LE MARIAGE DE RICHARD ET D ISABELLE DE FRANCE
Cette ambassade comprenait le comte de Rutland, fils du duc d'York et cousin du roi, le lord maréchal (Thomas Mowbray, comte de Nottingham), l'archevêque de Dublin, l'évêque de Saint-David, le sire de Beaumont, William le Scrop, vice-chambellan; vingt chevaliers , quarante écuyers et une suite de six cents chevaux. Débarqués à Calais, ils furent partout sur la route, à Amiens, à Clermont, à Creil, reçus avec les plus grands honneurs. A Paris, on les logea au voisinage de la résidence royale ; on leur donnait 200 couronnes par jour pour leurs menus frais. Presque tous les jours les principaux dînaient ou chez le roi ou chez les ducs; « et leur faisoit le roi, son frère et leurs oncles toute la meilleure chère et compagnie, comme ils pouvoient en les honorant, pour l'honneur et amour du roi d'Angleterre qui les avoit envoyés. » Quant à l'objet de l'ambassade, on hésitait dans le conseil de Charles VI : comment donner la fille du roi à un prince avec qui on n'avait qu'une simple trêve?
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il semblait naturel de faire la paix avant l'alliance. Mais la paix, on l'avait pu voir par les précédents débats touchant Calais, était impossible tant que la France exigerait une cession à laquelle nul roi d'Angleterre ne pouvait impunément consentir. — Si, à une époque où l'Angleterre, ayant trouvé sa véritable voie dans rOcéan, pouvait se détacher du continent avec moins de regret, Elisabeth a signé l'abandon de Calais à la France, c'est que tout le ressentiment public en retombait sur la mémoire de Marie, sa sœur, qui l'avait perdu. — Pour le moment, le mieux était donc d'entrer dans les vues de Richard, en faisant, à défaut de paix, alliance : en prolongeant suffisamment la trêve, on atteignait le but sans remettre aux prises les sentiments opposés des deux pays. Le chancelier Arnault de Corbie parla pour le mariage et fut soutenu par les oncles du roi , notamment par le duc de Bourgogne, intéressé au bon accord avec l'Angleterre pour ses provinces de Flandre : car « les cœurs de moult de Flamands sont plus anglois que françois. » On fit donc bon accueil aux ambassadeurs; on les admit, sur leur demande, à l'audience de la reine entourée de ses enfants. Le comte maréchal, se mettant à genoux devant la jeune princesse dont il sollicitait la main pour Richard, lui dit : « Madame, au plaisir de Dieu , vous serez notre dame et reine d'Angleterre.
— Sire, répondit naïvement la jeune fille, s'il plaît à Dieu et à monseigneur mon père que je
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sois reine d'Angleterre, je le verrai volontiers; car on ma bien dit que je serai une grande dame. »
Elle fit lever le comte et l'amena par la main à la reine sa mère, qui eut grand'joie de sa réponse ^
L'ambassade repartit au bout de vingt jours, emportant les meilleures assurances. Aucune parole formelle ne lui était encore donnée : la jeune enfant était promise à l'héritier du duc d'Alençon; il fallait la dégager de ce côté avant de la lier d'un autre. Mais on comptait amener à bien la négociation pendant l'hiver, et ainsi au printemps Taffaire pourrait être reprise et conclue heureusement. Les ambassadeurs allèrent à Windsor porter ces réponses à Richard, qui en fut tout joyeux : « Et ne mit pas celle chose en non chaloir, mais la prit si à cœur et à grand'plaisance, qu'il n'entendoit à autre chose fors tondis viser et subtiller comment il pourroit venir à son entente d'avoir à femme et à épouse la fille du roi de France '. »
Cependant il y en avait en France qui, croyant sans doute le roi d'Angleterre fort épris de cette enfant, voulaient en tirer avantage pour lui imposer des conditions : « Si nous étions, disaient-ils, appelés en ces traités de France et d'Angleterre, et que notre parole fût ouïe et acceptée, nous dirions ainsi : que le roi d'Angleterre n'auroit la fille de France, si
1. Ambassade de France : pouvoirs du roi pour négocier son mariage [S juillet 1395). llymer, t. VII, p. 812; —Instructions auxconimissaires (m^me date), iàid., \). HOk. Cf. Froissart, IV, ^1 et ^3.