‹ Richard IIChapitre 28 sur 80 · Froissatl. IV · texte numérisé non relu

Froissatl. IV

de ces négociations ; et quand l'esprit de paix prévalant peu à peu de trêve en trêve, elles eurent abouti à cette grande trêve de vingt-huit ans, la part qu'il y avait prise ne l'empêchait pas d'exprimer tout haut son dépit. L'acte même par lequel Richard venait de rapprocher les deux peuples, ouvrait une carrière nouvelle à son ambition, en lui donnant le moyen d'associer Famour-propre national à son orgueil offensé. Entre la trêve et le mariage du roi, la France, on Fa vu, avait essuyé un grand désastre. La fleur de ses chevaliers avait péri dans les plaines deNicopolis, sous le sabre des Turcs (28 septembre 1 396) : c'était le cas de se joindre à elle, et, en l'aidant à reprendre aux Turcs la victoire, de porter le renom des armes anglaises plus haut qu'il n'avait jamais été dans les temps antérieurs. La haine aveugle de Glocester ne Fentendait point ainsi; et le langage que lui prête Froissart, résume admirablement les sentiments qu'on lui connaît et les desseins qui se révélèrent par ses actes : son impatience de la paix, son aigreur contre la France, sa perfidie à réveiller toutes les passions, les jalousies, les convoitises et les défiances du peuple anglais, pour l'entraîner dans les voies d'une révolution conforme à ses désirs :

« Ces fumées des Français, disait-il à ses familiers, ont bien été abattues et déchirées en Flongrie et en Turquie. Tous chevaliers et écuyers étrangers qui se boutent et mettent en leur compagnie ne savent ce qu'ils font, mais sont mal conseillés; car ils sont si

pleins de pompe et d'outre-cuidance qu'ils ne peuvent amener à nulle bonne conclusion chose qu'ils entreprennent. Cela s'est vu assez souvent durant les guerres entre monseigneur mon père, notre frère le prince de Galles et eux. Je ne sais pourquoi nous avons trêve avec eux, car selon que notre querelle est belle, nous leur ferions bonne guerre, et mieux présentement que jamais, puisque, toute la fleur de la chevalerie et escuierie (chevaliers et écuyers) de France est morte ou prise; et les nôtres ne désirent que guerre; ils savent que la paix ne leur vaut rien. Par Dieu! si je vis deux ans en bonne santé la guerre sera renouvelée. Je ne tiendrai ni trêve, ni répit, ni assurance : car du temps passé les Français ne nous en ont nul tenu; mais ils ont, tellement quellement, par fraude et par cautelle, repris les héritages de la duché d'Aquitaine, qui jadis furent donnés par bons traités de paix à monseigneur mon père.... S'il y avait un bon chef pour roi en Angleterre, qui désirât la guerre et son héritage recouvrer, il trouverait cent mille archers appareillés, et six mille hommes d'armes empressés à le suivre et à mettre pour son service leurs corps et leur chevance à l'aventure. Mais pour le présent il n'y a point de roi en Angleterre qui veuille, désire ni aime les armes. Et pourtant jamais il ne fit si bon en France pour guerroyer comme aujourd'hui; car si on y allait, on serait combattu. Je suis le dernier né de tous les enfants d'Angleterre. Mais si je pouvais être cru et ouï,

je serais le premier à renouveler les guerres, et à tirer satisfaction des torts qu'on nous a faits et fait encore tous les jours par la simplesse et la lâcheté de nous, et par espécial de notre chef, qui est allié par mariage à son adversaire : ce n'est pas signe qu'il le veuille guerroyer. » Il rappelait la campagne qu'il avait faite jadis à travers la France, les hardies chevauchées de Robert Knolles, de Hugues de Calverley et de tant d'autres, allant jusque devant Paris, jusqu'en Bretagne, jusqu'à Bordeaux, sans rencontrer bataille : (( Je me fais fort, ajoutait-il, qui ferait aujourd'hui tel voyage, il serait combattu ; car celui qui se dit et écrit roi est jeune, chaud et de grande volonté : et c'est tout tant que nous désirons et devons désirer, vouloir et aimer, que la bataille. Mais nous languirons comme nous faisons et avons fait depuis que notre neveu fut roi d'Angleterre. Cette chose ne peut longuement durer ainsi que le pays ne s'en aperçoive : car il prend et lève grandes tailles sur les marchands qui mal s'en contentent; et ne sait-on ce que tout cela devient. Dont on verra bientôt une grande rébellion en ce pays, car le peuple commence à parler et à murmurer que telles choses ils ne veulent plus souffrira » Dans cette prédiction perçait la secrète pensée de Glocester; et il était désormais résolu à faire qu'elle s accomplît. Il essaya, dit-on, d'abord de prendre pour instrument son neveu, Roger Mortimer, comte de la

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