‹ Richard IIChapitre 30 sur 80 · Froissart, ibid · texte numérisé non relu

Froissart, ibid

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venture, Thomas Percy, par exemple, sénéchal de l'hôtel, faisaient comme Lancastre et York, et cherchaient une excuse pour se retirer. Mais il y en avait qui étaient nécessairement compromis dans le parti du roi. La cause du roi était leur propre cause, et ils avaient un intérêt personnel à épier, à découvrir et à réprimer le complot. Si le Religieux de Saint-Denys n'a pas été trompé par de fausses rumeurs, ce fut le comte maréchal, l'ancien complice de Glocester^ qui le fit connaître au roi. Selon ce rapport, Glocester et Arundel avaient appelé la religion elle-même à consacrer leur conspiration. Toutes choses étant convenues, l'archevêque de Canterbury avait célébré la messe devant eux^ et leur avait donné la communion comme gage du lien qui les unissait et du secret qu'ils s'étaient promis l'un à l'autre. (Warvvick, leur ancien complice, y avait été encore cette fois associé.) La scène est suspecte, le complot même a pu être révoqué en doute dans ses détails; mais ce qui est moins contestable, c'est que le bruit en était répandu autour du roi. Richard^ délaissé de ses deux oncles, se trouvait donc seul en présence de cette menace nouvelle et de ses anciens souvenirs; après ce que Glocester avait osé déjà, il avait tout à craindre. Il résolut de ne pas se laisser surprendre une seconde fois, et de prévenir ses ennemis (a).

Lui-même y voulut prendre le principal rôle. Il s'entendit avec le comte maréchal : il se dirigea vers Havering comme pour chasser aux daims, et de là,

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un jour après dîner, il se rendit au Plessis. Glocesler avait déjà fini de souper : il était sobre et restait peu à table. Il vint à la rencontre du roi^ et lui fit, avec la duchesse, les honneurs de son château. On dressa une table, on servit le roi; mais à peine avait-il goûté aux mets : « Bel oncle, dit-il, faites seller vos chevaux, non pas tous, mais cinq ou six; il convient que vous me teniez compagnie à Londres; car ceux de Londres doivent demain me présenter rec^uête; nous y trouverons mon oncle de Lancastre et mon oncle d'York, et j'en ordonnerai par votre conseil. Dites à vos gens de vous suivre et de venir vous retrouver demain. » Le duc obéit sans défiance; le roi prit congé de la duchesse et de ses enfants, et monta à cheval avec Glocester, qui prit avec lui quatre écuyers et quatre varlets. Quand on arriva près de la Tamise, le comte maréchal sortit tout à coup d'une embuscade et se jeta sur Glocester, disant : « Je vous arrête de par le roi! » Le duc se vit trahi; il appela le roi, mais le roi avait pris les devants. Il y avait là un bateau à l'ancre : le comte maréchal y mit Glocester et y monta lui-même avec tous ses gens; puis, gagnant la mer, il mena son prisonnier à Calais (a).

Le lendemain le comte de Warwick, impliqué dans les desseins de ses anciens complices^, était arrêté; le comte d'Arundel, qui aurait pu se sauver et même en appeler à la force pour tenter de délivrer Glocester et Warwick, se laissa tromper par de flatteuses pa-

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rôles et envoyer dans l'île de Wiglit, où on le mit en prison. En même temps, le roi faisait annoncer par tout le royaume qu'ils étaient arrêtés comme traîtres ; qu'ils l'avaient été de l'aveu du comte de Rutland, son cousin, du comte de Huntingdon (J. de Holland), son frère, et du comte de Kent, son parent; du comte maréchal, du comte de Salisbury (Jean de Montaigu), du sire le Despenser et de W. le Scrop : c'est avec eux, selon toute apparence, qu'il s'était concerté pour cette arrestation. Et il voulait qu'on proclamât qu'elle avait eu lieu aussi avec l'assentiment de ses oncles de Lancastre et d'York et de son cousin de Derby : il comptait bien qu'ils n'oseraient le désavouer. En outre, de peur que leurs anciens partisans, se croyant menacés^ ne recourussent au soulèvement pour échapper au péril, on déclarait que les trois lords n'étaient point poursuivis pour la prise d'armes de la onzième année (1387)^ que les griefs étaient d'autre nature, et seraient exposés dans le prochain parlement. Le roi cherchait donc à rassurer les esprits et à prévenir les troubles; il ordonnait aussi de les réprimer en arrêtant quiconque tenterait la moindre chose contre les faits accomplis. De plus, il introduisait dans sa garde des hommes de Chesler, le pays dont il était le plus sûr, et il convoquait à Kingston, pour l'accompagner à Westminster, tous ceux qui portaient sa livrée et ses armes : le cerf à la couronne (a).

Pour prévenir lu conjuration, Richard avait cm*

prunté aux conjurés leurs anciens procédés. Ce fut aussi sur eux que, pour la frapper, il prit exemple. Dans un grand conseil, tenu à Nottingham (5 août), on vit se porter appelants contre Glocester et ses deux complices, les premiers personnages de l'État, les princes mêmes de la famille royale : Edmond, comte de Rutland, fils du duc d'York; Jean de Beaufort, comte de Sommerset, fils légitimé du duc de Lancastre; Thomas de Holland, comte de Kent, neveu de Richard, et Jean de Holland; comte de Hûntingdon, son frère ; Thomas Mowbray, comte de Nottingham, lord maréchal; le nouveau comte de Salisbury, le jeune Thomas le Despenser et W. le Scrop, déjà cités dans la proclamation du roi comme ayant donné leur avis à l'arrestation des accusés. Le parlement fut convoqué pour les juger*.

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