors : la question de la paix. La paix devait coûter surtout au roi. Il lui fallait abdiquer son titre de roi de France ; il fallait prêter hommage à celui qu'il n'avait jamais appelé que du nom d'Adversaire de France, s'il voulait garder ce qu'il avait encore sur le continent : car on ne pouvait se flatter que Charles VI cédât autrement qu'à titre de fief ce que le roi d'Angleterre retenait de la Guyenne. Le roi était résolu au sacrifice, pourvu qu'il fût agréé du parlement, et que

nul n'eût le droit d'ajouter à ce qu'il en devait souffrir le reproche de l'avoir souffert. Il posa donc la question aux lords, qui donnèrent leur assentiment à la paix, pourvu que le roi se bornât au simple hommage et non à l'hommage lige, gardant ainsi la liberté de sa personne et de son royaume d'Angleterre. Après les lords, les communes furent consultées. Cette fois encore elles eussent préféré ne pas l'être ! c'est une faveur dont elles sentaient trop l'amertume, quand il fallait donner les mains à une chose commandée par l'intérêt du pays, mais repoussée par son orgueil. J. Bussy qui paraît pour la première fois dans ce parlement comme orateur des communes, vint enfin apporter leur réponse écrite : garantie qu'il avait voulue sans doute pour lui-même, k Trois choses, disaient les communes, étaient traitées dans les conventions projetées entre les deux couronnes : hommage lige, souveraineté et ressort : c était matière trop haute et sur laquelle elles n osaient point donner conseil; et d'ailleurs elles en étaient dispensées, puisque rien n'était encore résolu et qu'on ne savait ce qui le serait. Mais les seigneurs spirituels et temporels, les jugrs, chevaliers et autres nobles du royaume, considérant létat du pays, ont consenti que le roi fît hommage pour les terres de (juycime, sous la réserve qu'il y gardât [)our lui, pour ses sujets et toutes leurs possessions les mêmes franchises que ses ancêtres , et que si la paix était enfreinte de quel- (|ue manière, les choses fussent remises en leur pre-

mier étal. Puisque le roi et les seigneurs a considé- « rant si tendrement l'état du royaume, » ont jugé que la paix ainsi faite était pour le mieux, les communes, comme obéissantes, prenant en considération le consentement du roi, des seigneurs^ chevaliers et juges^ consentaient, pour avoir bonne paix, au traité proposé (a). »

En même temps elles accordaient au roi le subside dont il avait besoin : et une particularité relevée par l'acte même de cet octroi, montre combien le gouvernement de Richard respectait sur ce point délicat les libertés du pays. Le parlement tenu à Winchester l'année précédente avait voté 3 sous par tonne et 12 d. par livre, en réduisant les droits de moitié si certaines conditions n'étaient pas remplies. Or il y avait eu quelques difficultés sur ce propos; le parlement seul parut avoir caractère pour les résoudre; on s'était donc borné à des mesures provisoires : provisoirement la moitié du subside avait été non point payée^ mais ajournée, les débiteurs donnant caution. Le parlement trouva qu'on avait bien fait de ne point payer; mais prenant en considération l'état du royaume, il accorda le supplément de subside, à condition que si la paix était faite, quinze jours après on cessât de le percevoir; et le demi-quinzième, voté par le dernier parlement exclusivement pour la guerre, fut mis à la disposition du roi pour les besoins du pays (a).

Le parlement fini , Richard , autorisé des lords

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et des communes, reprit les négociations avec la France. Les ducs de Lancastre et de Glocester repassèrent la mer avec une nombreuse compagnie; des sauf-conduits furent envoyés aux ducs de Berri et de Bourgogne et à huit cents personnes de leur suite. Jamais jusque-là on n'avait déployé tant d'appareil dans ces rencontres; il semblait que cette fois c'est la paix même qui en dût sortir. Mais si loin que le parlement eût cru porter les concessions en autorisant le roi à faire hommage pour la Guyenne, il n'allait pas, et Richard n'avait pas la volonté d'aller luimême jusqu'où la France prétendait les conduire avant de sceller par un traité définitif la réconciliation des deux pays : car, comme Jeanne d'Arc le dira plus tard, a il n'y avait de paix avec eux qu'en les boutant hors de toute France. » Et ce sentiment national éclate, à propos même de ces négociations, dans une chanson du terîips et dans le refrain qui en résume la pensée :

tt Paix n'arez jà, s'ilzne rendent Galaysl »

Il fallut donc, cette fois encore, laisser de côté ces projets élaborés et s'en tenir à une prorogation de la trêve. On la prorogea de la Saint-Michel de l'année courante, terme où elle finissait, à la Saint-Michel de l'an 1398; c'étaient encore quatre années nouvelles retranchées à la lutte des deux peuples, en tout presque dix ans. De part et d'autre les deux rois comprenaient leurs alliés dansle traité, à la seule conditions (|u'ils

lissent serment d'en observer les articles. Le roi de France stipulait pour l'Ecosse, laCastille, l'Aragon, la Navarre, la duchesse de Brabant; le roi d'Angleterre pour le roi de Portugal, le duc de Gueldre ; et de plus l'un et l'autre en même temps pour des puissances dont ils revendiquaieut Palliance à titre égal : le roi des Romains, le doge et la commune de Gênes, voire même pour des principautés revendiquées par des sujets ou des alliés de l'un ou de l'autre, comme l'île de Man, que le roi d'Angleterre patronnait au nom de W. le Scrop, son chambellan, et la France au nom d'un seigneur écossais (a).

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