liol. ParL, t. III, p. 3kl
pourrait plus ni établir ni tenter d'établir pareil pouvoir sous la peine des traîtres. Cette interdiction était légitime, bien que, hélas! singulièrement impuissante. Mais l'autre mesure ne tendait à rien moins qu'à frapper rétrospectivement d'illégalité tous les actes du gouvernement de Glocester(fl).
Ce ne futpoint assez : le mêmejour (mardi, 18 septembre) on révoqua le pardon que le roi avait accordé à Glocester, à Arundel et à Warwick, et qu'il avait sanctionné par sept années de faveur et de grâces; en sorte que les trois complices se trouvaient, de plein droit, rétablis dans cet état de trahison et de révolte qui venait d'être déftni par la précédente résolution. Mais le comte d'Arundel aurait pu alléguer une autre charte de pardon qui, obtenue le 30 avril de la dixseptième année (1394) pour un acte de peu d'importance, rappelait néanmoins, selon le protocole ordinaire, toutes les trahisons, félonies, etc., dont il avait pu se rendre coupable, pour l'en décharger en môme temps. Ici on ne pouvait alléguer la contrainte: en 1394, le roi était autant que jamais en pleine liberté d'action. On allégua son ignorance, et la charte fut révoquée tout aussi bien que l'autre (6).
Le champ était donc libre. Avant de procéder, le surlendemain jeudi 20 septembre, les communes déclarèrent qu'elles étaient prêtes à traiter de diverses choses, mais qu'elles avaient plusieurs accusations à soutenir; et elles demandaient à le faire dans le temps et aussi souvent qu'elles le voudraient, sous réserve
de tous leurs droits. Ce point accordé et enregistré dans les rôles, elles commencèrent par rarchevêque de Ganterbury, Thomas Arundel. Elles Taccusaient de trahison parce qu'étant chancelier, il avait traîtreusement aidé à former le conseil de la dixième année (1386), conseil dont il s'était fait nommer membre avec Glocester, Arundel, etc.; et parce que, dans la onzième année (1387-1388), avec les membres de ce conseil, il avait entrepris de s'emparer de l'autorité royale, fait arrêter et condamner à mort les loyaux sujets de Sa Majesté, Simon Burley, J. Berners. Elles priaient le roi d'ordonner que l'archevêque fût mis sous bonne garde. L'archevêque, dit le moine d'Evesham, voulait se lever pour répondre, mais le roi le retint : « Vous répondrez demain », lui dit-il; et il déclara au parlement que, vu la haute dignité de l'accusé, il prendrait conseil*.
Les communes avaient pris sur elles la mise en accusation de l'archevêque. Sans plus attendre la décision du roi, les lords appelants qui s'étaient mis en avant au conseil de Nottingham contre Glocester, Arundel et Warwick, présentèrent à leur tour leur acte d'accusation devant le parlement. Ils reprenaient dans leurs articles toute l'histoire de la dixième et de la onzième année de Richard II: la commission de gouvernement imposée au roi par menace en la dixième
1. Déclaration des communes. Rot. Parl.^ t. III, p. 351, g 14; — Accusation de Thomas Arundel, archevêque de Canterbury , ibid.j S 15; cf. M.Evesh., p. 133.
année (19 novembre 1386), sous l'impulsion de Glocester et d'Arundel, et tout spécialement :
1" Le complot formé l'année suivante par les mêmes seigneurs pour s'emparer du pouvoir royal, complot oii ils avaient entraîné Warwick et Thomas Mortimer; la prise d'armes de Haringhay-Park; la conférence de Westminster, où le roi avait été contraint de faire tout selon leur bon plaisir ;
2" L'arrestation et le procès des plus fidèles amis du roi, et, entre autres, de Simon Burley; sa condamnation contre l'avis du roi et en l'absence d'un grand nombre de pairs du parlement.
On les accusait encore :
3" D'avoir voulu, le 12 décembre 1387, attirer le roi en un lieu, comme pour lui rendre hommage, dans l'intention réelle de le déposséder : projet dont Henri de Lancastre, comte de Derby, et Thomas Mowbray, comte de Nottingham, associés jusque-là à leurs actes, empêchèrent seuls l'exécution. Mais c'est à peine si l'on peut dire qu'ils aient renoncé à leur dessein; ils avaient osé tenir la menace suspendue sur la tête de Richard : le décret de la déposition d'Edouard II avait été tiré des archives, lu au roi au parlement, et ils avaient osé lui dire qu'ils avaient raison suffisante pour le déposer de la même sorte, et que, s'ils le laissaient sur le trône, c'était par respect pour son père et son aïeul, dans l'espoir qu'il gouvernerait mieux*.
\. Rot. Pari., t. III, p. 37^ {Placita ccyronœ, $ 3-7).
Ainsi nulle allusion aux griefs qui avaient poussé le roi à ce parti désespéré contre Glocester. Les actes de la onzième année ayant été déclarés crimes, et le pardon révoqué, on trouvait tout simple de s'en tenir à des faits publiquement établis, au lieu de se jeter dans le dédale d'un procès nouveau qu'il eût fallu instruire. Les articles lus, les lords appelants déclarèrent qu'ils étaient prêts à les prouver, et ils prièrent le roi de faire comparaître les accusés devant le parlement pour y répondre.
Le lendemain, 21 septembre, lord Nevil, constable de la Tour de Londres, amena le comte d'Arundel. C'était à l'aîné de ses oncles, au duc de Lancastre, sénéchal d'Angleterre, que le roi avait remis, en cette qualité^ ia charge bien lourde de présider à ce procès monstrueux.
Selon le moine d'Evesham, lorsque Arundel fut amené à la barre, revêtu de sa robe de comte et de son chaperon d'écarlate, le duc de Lancastre dit au sire de Nevil : « Otez-lui la ceinture et le chaperon; » et il lui lit connaître les articles de l'appel. Le comte nia avec force qu'il fût un traître, et il invoqua le bénéflce de son pardon, protestant qu'il n'avait jamais voulu manquer à la grâce du roi; et, comme Lancastre lui disait que ce pardon avait été révoqué, l'appelant traître : « Vous mentez! s'écria le comte, jamais je ne fus traître.
— Pourquoi donc, reprit le duc, avez-vous demandé pardon ?
— C'est, répliqua le comte,- pour fermer la bouche à mes envieux, dont vous êtes un; et certes, en fait de trahison, vous avez plus besoin de pardon que moi. ))
Le roi, voulant couper court à cette querelle, dit au comte : « Répondez à l'accusation. »
Et le comte : « Je vois bien qu'ils m'accusent de trahison; ils mentent tous : jamais je ne fus traître! Mais je réclame le bénéfice du pardon que vous m'avez accordé il y a moins de six ans, de votre propre mouvement, dans la plénitude de votre âge et de votre libre volonté.
— Je l'ai octroyé, dit le roi, sous condition que cela ne tourne pas contre moi.
— L'octroi en est donc nul, » ajouta Lancastre. Arundel insistait, montrant que ce pardon avait
été de la part du roi si vraiment spontané, qu'il se trouvait alors au delà des mers. Mais s'il n'était pas nul de soi, il avait été annulé : pour plusieurs, c'était la même chose; et J. Bussy, l'orateur, crut fermer la bouche à l'accusé, en lui alléguant cette dernière résolution du roi, des seigneurs et des fidèles communes. Le comte, se tournant vers lui : « Où sont ces fidèles communes? Je vous connais, toi et tes compagnons; je sais que vous avez été réunis, non pour faire acte de fidélité, mais pour verser mon sang. Les fidèles communes du royaume ne sont point ici : si elles étaient ici, elles pourraient bien combattre pour moi afin que je ne fusse pas livré
entre vos mains : car je sais qu'elles ont grand'peine de moi , et je sais que tu as toujours été faux. »
Bussy et les gens des communes s écrièrent avec force : « Voyez^ sire roi, comme ce traître cherche à exciter sédition entre nous et les nôtres demeurés au pays!
— Vous mentez tous! leur répondit le comte : je ne suis point traître. »
Henri^ comte de Derby, se leva à son tour, et, d'un ton plus bénin :' « Ne m'avez-vous pas dit, à Huntingdon, où nous nous étions réunis avant de nous insurger, qu'il serait mieux de prendre, avant tout, le roi? ))
Le comte, furieux de cette attaque inattendue : « Toi, s'écria-t-il, Henri, comte de Derby, tu mens par ta tête! Jamais je n'ai rien dit de monseigneur le roi^ ni à toi, ni à aucun autre, qui ne fût à son bien et à son honneur. >>
Mais le roi, intervenant de sa personne : « N'avezvous pas dit, au temps de votre parlement, dans la salle de bain, derrière la salle blanche, que Simon de Burley était coupable de mort pour plusieurs causes? et, quand je répondais que je ne savais ni ne trouvais en lui aucune cause de mort, quand nous vous priions et suppliions pour lui, moi et la reine mon épouse, vous et vos compagnons, au mépris de nos prières, vous l'avez traîtreusement fait mourir! »
Le fait n'était que trop vrai. Arundel se tut, et le duc de Lancastre prononça la sentence ^
Cette scène ne peut être regardée comme supposée : le moine d'Evesham n'aurait point inventé ni accepté à l'aveugle un récit où le comte de Derby, l'objet de ses prédilections, remplit un rôle de dénonciateur. Mais si rien de cette lutte de l'accusé contre ses accusateurs et ses juges n'est demeuré dans les actes officiels, l'attitude plus calme qu'ils lui prêtent n'a pas un caractère moins imposant. Selon le texte du procès- verbal, Arundel, comme dans le récit du chroniqueur, répondit à l'accusation par une fin de non-recevoir; il allégua l'amnistie générale accordée par le roi dans sa onzième année (1388), et la charte particulière de pardon qu'il avait obtenue plus récemment. On lui dit que le parlement avait annulé l'amnistie, comme obtenue par violence, et la charte de pardon comme surprise à la religion du roi. On lui demanda s'il n'avait rien d'autre à dire pour sa défense; et, comme il se taisait, William Clopton, chef du banc du roi, lui déclara, par commandement de Richard, que la loi le tiendrait pour coupable s'il ne s'expliquait davantage. Il persista à invoquer le bénéfice de Tamnislie; mais on passa outre, et les lords appeJants prièrent le roi de le condamner, comme suffisamment convaincu*.
1. M. Evesh., p. 136-138. On y lit plusieurs fois pro(/<7/o, où il faut lire pardunatio.